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Les résidences familiales pour aînés : un modèle en voie de disparition

Résidence La Balise

La RPA de Claude Fortin, baptisée la résidence La Balise, était en fonction depuis 17 ans.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Manque de relève, nouvelles normes, difficultés de financement, les propriétaires de petites résidences privées (RPA) pour personnes âgées sont de plus en plus nombreux à jeter l'éponge.

Un texte de Joane Bérubé

Le modèle chambre et pension qui accommode les personnes âgées qu’on dit autonomes ou semi-autonomes résiste de moins en moins aux mutations en cours dans les modes d’hébergement des aînés.

Le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) du Bas-Saint-Laurent confirme qu’il y a effectivement « davantage de ventes ou de fermetures de résidences de neuf places ou moins ».

Dans la seule MRC de la Matanie, une demi-douzaine de ces maisons ont fermé au cours des deux dernières années, malgré le fait qu’il s’agit d’une des MRC du territoire où on compte le moins de places d’hébergement pour aînés.

Au Bas-Saint-Laurent, la Matanie compte actuellement le quart des Résidences privées pour personnes âgées (RPA) de neuf places et moins.

Répartition des 37 résidences privées pour aînés de neuf places et moins par territoire de MRC :

  • La Matanie : 9
  • Les Basques : 6
  • La Mitis : 4
  • La Matapédia : 4
  • Kamouraska : 4
  • Rimouski : 3
  • Rivière-du-Loup : 3
  • Témiscouata :3
La Résidence Le Petit Bonheur, sur la rue du Bosquet à Matane, est aussi fermée et à vendre.

La Résidence Le Petit Bonheur, sur la rue du Bosquet à Matane, est aussi fermée et à vendre.

Photo : Radio-Canada

Quand vient le temps de casser maison, ces petites résidences où l’hébergement inclut souvent trois repas par jour, l’entretien des vêtements et la distribution des médicaments sont une solution avantageuse pour des aînés souvent plus fatigués et isolés que malades.

Avec la fermeture de ces petites résidences, les aînés perdent un cadre de vie plus intime et une option de logement moins institutionnalisée.

De plus, la location d’une chambre dans de petites résidences est généralement moins coûteuse qu’un logement ou une chambre supervisée dans des résidences plus grandes.

C’est une donnée qui compte, selon le CISSS, qui souligne que plusieurs aînés de la région sont prestataires du supplément de revenu garanti.

Normes du bâtiment

Même si le CISSS estime que la tragédie de L’Île-Verte, où 32 personnes âgées sont mortes dans l'incendie d'une résidence, n’est pas en cause, puisque les petites RPA de neuf places et moins n’ont pas l’obligation d’installer des gicleurs, il n’en demeure pas moins que les règles et normes ont changé.

Portes coupe-feu, nouveaux revêtements de murs, escalier à modifier, les nouvelles normes de la Régie du bâtiment ont eu raison du foyer de Claude Fortin, situé à un jet de pierres de l’hôpital de Matane. Il a reçu en juin un avis de non-conformité comprenant 11 éléments à modifier.

Avis de correction reçu par M.Fortin en juin dernier

Avis de correction reçu par M.Fortin en juin dernier

Photo : Radio-Canada

Les préventionnistes du service incendie de la Ville de Matane lui demandaient notamment d’agrandir les fenêtres de la maison afin de permettre l’évacuation des personnes âgées lors d’un incendie.

Avis de correction reçu par M. Fortin

M. Fortin disposait de 90 jours changer les fenêtres et agrandir les fenêtres de sa maisn

Photo : Radio-Canada

« Lorsque j’ai changé mes fenêtres en 2006, j’avais lu dans les affaires du gouvernement qu’il y avait eu plusieurs suicides par les châssis. J’ai mis une ouverture étroite pour ne pas qu’ils ne se jettent en bas », raconte l’homme qui s’est découragé devant l’ampleur des travaux.

J’ai reçu un avis de corrections qui demanderait d’après moi un 130 000 $ à 135 000 $ de réparations.

Calude Fortin, ex-propriétaire d'une RPA de 9 places et moins

Il a fermé ses portes le 28 septembre dernier. Il hébergeait des aînés depuis 17 ans.

Les neuf pensionnaires, âgées de 67 à 92 ans, ont dû se reloger. Certains habitaient la résidence depuis plus de 10 ans. Ils ont heureusement tous trouvé un nouveau nid dans la région de Matane.

L’inspection de M. Fortin précédait le renouvellement de sa certification comme Résidence privée pour personnes âgées auprès du CISSS.

