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  • Envoyée spéciale
  • Les Rohingyas : et maintenant?

    Farid Ullah, 15 ans, réfugié rohingya.
    Farid Ullah, 15 ans, réfugié rohingya. Camp de Balukhali, novembre 2017. Photo: Radio-Canada / Anyck Béraud
    Anyck Béraud

    Le pape François est reparti du Bangladesh en fin de semaine, après avoir braqué les projecteurs sur le sort des Rohingyas, cette minorité musulmane persécutée du Myanmar. Il n'a pu se rendre dans l'immense camp de réfugiés près de la frontière entre les deux pays, mais assure qu'il aurait voulu. C'est ce qu'aurait aimé aussi Syed Ullah, un réfugié rohingya que nous avons croisé dans le camp il y a quelques jours.

    Car Syed Ullah voulait que le souverain pontife constate par lui-même la situation de l'immense camp établi dans le district rural de Cox's Bazar en le visisant. Mais à défaut de l'avoir fait, le pape a exaucé un autre de ses souhaits : François a prononcé le mot « Rohingyas » après avoir discuté avec une délégation de réfugiés à Dacca, la capitale du Bangladesh.

    Syed Ullah, réfugié rohingya. Novembre 2017.Syed Ullah, réfugié rohingya. Novembre 2017. Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

    C’est notre droit, notre identité, d’être appelés Rohingyas.

    Syed Ullah, réfugié.

    Car le mot est tabou au Myanmar, où le pape a soigneusement évité de le prononcer en public lors de la première étape de son voyage. Reste à voir quel sera l’impact, si impact il y a, de ses discussions avec les autorités birmanes, notamment avec le commandant en chef de l’armée. Les militaires birmans réfutent les accusations de viols, de meurtres, d’incendies de villages et d’autres exactions contre les Rohingyas qui sont soulevées dans la communauté internationale. L’ONU parle même d’épuration ethnique.

    Un avenir incertain pour les réfugiés

    Pour l’instant, bon nombre de réfugiés comme Syed Ullah s’inquiètent qu’il y ait encore beaucoup d'incertitudes concernant les modalités d’un retour au Myanmar, un pays qui les considère comme des immigrants bangladais et qui les prive de citoyenneté et de droits. Le processus de rapatriement commencerait dans environ deux mois, en vertu d’une entente annoncée fin novembre entre les autorités bangladaises et birmanes.

    La densité des camps de réfugiés rohingyas. Novembre 2017.La densité des camps de réfugiés rohingyas. Novembre 2017. Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

    Dacca songe aussi à installer, d’ici 2019, quelque 100 000 réfugiés sur l’île de Bhashan Char, dans le golfe du Bengale. Mais c’est un projet controversé. Des dirigeants rohingyas et des groupes de défense des droits de la personne trouvent que l’endroit est isolé et inhabitable.

    Le Bangladesh, l’un des pays les plus pauvres de la planète, est débordé avec cet afflux de centaines de milliers de réfugiés. Le pape l’a félicité pour son accueil des Rohingyas et il a invité les autres pays à l’aider matériellement d’urgence.

    Une jeune Rohingya tient sous son bras l'une des bâches de plastique utilisées pour couvrir les abris des réfugiés. Novembre 2017.Une jeune Rohingya tient sous son bras l'une des bâches de plastique utilisées pour couvrir les abris des réfugiés. Novembre 2017. Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

    La majorité des réfugiés ont 18 ans et moins

    En attendant, les réfugiés vivent entassés et dans la précarité, comme la souligné le pape François. Et en majorité, ce sont des enfants. Des organisations humanitaires soulignent le risque de malnutrition aiguë chez une bonne partie d’entre eux, issus de milieux souvent défavorisés et qui ne mangeaient déjà pas à leur faim au Myanmar.

    Viviane van Steirteghem, la responsable de l’UNICEF dans le camp de Cox's Bazar, explique que l’organisation a des équipes aux points d’entrée des réfugiés au Bangladesh pour repérer les enfants qui arrivent seuls, après avoir perdu de vue leurs parents ou après la mort de ces derniers. Des enfants qui ont de facto assumé la responsabilité de chef de famille. Elle ajoute qu’il y a des plans pour établir un système de familles d’accueil.

    Ici, tous les enfants que nous voyons ont été soit eux-mêmes victimes de violence, soit ont été témoins de violence, et de violence parfois grave.

    Viviane van Steirteghem, UNICEF

    Pour l’instant, la plupart des orphelins sont placés dans leur famille élargie, par exemple auprès de grands-parents, de cousins, d’oncles et de tantes, explique de son côté Wayne Bleier, spécialiste en soutien psychosocial à l’UNICEF. Il supervise la formation du personnel qui s’occupe des enfants, notamment dans les « Espaces amis ». Ce sont des lieux de détente et d’apprentissage où le personnel est à l’affût du comportement des enfants, pour détecter ceux qui ont besoin d’une aide particulière.

    Il n’y a cependant pas d’école pour les adolescents, et peu d’encadrement. D’où des craintes que le désoeuvrement ne les rende vulnérables au mariage forcé, à la criminalité, à l’enrôlement dans des groupes armés, voire extrémistes, et aux réseaux de prostitution.

    Le défi d’offrir du soutien aux réfugiées

    Une mère avec l'un de ses enfants, camp de réfugiés rohingyas. Cox's Bazar, Bangladesh, novembre 2017.Une mère avec l'un de ses enfants, camp de réfugiés rohingyas. Cox's Bazar, Bangladesh, novembre 2017. Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

    L’autre préoccupation des travailleurs humanitaires, c’est d’offrir des services aux jeunes filles et aux femmes. Le manque d’intimité dans ce camp densément peuplé peut décourager les réfugiées à se rendre dans des centres médicaux ou des centres d’aide. Des travailleurs de Médecins sans frontières vont rendre visite aux femmes dans leurs abris pour leur offrir du soutien, par exemple si elles ont subi des violences sexuelles. Mais il n'est pas facile d’aborder le sujet avec les Rohingyas, pour qui le viol reste synonyme de honte, souligne Crystal Van Leeuwen, coordonnatrice des services médicaux d’urgence de MSF au Bangladesh.

    Certaines femmes viennent nous voir parce qu’elles ont peur d’être enceintes, et c’est à ce moment-là que l’on apprend qu’elles ont subi des violences sexuelles.

    Crystal Van Leeuwen, MSF

    En date du 24 novembre, 94 femmes ont rapporté à MSF avoir subi des viols et autres agressions sexuelles aux mains des militaires birmans, dont une petite fille de 9 ans.

    Rojiya Begum, 19 ans. Elle raconte comment des militaires birmans l'ont violée, elle était enceinte, son mari a été tué. Novembre 2017.Rojiya Begum, 19 ans. Elle raconte comment des militaires birmans l'ont violée, elle était enceinte, son mari a été tué. Ses parents songent déjà à la remarier. Novembre 2017. Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

    Selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, un réfugié passe en moyenne 17 ans en exil.

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