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  • Envoyée spéciale
  • Les orphelins de la crise des opioïdes

    La Dre Sarah Dawn Jones est accusée d'avoir prescrit 50-mille comprimés d'opioïdes à un seul patient.

    Photo : La Presse canadienne / Graeme Roy

    Radio-Canada
    Mis à jour le 

    [1er de 4] Leurs parents sont morts, incarcérés, ou les ont tout simplement abandonnés pour la drogue. Ils vivent avec leurs grands-parents ou dans des foyers d'accueil. Ils sont des dizaines de milliers aux États-Unis, toute une génération de jeunes qui paient le prix de l'épidémie des opioïdes qui frappe le pays de plein fouet. L'est du Kentucky en est l'épicentre.

    Un texte de Tamara Alteresco, à Harlan, au Kentucky


    Harley, 15 ans

    La jeune Harley, 15 ans, confie à la caméra son désir de quitter la ville à ses 18 ans.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

    La jeune Harley, 15 ans, a vu ses parents plonger dans l'enfer de la drogue.

    Photo : Radio-Canada

    Elle a les yeux tristes, même quand elle sourit. Tout ce qu'elle veut, c'est oublier son enfance. Tout a commencé quand son père a fait une dépression il y a quelques années et a développé une dépendance aux antidouleurs.

    « Il s'est mis à en abuser rapidement. Puis, ma mère a commencé elle aussi à faire comme lui. Elle a perdu son travail et a décidé de se lancer dans la vente illégale de comprimés. C'était à ce point grave que mon frère et moi devions nous enfermer dans nos chambres toute la soirée », raconte l'adolescente.

    Son père et sa mère sont tous les deux en prison. Harley vit chez ses grands-parents avec son frère. Il a des pensées suicidaires, malgré ses 11 ans. Quand le médecin a voulu lui prescrire des médicaments, la famille a refusé.

    Tout ce que je veux, c'est avoir 18 ans pour m'en aller [...] avec mon frère pour ne plus avoir à y penser.

    Harley, 15 ans

    Dans le comté de Harlan, 40 % des enfants vivent sans leurs parents biologiques.

    Toute une génération de grands-parents a pris la relève, sans aucune aide financière du gouvernement.

    Le comté de Harlan au Kentucky

    Population : 30 000
    Superficie : 1200 km2, environ trois fois l’île de Montréal
    Revenu médian des ménages : 25 800 $ US
    Population vivant sous le seuil de la pauvreté : 37 %

    Wanda, grand-mère qui redevient maman

    Wanda, grand-mère de trois enfants, doit maintenant s'en occuper.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

    Wanda, déjà grand-mère, doit prendre ses petits enfants sous son aile après l'emprisonnement de son fils et de sa bru.

    Photo : Radio-Canada

    À 52 ans, Wanda redevient maman pour ses trois jeunes petits-enfants.

    Sa fille et son gendre sont en prison. Ils consommaient tout ce qu’ils étaient en mesure de trouver dans la rue et négligeaient leurs petits.

    « Les enfants ont beaucoup souffert, ils suivent une thérapie à l'école. Leurs parents leur manquent malgré tout. Mais on a tort de penser que la solution, c'est la prison. Il faut soigner tous ces parents. C'est une véritable épidémie [...] La dépendance est une maladie », dit-elle.

    La famille tente de survivre, un jour à la fois.

    À venir

    • Mardi : poursuivre les fabricants d'opioïdes
    • Mercredi : donner de l'héroïne médicale
    • Jeudi : professionnels de la santé accros aux opioïdes

    Une pénurie de familles d'accueil

    Environ 9000 enfants ont été placés dans des familles d’accueil, du jamais-vu au Kentucky; c'est 3000 de plus qu'il y a cinq ans. L'augmentation est directement liée à la crise des opioïdes.

    La famille Payne pose dans son salon.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

    Lucy et Neil ont six enfants; trois sont les leurs et les autres se sont greffés à la famille. Leur mère a perdu la garde pour négligence.

    Photo : Radio-Canada / Tamara Alteresco

    La maisonnette de la famille Payne a l'air d'une petite garderie, avec les jouets qui traînent et la marmaille qui se les arrache.

    Lucy et Neil ont six enfants; trois sont les leurs et les autres, Kiera, Zalen et Skylar, se sont greffés à la famille en février dernier.

    Leur mère a perdu la garde pour négligence, incapable de surmonter ses problèmes de consommation.

    « Quand nous les avons pris en charge, le plus vieux, Skylar, avait 5 ans, et c'est lui qui avait l'habitude de s’occuper de sa sœur. La mère n'était jamais à la maison. Vous imaginez? » dit Neil Payne.

    On vit dans une société où, de nos jours, on apprend aux enfants comment administrer les antidotes au cas où les parents font une surdose. C'est complètement dingue.

    Neil Payne, recruteur pour un organisme qui forme les futurs parents d'accueil

    Tout le système de placement familial est en crise au Kentucky.

    « Nous recevons 20 à 30 appels par jour pour prendre en charge des enfants », dit Neil Payne, recruteur pour un organisme qui forme les futurs parents d'accueil.

    Le refuge des enfants de Harlan

    L'extérieur du Boys and Girls Club, qui accueille les enfants touchés par la crise des opioïdes.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

    Le Boys and Girls Club accueille les enfants de parents intoxiqués ou dépendants aux opioïdes.

    Photo : Radio-Canada

    Le Boys and Girls Club reçoit tous les enfants du coin après l'école. Ce centre de loisirs est devenu, avec le temps, un refuge où rien ne peut leur arriver. On les nourrit dès qu’ils franchissent la porte, explique la directrice, Kateena Haynes.

    « Souvent, les parents sont trop intoxiqués, trop dépendants. Ils sont physiquement incapables de leur faire à manger. Certains vont même jusqu'à tout dépenser pour la drogue au lieu d'acheter à manger », dit-elle.

    Une centaine d'enfants fréquentent l'endroit et tous, sans exception, sont exposés à la drogue d'une façon ou d'une autre.

    Durant l'hiver de 2012, 13 enfants du club ont perdu un parent d'une surdose aux opioïdes. Huit d’entre eux étaient même dans la maison et ont vu leurs parents mourir sous leurs yeux.

    Kateena Haynes, directrice du Boys and Girls Club du comté de Harlan

    Le reportage de Tamara Alteresco est présenté lundi au TJ 22 h sur ICI Radio-Canada Télé.

    Alaina, 13 ans

    Alaina a découvert son beau-père, mort, allongé dans son lit. Il consommait de l'oxycodone.

    Alaina Mclendon en entrevue avec Tamara AlterescoAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

    Le beau-père d'Alaina est mort chez elle alors qu'elle n'avait que 6 ans.

    Photo : Radio-Canada

    Elle n'avait que 6 ans. Elle croyait qu'il dormait et voulait le réveiller de sa sieste.

    Quand on lui demande ce qui l'attend à Harlan, elle répond qu'elle doit partir pour sauver son destin. « La communauté est une mauvaise influence. Si je reste à Harlan, moi aussi je risque de finir par succomber à la drogue. »

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