Claude Fortin a préféré fermer sa résidence devant tous les travaux qui étaient exigés

Claude Fortin a préféré fermer sa résidence devant tous les travaux qui étaient exigés

Photo : Radio-Canada

Il estime qu’il ne sera pas le seul à fermer ses portes. D’autres propriétaires risquent de faire comme lui lorsque viendra le temps de renouveler leur permis et que se présenteront les inspecteurs de la Régie du bâtiment et les responsables de la Sécurité incendie.

Manque de relève

C’est ce que pense Madeleine Carrier qui a ouvert sa maison il y a 15 ans. Sa certification viendra à échéance dans un an et demi.

Murs en lattes de bois, parquets vernis... avec le sous-sol, sa maison ancestrale compte quatre étages. « Même si je suis branchée directement avec les pompiers, ils vont vouloir que je change tout ça », commente Mme Carrier, qui a déjà renoncé à un pensionnaire parce qu’elle n’a pas voulu poser une porte en acier.

Madeleine Carrier a décidé de mettre sa maison en vente puisqu'elle ne trouve pas preneur pour son foyer.

Madeleine Carrier a décidé de mettre sa maison en vente puisqu'elle ne trouve pas preneur pour son foyer.

Photo : Radio-Canada

Madeleine Carrier, qui approche la soixantaine, a mis sa résidence en vente il y a un plus de deux ans. Sans résultat. Aucune visite. Aucun téléphone.

Pour elle, le manque de relève explique aussi bien des fermetures.

Le CISSS abonde dans le même sens. La plupart des exploitants de résidences de petite taille, indique le CISSS, effectuent eux-mêmes toutes les tâches dans la résidence (repas, ménage, assistance, gestion des médicaments, loisir et administration).

Ils emploient occasionnellement des préposés pour les soutenir, ce qui crée au fils du temps un certain essoufflement.

S’ils ont de plus en plus d’obligations, les exploitants disposent en effet de peu de soutien.

Pas facile donc de trouver un acheteur. Pas facile non plus de financer ce type d’entreprises.

Madeleine Carrier et le plus âgé de ses pensionnaires, Victor Gauthier, 89 ans.

Madeleine Carrier et le plus âgé de ses pensionnaires, Victor Gauthier, 89 ans.

Photo : Radio-Canada

Financement difficile à obtenir

Conseiller financier à la SADC de Matane, Arthur Francoeur confirme que les institutions financières peuvent effectivement se montrer réticentes à financer une transaction.

C’est du cas par cas, dit-il, mais les propriétaires de petites résidences sont généralement des travailleurs autonomes et les profits sont plutôt modestes compte tenu du petit nombre de résidents.

Il indique que les quelques dossiers analysés par la SADC de la Matanie ne démontraient pas une capacité de rembourser suffisante pour rassurer les créanciers.

Les transferts sont donc difficiles, d’autant plus, ajoute M. Francoeur, que la profitabilité n’est souvent pas assez importante pour rentabiliser des investissements que peuvent exiger les mises aux normes.

Encore L'Île-Verte

Guylaine Lamarre ne le sait que trop bien. Malgré une maison en garantie et un bon historique de crédit, elle a tenté pendant trois mois de trouver un financement pour une petite résidence située dans le village de Saint-Ulric. Elle a aussi eu de la difficulté à trouver un assureur à un prix soutenable.

Au fil de ses démarches, des institutions financières et des assureurs lui ont affirmé que « c'était à cause de L'Île-Verte ».

Ce sont finalement les anciens propriétaires qui l’ont financée lors de son achat, il y a maintenant presque deux ans. Depuis son achat, Mme Lamarre a aussi dû investir 35 000 $ pour répondre aux nouvelles exigencesde la Régie du bâtiment.

Guylaine Lamarre

Guylaine Lamarre a fait l'acquisition du Foyer L'Ange-Gardien à l'hiver 2016

Photo : Radio-Canada

Elle est maintenant la seule à offrir de l’hébergement aux aînés dans le village de Saint-Ulric qui a pourtant déjà compté trois résidences comme la sienne.

Elle se dit par contre satisfaite d’avoir persévéré et aime bien son nouveau travail qui est aussi un nouveau mode de vie puisque la RPA est aussi sa maison.

De son côté, Madeleine Carrier souhaite maintenant vendre sa maison, puisque son entreprise ne se vend pas. Ses résidents, qui ont de 62 à 89 ans, sont inquiets. Ils auront trois mois pour déménager lorsque la fermeture sera annoncée.

Gaspésie et Îles-de-la-Madeleine

Société