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Barrette se soustrait à toute évaluation critique, dénoncent plusieurs groupes

Gaétan Barrette, accompagné de son attachée de presse.
Archives : le ministre de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette, répond aux questions des journalistes le 2 mai 2017 à l’Assemblée nationale à Québec. Photo: The Canadian Press / Jacques Boissinot
Radio-Canada

C'est par quelques articles contenus dans « un immense projet de loi » et « sans débat public » que Québec s'apprête à abolir le poste de commissaire à la santé, selon des groupes représentant des usagers du système de santé et des professionnels du milieu, ainsi que l'avocat Jean-Pierre Ménard. Une décision qui conférera au ministre Gaétan Barrette « des pouvoirs importants pour la population », disent-ils.

Lundi, le Réseau FADOQ, qui représente des personnes de 50 ans et plus, le Conseil pour la protection des malades, la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), le regroupement Médecins québécois pour le régime public et l’avocat spécialisé en droit de la santé Jean-Pierre Ménard ont tenu une conférence de presse à Montréal. Ils affirment détenir désormais « la confirmation que le ministre de la Santé et des Services sociaux du Québec, Gaétan Barrette, se soustrait à toute évaluation critique et indépendante de ses agissements ».

L'abolition du poste de commissaire à la santé avait été annoncée en mai 2016. Elle entrera en vigueur lorsque le projet de loi 150 sera adopté. Présenté il y a deux mois par le ministère des Finances, ce projet de loi traite de la mise en oeuvre de dispositions d'ordre budgétaire. Or, il contient aussi quatre articles traitant spécialement de l'élimination du poste de commissaire à la santé.

L'un de ces articles prévoit que tous les droits et obligations du commissaire seront transférés à l'Institut national d'excellence en santé et en services sociaux (INESSS), sauf un : celui de donner des avis au ministre, notamment par l'analyse rétrospective des impacts des politiques gouvernementales.

« Un recul démocratique majeur »

De l'avis des participants à la conférence de presse, il s'agit d'une dérive autoritaire de la part de Gaétan Barrette, à une époque où le réseau de la santé et des services sociaux est secoué par diverses réformes. Danny Prud'homme, du Réseau FADOQ, qualifie de « napoléonienne » cette centralisation des pouvoirs par le ministre de la Santé. Cette façon d'agir contrevient « aux principes d'indépendance, de transparence et d'humilité », dénonce M. Prud'homme.

En éliminant le poste de commissaire à la santé, Québec se prive d'un « des seuls endroits du système qui étudie vraiment les indicateurs de santé et de bien-être », s’alarme pour sa part Isabelle Leblanc, du regroupement Médecins québécois pour le régime public. « […] Qui va s’assurer que le système va vraiment agir pour améliorer les soins? » demande-t-elle.

Certes, le commissaire à la santé ne jouissait que d'un pouvoir de recommandation. Mais, de par sa personnalité, le commissaire Robert Salois « ne s'est jamais laissé faire », soutient Paul Brunet, du Conseil pour la protection des malades. En juin 2016, M. Salois avait rendu un rapport établissant que le Québec affiche la pire performance du monde occidental en matière d'attente dans les salles d'urgence. Près d'un an plus tôt, il avait révélé que le Québec se classait au 10e rang des 10 provinces canadiennes quant aux délais d'attente pour voir un médecin.

M. Brunet ajoute que 3000 personnes attendent actuellement pour obtenir des soins de longue durée. Un record, selon lui. Des personnes âgées, délogées des urgences afin de « libérer des lits », se retrouvent maintenant « sans endroit où aller », affirme-t-il.

« Notre constat, c'est que [...] le gouvernement a échoué dans l'amélioration qu'il souhaitait, et avait promis qu'il ferait, en regard du réseau de la santé », dit Paul Brunet.

« Ça craque de partout » - Me Jean-Pierre Ménard

Me Jean-Pierre Ménard, qui dit travailler depuis 37 ans sur des dossiers liés au réseau de la santé, soutient « qu'il manque du personnel partout [...] que le système craque de partout ». Ce son de cloche lui parvient autant de ceux qui prodiguent des services que de ceux qui en reçoivent, note-t-il.

« C’est un système qui ne s'évalue plus et qui ne s'autocritique plus », estime Me Ménard. Il affirme que « l'idée généreuse du réseau » de donner à la population la possibilité de se prononcer sur les services de santé qu'elle reçoit « a été diluée au point qu'aujourd'hui [...] les communautés ont perdu le contrôle des établissements de santé ».

« Les gens nous le répètent beaucoup : ils ont un sentiment d'impuissance par rapport à ça », dit-il. Il ajoute que ce sont les clientèles les plus vulnérables qui ont fait les frais des réformes en santé : les personnes atteintes de déficience intellectuelle, celles nécessitant de l'hébergement ou des soins à domicile et celles souffrant de problèmes de santé mentale.

« Actuellement, il n'y a plus personne pour donner l'heure juste à la population sur l'impact de ces réformes », selon Me Ménard. À l'approche des élections provinciales, prévues pour l'automne 2018, il sera important « que la population demande des comptes sur cette manière de faire qui est inacceptable », dit l'avocat.

L'INESSS fera le travail, dit le bureau du ministre

Le gouvernement du Québec a créé en 2011 l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS).

Appelé par Radio-Canada.ca à commenter les critiques formulées contre lui lundi, le ministre Barrette a fait savoir, par son attachée de presse Catherine W. Audet, qu'il s'était déjà « amplement prononcé sur ce sujet ». « Nous sommes convaincus que l'INESSS sera en mesure de faire le travail », réaffirme Gaétan Barrette au sujet des responsabilités autrefois dévolues au commissaire à la santé.

Avec les informations de La Presse canadienne

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