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Poursuivre les fabricants d'opioïdes, la stratégie américaine

Le Canada est l'un des pays où il se prescrit le plus d'opioïdes dans le monde.

Photo : La Presse canadienne / AP/Toby Talbot

Radio-Canada

[2e de 4] La crise des opioïdes coûte cher, très cher, aux autorités publiques américaines. Pour 2015 seulement, Washington estime qu'elle a entraîné des dépenses de 500 milliards de dollars. Pour recouvrer leurs frais, des villes, des comtés et des États poursuivent les producteurs d'opiacés à des fins médicales.

Un texte de Raphaël Bouvier-Auclair

Dans le comté de Beaver, en Pennsylvanie, les malheurs se sont multipliés avec les années. Aux problèmes économiques a succédé une crise de santé publique.

Dans cette région du sud-ouest de l’État, les morts par surdose ont été quatre fois plus élevées qu’en moyenne aux États-Unis, l’an dernier.

Jessica Kinter a vu trop de gens qu’elle connaît succomber à des surdoses. Elle-même est en cure de désintoxication. Ses problèmes de dépendance ont commencé par une ordonnance médicale d’opioïdes.

Jessica Kinter souriante.

Jessica Kinter, résidente du comté de Beaver, est en ce moment en cure de désintoxication. Elle appuie la poursuite intentée par son comté contre des fabricants d'opioïdes.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

« J’aimais l’effet que cela me procurait », dit-elle. La situation a rapidement dégénéré.

Les gens essaient d’acheter ces médicaments dans la rue. Mais c’est cher. Rapidement, vous réalisez que l’héroïne est beaucoup moins chère et que cela procure le même effet.

Jessica Kinter, résidente du comté de Beaver

Elle se réjouit de constater que les autorités du comté de Beaver ont décidé d’intenter un recours en justice contre plusieurs fabricants d’opioïdes.

Les autorités du comté leur reprochent d’avoir mal informé les médecins et le public sur les risques de dépendance que présentent leurs produits.

« Les comtés dépensent 10 à 25 millions de dollars pour affronter cette crise, que ce soit pour l'aide aux gens malades ou pour des mesures de sécurité », explique Rob Peirce, un avocat qui représente quelques comtés, dont celui de Beaver.

À venir

  • Mercredi : donner de l'héroïne médicale
  • Jeudi : professionnels de la santé accros aux opioïdes

Dans l'ensemble du pays, les poursuites de la part de villes, de comtés et d’État se multiplient. On les compte maintenant par dizaines. Rob Peirce dresse un parallèle avec les recours judiciaires contre l’industrie du tabac.

Rob Peirce devant un panneau affichant son nom.

Rob Peirce est l'avocat qui représente le comté de Beaver contre les fabricants d'opioïdes.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

C'est semblable au cas du tabac dans la mesure où les gouvernements tentent de récupérer l'argent dépensé.

Rob Peirce, avocat

Un rôle pour Washington?

En 1999, pendant son discours sur l’état de l’Union, le président Bill Clinton avait annoncé que le gouvernement fédéral participerait aux poursuites contre l’industrie du tabac.

Dans le dossier des opioïdes, le président Trump a évoqué de possibles recours, comme il l’a indiqué pendant le point de presse au cours duquel il a déclaré l’état d’urgence, en octobre.

Le président des États-Unis, Donald Trump, la main droite levée, lors d'une allocution à la Maison-Blanche concernant la stratégie de son administration dans la lutte aux opioïdes

Le président des États-Unis a dévoilé la stratégie de son administration dans la lutte aux opioïdes, jeudi à la Maison-Blanche.

Photo : Reuters / Carlos Barria

Nous allons déposer des poursuites contre des gens et des compagnies qui font du mal à nos concitoyens. Et ça va commencer très bientôt.

Donald Trump, président des États-Unis

Un fabricant d’opiacés se défend

L’entreprise Purdue Pharma, qui a commercialisé l’Oxycontin, est l’une des entreprises visées par de nombreuses poursuites. Ses porte-parole rejettent les allégations formulées par les autorités des États, des villes et des comtés.

Nous nions fermement ces allégations et attendons l’occasion de présenter notre défense.

Déclaration de Purdue Pharma

Dans une déclaration écrite, une porte-parole de la division américaine de l’entreprise affirme que Purdue Pharma collabore avec les autorités pour combattre la crise, notamment en distribuant un guide sur la prescription des opiacés pour les maladies chroniques et en favorisant l’accès à la naloxone.

Qu'en est-il au Canada?

En mai dernier, une entente à l'amiable de 20 millions de dollars a été conclue dans le cadre d'un recours collectif intenté par des patients canadiens contre Purdue Pharma. Une somme de 2 millions de dollars est destinée aux gouvernements provinciaux.

Dans cette entente, qui doit encore être approuvée par un tribunal de Saskatchewan, l'entreprise nie avoir mal informé le public sur les risques de dépendance à l'antidouleur Oxycontin.

À l'heure actuelle, le gouvernement fédéral préfère ne pas se prononcer dans ce dossier.

Au ministère de la Santé, on rappelle par ailleurs que les règles ont été resserrées. Les pénalités pour publicité trompeuse sont passées d'un montant maximal de 5000 $ à un plafond de 5 millions de dollars.

Par contre, ces nouvelles sanctions ne « peuvent pas s'appliquer à des situations survenues avant la modification de la loi ».

Drogues et stupéfiants

International