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Un « bonjour, hi » qui remet le Parti québécois sur le radar

Le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, tient des feuilles jaunes dans ses mains lors de la période de questions à Québec. Il discute de la motion déposée par son parti, jeudi à l'Assemblée nationale, sur l'abandon de la formule d'accueil « bonjour, hi » dans les commerces québécois.
Le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, discute de la motion déposée par son parti, jeudi, à l'Assemblée nationale, sur l'abandon de la formule d'accueil « bonjour, hi » dans les commerces québécois. Photo: Radio-Canada
Radio-Canada

Depuis plusieurs semaines le Parti québécois a disparu des écrans radars de l'affrontement préélectoral. La Coalition avenir Québec et le Parti libéral prennent toute la place, comme si le PQ était relégué aux estrades, dans un rôle de spectateur. Il n'aura fallu que deux mots, « bonjour, hi », pour ramener Jean-François Lisée et son parti dans l'actualité cette semaine.

Une analyse de Sébastien Bovet, chef du bureau parlementaire à l’Assemblée nationale

Il aura fallu plusieurs semaines, mais Jean-François Lisée a finalement réussi à sortir de l’ombre. L’éclaircie s’est produite grâce à un constat et un malaise. Le constat, révélé par les données du recensement 2016, c’est que le français comme langue prédominante au travail recule un peu et que le bilinguisme augmente un peu. Le malaise, c’est celui ressenti par beaucoup de francophones quand ils se font recevoir par un « bonjour, hi » en entrant dans une boutique à Montréal. Jean-François Lisée a habilement conjugué les deux pour provoquer un débat à l’Assemblée nationale et faire perdre un peu de son flegme au premier ministre.

Quand le chef péquiste a demandé à Philippe Couillard s’il souhaitait qu’on se fasse accueillir par « bonjour! » plutôt que par « bonjour, hi! », le premier ministre a qualifié la question de ridicule. Notons qu’il avait déjà dit qu’il préférerait que les Québécois, même anglophones, accueillent leurs clients en leur disant « bonjour ».

Mais il ne faudrait pas minimiser la force symbolique de l’accueil bilingue dans un commerce. Ça veut dire que l’employé tient pour acquis que c’est la façon de recevoir ses clients, même si on est à Montréal, une ville francophone.

Pourtant, bien des touristes viennent à Montréal et au Québec pour l’exotisme du fait français en Amérique du Nord. Et « bonjour » est un mot que tout le monde comprend, peu importe sa langue. Les taxis montréalais en ont même fait une espèce de marque de commerce. Ça fait partie du cachet, de l’expérience.

Jean-François Lisée l’a compris en abordant la question sous cet angle à l’Assemblée nationale. Il a battu le fer pendant qu’il était chaud, sachant que l’enjeu de la protection de la langue était déjà dans l’actualité après les questions soulevées par la vérificatrice générale sur la difficile francisation des immigrants et le faux pas du gérant de la boutique Adidas.

Après avoir mis de côté le cheval de bataille référendaire, le chef péquiste s’est tourné vers un enjeu qui résonne dans la population et chez les militants du PQ : la langue. Il a ainsi goûté à la chaleur des projecteurs, ce qu’il n’avait pas fait depuis belle lurette.

Ce n’est certainement pas assez pour renverser d’un coup la tendance actuelle. Un sondage publié samedi dans Le Devoir le démontre de façon éloquente. Le Parti québécois est loin derrière ses rivaux. Le terrain perdu est immense, la pente est abrupte, elle sera difficile à remonter. Mais au moins, cette éclaircie politique cette semaine peut donner un peu d’espoir aux militants péquistes. Leur chef et leur parti peuvent encore, parfois, avoir du ressort.

Sébastien Bovet

Politique provinciale

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