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Le plaisir lié à l'écoute de la musique peut-être modulé

Bono et The Edge du groupe U2 chantent le succès «One».

L’appréciation d’une pièce musicale est une expérience subjective. Certaines personnes adorent les chansons de U2, d’autre pas du tout; ce que l’un juge agréable peut irriter l’autre.

Photo : La Presse canadienne

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2017 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Il est possible d'intensifier ou d'atténuer le plaisir ressenti à l'écoute de la musique, et même l'envie d'en entendre davantage, en stimulant ou en désactivant certains circuits cérébraux, ont montré des scientifiques québécois de l'Institut et hôpital neurologiques de Montréal rattaché à l'Université McGill.

Un texte d'Alain Labelle

Nous humains avons cette capacité d'expérimenter l’émotion comme le plaisir à partir de stimuli esthétiques tels que l'art et la musique. L’appréciation d’une pièce musicale est une expérience subjective. Certaines personnes adorent les chansons du groupe U2, d'autres pas du tout; ce que l’un juge agréable peut irriter l’autre.

Si les goûts musicaux sont relatifs, le plaisir tiré de la musique, lui, provient notamment de ses caractéristiques structurelles, telles qu’un accord ou des motifs rythmiques, qui sont des sources d’anticipation et d’attentes. C’est vrai pour tous les genres : de la musique country au heavy métal, en passant par le classique.

Moduler le plaisir

Des chercheurs du laboratoire de Robert Zatorre ont prouvé qu’il est possible d’intensifier ou d’atténuer le plaisir tiré de la musique.

De précédentes recherches menées par imagerie cérébrale ont montré que l’écoute d’une musique agréable mobilise les circuits frontostriataux du cerveau qui régissent l’anticipation des récompenses et la surprise.

Toutefois, aucune étude n’avait permis de vérifier si ces circuits sont indissociables de la récompense tirée de la musique ni s’il est possible de les manipuler de façon à modifier les mesures subjectives et physiologiques du plaisir musical.

Impulsion magnétique à la rescousse

Pour l’établir, l’équipe montréalaise a modulé le fonctionnement de certains circuits (frontostriataux) à l’aide de la stimulation magnétique transcrânienne (SMT). Cette technique permet de stimuler ou d’inhiber certaines régions cérébrales au moyen d’impulsions magnétiques. Ainsi, les chercheurs ont soumis le cortex préfrontal dorsolatéral gauche à la SMT.

La récompense en question

Les études du cerveau par imagerie ont révélé que la stimulation de cette région module le fonctionnement des circuits frontostriataux de façon à déclencher la sécrétion de dopamine, neurotransmetteur clé du mécanisme de la récompense.

Dans leurs expériences, les chercheurs ont utilisé une SMT excitatrice, inhibitrice ou neutre au cortex préfrontal dorsolatéral gauche de participants.

Ceux-ci ont ensuite écouté leurs pièces musicales préférées et des pièces choisies par les chercheurs. Ils devaient attribuer une note en temps réel au plaisir qu’ils éprouvaient pendant que les chercheurs mesuraient leurs réponses psychophysiologiques.

Les participants ont également eu la possibilité d’acheter les pièces musicales qu’avaient sélectionnées les chercheurs pour mesurer leur motivation à les réentendre.

Excitante stimulation, excitante musique

Les chercheurs ont déterminé que la SMT excitatrice avait amélioré l’appréciation de la musique et augmenté les pointages des mesures psychophysiologiques de l’émotion et la motivation des participants à acheter des pièces musicales, alors que la SMT inhibitrice avait réduit tous ces paramètres.

Ces découvertes montrent que le fonctionnement des circuits frontostriataux est essentiel au plaisir que nous tirons de la musique. Elles indiquent que le rôle de ces circuits dans l’apprentissage et la motivation peut être indissociable de ce plaisir.

Une citation de : Ernest Mas Herrero, auteur principal de l’étude

Des nouvelles connaissances importantes

Ernest Mas Herrero et ses collègues ont maintenant recours à une combinaison de SMT et d’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle pour déterminer quelles régions et quels circuits précis sont responsables des changements découverts dans ces travaux.

La preuve que la SMT peut changer le plaisir et la valeur associés à la musique n’est pas seulement la démonstration importante – et remarquable – d’une meilleure connaissance des circuits à l’origine de ces réactions complexes, mais elle peut également déboucher sur des applications cliniques.

Une citation de : Pr Robert Zatorre, auteur en chef de l’étude

« Bon nombre de troubles psychologiques, comme la dépendance, l’obésité et la dépression découlent d’une mauvaise régulation du circuit de la récompense », explique le Pr Zatorre.

Les auteurs de ces travaux publiés dans la revue Nature Human Behaviour  (Nouvelle fenêtre)pensent donc que leurs résultats obtenus si précisément dans le cas de la musique laissent entrevoir de nombreuses applications dans lesquelles il sera peut-être nécessaire de stimuler ou d’inhiber le système de récompense. Par exemple, dans les problèmes de dépendance ou pour traiter la dépression.

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