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Témoigner à l’Enquête sur les femmes autochtones : à quoi bon?

Gros plan sur le visage de Ceejai Julian. Elle a un tatouage en forme de larme sous l'oeil droit.

Ceejai Julian, une des témoins aux audiences de l'ENFFADA à Thunder Bay.

Photo : Radio-Canada / Joel Ashak

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2017 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Les reproches formulés à l'égard de l'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées (ENFFADA) sont nombreux. Démissions et manque de communication et d'organisation. Témoignages de ceux qui subissent les conséquences de ces critiques : les familles.

Un texte de Stéphany Laperrière et Joël Ashak

« C’est la faute des médias », affirme sans hésitation Ceejai Julian.

Sa soeur a été tuée il y a 25 ans. Elle prend part aux audiences à Thunder Bay, car sa ville de résidence, Vancouver, est un environnement hostile, trop près de ses peines et des dépendances qu’elle combat.

« Les familles sont déjà vulnérables, blessées, effrayées, dit-elle. Quand elles allument la télévision et voient la commission essuyer tant de critiques, cela exacerbe leur peur. »

La jeune femme raconte avoir perdu plusieurs proches aux mains du tueur en série Robert Pickton.

Elle se souvient de son appréhension quand elle apercevait des tableaux arborant des photos de femmes disparues. Chaque jour, elle craignait de voir s’y ajouter des amies.

Ceejai Julian croit au bien fondé de la commission. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Ceejai Julian croit au bien fondé de la commission.

Photo : Radio-Canada / Joël Ashak

Ceejai Julian a surmonté ces expériences traumatisantes grâce à l’aide de sa communauté, et en témoignant.

Une aide qu’elle retrouve dans la commission et qu’elle souhaite à ceux qui n’ont pas eu la même chance qu’elle de trouver une oreille attentive.

Les audiences sont un moyen pour les familles de « partager les histoires de leurs proches perdus, celles qui n’ont pas encore été racontées », dit-elle.

Une commission qui blesse les familles

À l’opposé de ce spectre se trouve Maggie Cywinck, une résidente du nord-est de l’Ontario qui hésite à témoigner. Elle doute que l’Enquête nationale puisse rendre justice à sa soeur, assassinée il y a plus de vingt ans, ou à sa famille toujours en deuil.

« Je me suis inscrite en ligne pour témoigner il y a des mois, dès que cela a été possible, raconte-t-elle. Depuis, je ne suis plus sûre à cause du dysfonctionnement, du manque de communication, toutes ces choses qui me dérangent. »

Parmi ces choses, des familles ont critiqué l’absence de suivi et de soutien psychologique pour les personnes qui témoignent.

Un tipi sur le site des audiences à Thunder Bay Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Un tipi sur le site des audiences à Thunder Bay

Photo : Radio-Canada / Stéphany Laperrière

C’est la principale raison pour laquelle Linda John, dont la fille de 25 ans a été tuée par son compagnon, a perdu foi en la commission.

« Je pensais qu’il y aurait du counseling, des retraites pour les familles afin de permettre la guérison, déplore-t-elle. On nous demande de partager nos histoires sans nous donner de soutien. »

Ce serait comme si je vous demandais de me raconter votre vie sans même vous offrir un verre d’eau.

Une citation de : Linda John

Construire des ponts

Ira Johnson exhorte ceux qui critiquent cette enquête nationale, demandée depuis des années par les familles des victimes, à retrouver foi en elle.

Ira Johnson, devant le site des audiences de l'ENFFADA à Thunder BayAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Ira Johnson, devant le site des audiences à Thunder Bay

Photo : Radio-Canada / Stéphany Laperrière

Le résident de Thunder Bay, qui a perdu sa soeur, dit être régulièrement victime de racisme, d’agressions verbales et physiques, d’objets lancés depuis des voitures.

Il y a un besoin d’éducation, pense-t-il. [La commission] est un petit pas dans la bonne direction.

Une citation de : Ira Johnson

Cette commission, plus que tout, est une plateforme pour s’adresser à un pays qui a trop longtemps fait la sourde oreille, pense Ceejai Julian

« Je voudrais que chaque personne qui entend nos histoires reconnaisse ma personne, implore-t-elle en larmes. Ne m’oubliez pas. Aidez-moi à me sentir en sécurité. Je suis une citoyenne, une Canadienne, un être humain, une femme, une mère. »

Les propos de la témoin Ceejai Julian

Avec la collaboration de Sophie Vallée

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