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Enquête sur les femmes autochtones : Thunder Bay, reconnue pour son racisme, sera-t-elle un tournant?

La rivière McIntyre, à Thunder Bay.

La rivière McIntyre, à Thunder Bay.

Photo : Radio-Canada / Stéphany Laperrière

Radio-Canada

Alors que l'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées (ENFFADA) a entrepris ses audiences communautaires à Thunder Bay, en Ontario, les yeux de nombreuses familles autochtones qui ont perdu leurs proches sont rivés sur cette ville ayant le plus haut taux de crimes haineux au Canada.

Un texte de Joël Ashak et Stéphany Laperrière

La rivière des larmes. C’est ainsi qu’est surnommée la rivière McIntyre, qui coupe Thunder Bay en deux, et dans laquelle les corps d’Autochtones sont périodiquement repêchés.

À lui seul, ce cours d’eau représente la tension raciale qui règne dans la seule ville ontarienne où vient de s'arrêter l’ENFFADA.

Les parents ne veulent plus envoyer leurs enfants à Thunder Bay. Ils ont peur de ne plus les [re]voir vivants.

Anastasia Cywink, directrice d’une école secondaire à Espanola

En 2015, le Bureau du coroner de l’Ontario a ouvert une enquête sur la mort de sept jeunes Autochtones, retrouvés dans la rivière entre 2000 et 2011.

Ils venaient de communautés isolées du Nord pour étudier à Thunder Bay.

D’autres corps ont été repêchés depuis, notamment ceux de Tammy Keeash et de Josiah Begg, respectivement âgés de 17 et de 14 ans.

Une rue du centre-ville de Thunder BayAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Une rue du centre-ville de Thunder Bay

Photo : Radio-Canada / Joël Ashak

Un environnement menaçant

Plusieurs critiquent le choix de Thunder Bay pour ces audiences, car la ville est perçue comme un environnement oppressant pour les familles autochtones.

Anastasia Cywink, dont la soeur a été tuée il y a 23 ans, s'inquiète pour ceux qui viendront y témoigner.

C’est le pire endroit! Pourquoi risquer de traumatiser davantage les familles?

Anastasia Cywink, directrice d’une école secondaire à Espanola

Le dernier drame qui a marqué les esprits est celui de Barbara Kentner. L’Autochtone de 34 ans a reçu une boule d’attelage dans l’abdomen, lancée d’une voiture qui passait alors qu’elle se promenait dans la rue avec sa soeur.

Barbara Kentner a succombé à ses blessures six mois plus tard.

Mais c’est justement pour tout ça que les audiences doivent se tenir à Thunder Bay, estime Sharon Johnson, qui a elle-même perdu sa soeur en 1992.

Les gens se rendront peut-être compte que nous devons nous réunir ici et se prêter main forte. C’est ce que j’espère.

Sharon Johnson
Sharon Johnson devant la rivière McIntyre à Thunder Bay Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Sharon Johnson devant la rivière McIntyre à Thunder Bay

Photo : Radio-Canada / Stéphany Laperrière

« Ça passe ou ça casse »

Thunder Bay est la huitième étape dans le parcours national de l’ENFFADA.

Plus que tous les autres, cet arrêt est déterminant, selon Nawel Hamidi, chargée d'enseignement à l’Université Laurentienne.

Il y a [à Thunder Bay] une agonie sociale. Les Premiers Peuples à Thunder Bay savent exactement ce qui se passe.

Nawel Hamidi, avocate, doctorante à l'Université d'Essex en Angleterre et chargée d'enseignement à l'Université Laurentienne

« C’est là que va se cristalliser le débat, au sein même du mouvement des femmes et des familles, sur l’utilité et la légitimité de cette commission et des finalités qu’elle poursuit, renchérit Pierrot Ross-Tremblay, sociologue spécialiste des questions de la mémoire et de l’oubli. Ça passe ou ça casse, d’une certaine façon. »

Enquête sur les méthodes policières

Au centre de cette attention se trouve le service de police de Thunder Bay, qui fait en ce moment l’objet d’une enquête, après avoir été maintes fois accusé de racisme systémique.

Le Bureau du directeur indépendant de l’examen de la police s’est saisi du dossier en septembre 2016.

Un écusson de la Police de Thunder Bay Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Un écusson de la Police de Thunder Bay

Photo : Radio-Canada

Gerry McNeilly, qui mène l’enquête, doit déterminer si les dossiers qui concernent des Autochtones sont traités différemment par la police de celles impliquant le reste de la population.

Les communautés autochtones ont cette perception. J’espère, à travers mon enquête systémique, que nous pourrons mettre en lumière ces problèmes pour en parler, tous ensemble.

Gerry McNeilly, directeur indépendant de l'examen de la police

C’est aussi pourquoi le directeur voit d’un bon oeil le passage de l’ENFFADA à Thunder Bay.

« C’est formidable que [la commission] y soit. Je les appuie et j'espère qu’elle y restera assez longtemps. »

Les audiences durent trois jours, soit jusqu'au 6 décembre. Ce sont les seules prévues en Ontario.

Avec la collaboration de Sophie Vallée

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Autochtones