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Yémen : l'ONU réclame une pause humanitaire

Des rebelles houthis devant la résidence en flammes de l'ex-président Ali Abdallah Saleh, lundi, à Sanaa., Photo: Getty Images / MOHAMMED HUWAIS
Radio-Canada

L'Organisation des Nations unies (ONU) réclame une pause humanitaire mardi, au Yémen, pour permettre aux civils de quitter leurs foyers et pour faciliter la circulation des travailleurs humanitaires afin d'assurer la continuité des programmes vitaux.

Selon le coordinateur de l'ONU au Yémen, Jamie McGoldrick, les rues de la capitale, Sanaa, une ville d'environ deux millions d'habitants au début de la guerre, sont devenues des « champs de bataille » inaccessibles aux travailleurs humanitaires. Jamie McGoldrick a précisé que les affrontements armés et les frappes aériennes se poursuivent sans relâche à Sanaa et que des dizaines de morts et des centaines de blessés ont été signalés, y compris des civils.

L'envoyé spécial des Nations unies Ismail Ould est actuellement à Riyad, où il doit rencontrer des responsables saoudiens. Il pourrait faire son rapport au Conseil de sécurité mardi.

Les rebelles chiites houthis ont annoncé que l'ex-président du Yémen Ali Abdallah Saleh a été tué lundi dans les environs de Sanaa. Les Houthis s'étaient alliés à des troupes fidèles à M. Saleh pour prendre le contrôle de la capitale à l'été 2014, mais cette alliance a éclaté la semaine dernière, ce qui a engendré de violents combats entre les deux clans.

« Le ministère de l'Intérieur [contrôlé par les rebelles] annonce la fin de la milice de la trahison et la mort de son chef [Ali Abdallah Saleh] et d'un certain nombre de ses éléments criminels », a mentionné la chaîne de télévision des Houthis, Al-Masirah, en citant un communiqué.

Après une courte période de confusion, la mort de celui qui a gouverné le pays pendant 33 ans, avant de céder sa place en février 2012, dans la foulée du printemps arabe, a été confirmée par des membres de son entourage et de son parti, le Congrès populaire général (CPG).

L'ONU n'a cependant pas confirmé l'information.

Faïka Al-Sayyed, une dirigeante du CPG, a affirmé que l'ex-président Saleh et d'autres hauts responsables du CPG ont été tués lorsqu'ils tentaient de fuir Sanaa en direction de zones tenues par des forces qui leur étaient fidèles.

Selon cette source, le secrétaire général du CPG, Arif Al-Zouka, et son adjoint, Yasir Al-Awadi, ont également été tués.

Sur les médias sociaux, une vidéo qui montrerait le corps de M. Saleh circule, sans que son authenticité puisse être confirmée. On y voit le corps d'un homme ressemblant à l'ex-président enveloppé dans une couverture multicolore; il est soulevé par une foule de Houthis et placé à bord d'une camionnette. L'homme semble avoir été blessé derrière la tête et sa chemise est maculée de sang.

Ali Abdallah Saleh devant un micro.L'ex-président yéménte Ali Abdallah Saleh, s'adressant à ses partisans, le 24 août 2017, à Sanaa. Photo : Getty Images / MOHAMMED HUWAIS

Sanaa, « champ de bataille »

Dans un discours retransmis sur Al-Masirah, le chef des Houthis, Abdelmalek Al-Houthi, a félicité les Yéménites « en ce grand jour, exceptionnel et historique, qui a vu la défaite du complot et de la trahison, en ce jour de deuil pour les forces de l'agression ». Il a déclaré que ses troupes ont écrasé le soulèvement des partisans de M. Saleh en trois jours.

Dans un discours télévisé, le président yéménite reconnu par la communauté internationale, mais exilé en Arabie saoudite, Abd Rabbo Mansour Hadi, a offert ses condoléances aux proches de M. Saleh, qu'il a aussi décrit comme un « martyr ». Il a invité les Yéménites à s'unir pour défaire les Houthis, qu'il a qualifiés de « milice iranienne », et a assuré que les forces gouvernementales soutiendront ce « soulèvement ».

Pendant ce temps, les affrontements entre les partisans de l'ex-président Saleh et les Houthis se poursuivent pour une cinquième journée d'affilée à Sanaa. Des avions saoudiens bombardent aussi des positions des Houthis pour une deuxième journée de suite.

Le Yémen, théâtre de la « pire crise humanitaire du monde »

Le conflit au Yémen a débuté en 2014, lorsque des houthis, se disant marginalisés par la reconfiguration du paysage politique survenue après le départ de M. Saleh, sont entrés en rébellion contre le gouvernement d'Abd Rabbo Mansour Hadi depuis leur fief de Saada, dans le nord du pays.

Ils ont ensuite conclu une alliance avec l’ex-président Saleh qui leur a permis d’avoir l’appui sur le terrain d’unités paramilitaires demeurées fidèles à ce dernier. Cette alliance ne manquait pas d'ironie dans la mesure où M. Saleh, lui-même membre de la minorité zaydite dont sont issus les Houthis, les avait combattus pendant plusieurs années, entre 2004 et 2010.

Les alliés de circonstances sont finalement entrés dans Sanaa à la fin de l’été 2014, et ont progressé jusqu’à prendre le contrôle du palais présidentiel, en janvier 2015. Ils ont ensuite poussé leur offensive jusqu’à Aden, au sud, qui avait été proclamée capitale « provisoire » du pays par le gouvernement du président Hadi. Ce dernier s'est alors réfugié à Riyad, en Arabie saoudite.

L’Arabie saoudite a finalement décidé de constituer une coalition militaire pour contrer la progression des rebelles houthis, en mars 2015. Selon Riyad, ces rebelles sont appuyés par l’Iran chiite, son grand rival dans la région.

Depuis, le conflit a fait plus de 8750 morts, dont 1500 enfants, ainsi que 50 600 blessés. L’ONU considère en outre que le pays, déjà l’un des plus pauvres de la planète au début du conflit, est devenu le théâtre de la « pire crise humanitaire du monde ». Le choléra et la malnutrition y font des ravages.

Le conflit a connu un développement inattendu la semaine dernière lorsque des combats entre les Houthis et les troupes de M. Saleh ont éclaté dans la capitale. Ces affrontements ont fait 125 morts et 238 blessés, selon un bilan fourni par le Comité international de la Croix-Rouge.

Avec les informations de Agence France-Presse, Associated Press, et Reuters

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