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Ancien site de la Smurfit-Stone : les règles environnementales sont-elles respectées?

Image des trois silos restants et de l'édifice de bureaux de la Smurfit-Stone.

La papetière Smurfit-Stone à Bathurst a fermé ses portes en 2005.

Photo : Radio-Canada / Paul Landry

Radio-Canada

En août 2016, le propriétaire du terrain de l'ancienne Smurfit-Stone à Bathurst a été surpris en train de vider un grand réservoir d'eaux usées. Quinze mois plus tard, l'enquête n'est pas terminée et on ne sait toujours pas ce que contient le million de litres d'eau déversés dans l'environnement.

Un texte de Michelle LeBlanc

Depuis que Smurfit-Stone a fermé sa papetière de Bathurst en 2005, le terrain n’a jamais été nettoyé ni décontaminé. Résultat : il reste toujours des zones problématiques d’un point de vue environnemental.

Par exemple, plusieurs grands réservoirs, qui servaient à traiter les eaux usées de la papetière, sont toujours pleins. Aucun plan n’a été approuvé à ce jour pour les démanteler.

Une eau noire, dégageant une forte odeur

Le 24 août 2016, des employés de la Ville de Bathurst ont constaté de l’activité près d’un réservoir - en contravention des exigences environnementales.

« Nos employés ont vu qu'il y avait de l'activité qu'on jugeait non conforme à certaines exigences du terrain. On l’a documenté et rapporté au ministère de l’Environnement », dit le maire de Bathurst, Paolo Fongémie.

Image aérienne de l'ancienne usine de la Smurfit-Stone.

Image aérienne des réservoirs d'eaux usées de l'ancien site de la Smurfit-Stone

Photo : Ville de Bathurst

Dans des documents obtenus en vertu de la loi sur l'accès à l'information on apprend que des travailleurs embauchés par le propriétaire, Raymond Robichaud, avaient installé des pompes et un long tuyau dans un des réservoirs. L’eau qui s’en écoulait, ailleurs sur le site, était noire et dégageait une forte odeur.

Selon des documents officiels, le déversement s’est produit à moins de 150 mètres de la rivière Népisiguit et à moins de 300 mètres de résidences.

Un petit tuyau déverse un liquide dans un plus grand tuyau.

Le ministère de l'Environnement du N.-B. a ordonné au propriétaire Raymond Robichaud de cesser de déverser des eaux usées dans l'environnement en août 2016. L'enquête est toujours en cours.

Photo : source : Ville de Bathurst

Les employés de la Ville de Bathurst estiment que plus d'un million de litres d'eaux usées ont ainsi été déversés. « La quantité et le volume, c’était quand même impressionnant », dit le maire Fongémie.

Le ministère de l’Environnement a ouvert une enquête et ordonné au propriétaire de cesser ses activités.

Récupérer du métal pour le vendre

Quelques mois plus tard, en mai 2017, des travailleurs sont une nouvelle fois surpris à travailler dans le secteur des réservoirs. Ils récupèrent des pièces de métal.

Dans un rapport rédigé par Paul Fournier, le directeur régional du ministère de l'Environnement le 11 mai 2017, on relate que le propriétaire, Raymond Robichaud, dit être pris à la gorge financièrement.

M. Robichaud est devenu très émotif et a menacé de se retirer complètement du projet, étant donné le peu de coopération qu'il dit recevoir de la Ville et du gouvernement. Monsieur Robichaud dit qu'il est à bout, financièrement et émotionnellement, et qu'il est sur le point de tout perdre, à moins d'être en mesure de récupérer et de vendre des pièces de métal. [traduction libre]

Rapport du directeur régional du ministère de l'Environnement, Paul Fournier

Le ministère de l'Environnement ne veut pas accorder d'entrevue dans ce dossier.

Dans une déclaration, on confirme que toute activité sur l’ancien terrain de la Smurfit-Stone doit recevoir l'aval du ministère en vertu d’une étude d’impact environnemental qui remonte à 2008. On précise que ce processus a été suivi, jusqu’à maintenant, par l’actuel propriétaire.

Pas de dénouement avant 2018

L’enquête entamée en août 2016 est toujours entre les mains du ministère de la Justice et de la Sécurité publique. Elle ne sera pas terminée avant 2018.

L'avocat de Bathurst Mario Lanteigne se demande si on aurait pu mieux protéger les citoyens et l'environnement depuis que la Smurfit-Stone a quitté Bathurst.

« Est-ce que les lois sont suffisamment sévères pour prévenir une situation comme celle-là ? Il ne faut pas oublier qu'il s'agit d'une transaction privée. Tant et aussi longtemps qu'aucune infraction de la loi sur l'environnement est commise, deux parties peuvent transiger et transférer des propriétés », dit Me Lanteigne.

Mario Lanteigne, avocat à Bathurst, dans son cabinet

Mario Lanteigne, avocat à Bathurst

Photo : Radio-Canada / Paul Landry

Comme d'autres, il souhaite que l'ancien site industriel soit finalement développé et qu'on cesse de transférer les problèmes d'un propriétaire à un autre.

Le fait de toujours céder la responsabilité à un acheteur subséquent constitue un frein à notre développement et à notre essor économique.

Mario Lanteigne, avocat à Bathurst

Le maire, lui, lance la balle dans le camp du gouvernement. Il espère que les élus provinciaux ont bien vérifié le sérieux du promoteur avant de lui accorder des avantages financiers.

Avec l'entente qu'ils ont [conclue], je peux vous dire, ça jase dans la région. Avec les gens d'affaires, ça jase. Ils nous disent “nous autres aussi on aurait aimé avoir ce type d'entente, un pardon sur les taxes, un congé de taxes foncières”. Il semble y avoir un manque d'imputabilité.

Paolo Fongémie, maire de Bathurst

Le député de la circonscription de Bathurst-Est-Népisiguit-Saint-Isidore, Denis Landry, veut donner le temps au propriétaire, Raymond Robichaud, de faire ses preuves.

« Niveau environnemental, [le terrain] n'est pas pire qu'il était. Je vous dirais qu'il y a eu un petit peu d'amélioration, parce qu'on a vu qu'il y a quand même du nettoyage qui a été fait », dit celui qui est aussi ministre de la Justice et de la Sécurité publique.

Nouveau-Brunswick

Protection des écosystèmes