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Les wampums aux fondements de la confédération iroquoise

Une fresque représentant le symbole de la confédération haudenosaunee [iroquoise] à Toronto, au coin des avenues Spadina et Dupont.

Une fresque représentant le symbole de la confédération haudenosaunee [iroquoise] à Toronto, au coin des avenues Spadina et Dupont.

Photo : Jacynthe Ledoux

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2017 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Du temps de ma mère, les Iroquois étaient généralement dépeints comme des guerriers menaçants et dangereux, qui occupent des maisons longues et vivent de chasse, de cueillette et d'agriculture. Des années plus tard, cette esquisse erronée, dégradante et injuste inculquée par le système scolaire des années 1950-60 semble malheureusement toujours tapie dans l'imaginaire collectif. Réviser ces préjugés est un impératif à toute tentative de réconciliation.

Sixième chronique sur les wampums de Jacynthe Ledoux

La réaction à la crise d’Oka aurait-elle été différente si le niveau de connaissances générales avait été moins rudimentaire?

Pendant qu’en Europe le XVe siècle est marqué par le passage du Moyen-Âge à la Renaissance, le Nord-Est américain voit naître une alliance confédérale qui déploie une culture diplomatique extrêmement élaborée. Les wampums sont au coeur du mythe fondateur de la confédération haudenosaunee [iroquoise].

Voici une histoire abrégée du mythe fondateur de la complexe confédération iroquoise.

Le wampum de Tadodaho

D’après la légende, longtemps avant que les Européens ne mettent le pied sur l’île de la Tortue [l’Amérique], une ère de chaos, de souffrances et de guerre régnait sur les forêts et les rivières du Nord-Est américain. Tadodaho [aussi nommé Atotarho’], un sorcier cruel coiffé de serpents terrorise les cinq nations mohawk, oneida, onondaga, cayuga et seneca.

L’abondance de perles noires qu’arbore ce wampum réfère à cette époque de désordre brutal. Les pointes noires, selon les différentes interprétations, pourraient représenter à la fois les serpents qui ondulent dans les cheveux du tyran et les flammes du feu central qui sera plus tard établi sur les terres des Onondagas, soit au centre de la future confédération. Les quatorze losanges symbolisent les sachems [chefs traditionnels] chargés de maintenir ce feu central.

Le wampum de l’arbre infini

Le wampum de l'arbre sans fin. Les wampums sont des tissages de coquillages blancs et pourpresAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le wampum de l'arbre sans fin

Photo : Image fournie par le Jake Thomas Learning Centre

Toujours selon le mythe, au milieu de cette ère de noirceur et de douleur naît Deganawidah [le pacificateur]. Pour réaliser sa vision, qui consiste à pacifier les nations guerrières par l’union confédérale, il a besoin d’alliés. Sur son chemin, il rencontre un jeune orateur talentueux nommé Hiawatha.

Bouleversé par le deuil de ses trois filles assassinées, Hiawatha souffre, replié sur lui-même. Sa gorge est nouée par la douleur du deuil, ses oreilles sont bouchées par le bruit de sa propre souffrance, ses yeux sont embrouillés par les larmes. Le Pacificateur pratique alors ce qui est considéré comme étant l’origine de la cérémonie de condoléances pour guérir son esprit et en rétablir la bonté. Une première branche de wampum est destinée à dénouer sa gorge pour clarifier sa voix et ancrer ses mots à l’intelligence de son coeur. La seconde branche de wampum dégage ses oreilles afin qu’il puisse écouter avec précision, sans la distorsion qu’impose le filtre du tourment. La troisième branche de wampum sèche les larmes d’Hiawatha, qui voit maintenant le monde avec lucidité.

Fort de cette transformation intérieure, Hiawatha amorce un long périple qui l'amène à convaincre avec éloquence chacune des cinq nations à s’unir pour mettre fin au chaos destructeur.

Un seul personnage résiste à l’appel du pacificateur : Tadodaho, le tyran cruel à demi humain. Une nouvelle cérémonie de condoléances est pratiquée pour le guérir de la noirceur qui l’habite. Treize branches de wampums seront utilisées pour faire fuir les serpents qui l’assaillent et lui redonner sa forme pleinement humaine.

Sur le territoire des Onondagas, où Tadodaho régnait, un gigantesque arbre de la paix est planté. Les haches de guerre sont enterrées sous les racines de cet arbre qui croît à l’infini et étend ses racines au nord, au sud, à l’est et à l’ouest. En suivant les traces de ces racines, tous les peuples qui souhaitent se joindre à cette union pacifique pourront trouver le chemin du feu central. Une sixième nation, les Tuscaroras, joint la confédération en 1722.

Le wampum de l’arbre sans fin représente cet arbre de paix à la croissance infinie. C’est dire que dans l’imaginaire haudenosaunee, le grand pin dernièrement ajouté aux armoiries de la Ville de Montréal a des racines profondes qui réfèrent à la naissance même de la confédération iroquoise.

Le wampum de Hiawatha

Le wampum de Hiawatha. Les wampums sont des tissages de coquillages blancs et pourpresAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le wampum de Hiawatha

Photo : Image fournie par Darren Bonaparte

Ce collier de wampum est le symbole dominant de la confédération. Depuis les années 1980, il est reproduit sur le drapeau officiel. Au sein des communautés haudenosaunee, ce motif géométrique se retrouve abondamment sur les parechocs des voitures, sur les t-shirts, en fresques peintes sur les murs ...

Le wampum de Hiawatha est constitué de 6 574 perles réparties en 38 rangées et 173 colonnes. Le fond pourpre représente le ciel ou l’univers qui nous entoure, alors que les perles blanches symbolisent la pureté de l’esprit [good mind]. Les cinq symboles réfèrent aux cinq nations fondatrices de l’alliance originelle. D’ouest en est se trouvent les Senecas (gardiens de la porte de l’Ouest), les Cayugas, les Onondaga (gardiens du feu central), les Oneida et les Mohawks (gardiens de la porte de l’Est). Au centre, le motif en pointe, qui réfère au peuple onondaga, a une symbolique multiple. Il est parfois décrit comme un coeur, comme le feu central ou l’arbre de la paix. Les cinq symboles sont liés par une bande blanche qui n’a ni commencement ni fin. Elle représente l’aspect éternel de l’engagement qui lie ces nations.

La confédération aujourd’hui

Après 150 ans d’imposition du cadre juridique canadien, dont l’oppressante Loi sur les Indiens, la confédération est en processus de revitalisation. Les Premières Nations sont en train de se réapproprier les paroles associées aux wampums, qui ont récemment été rapatriées des musées.

Pourtant, d’après Darren Bonaparte, Mohawk d’Akwesasne et auteur des Wampum Chronicles, la diplomatie des wampums est extrêmement riche et a encore beaucoup à nous apprendre. Les processus de réconciliation actuels n’auront de valeur que si chacun accepte de se délier de sa haine, de sa colère, de sa tristesse et de sa douleur. Chargées du poids de la souffrance ou de la honte, nos voix s’embrouillent, nous n’entendons plus l’autre et nous ne voyons plus clair.

Le mythe de Hiawatha offre des pistes de solution. Jadis, les personnes qui assistaient aux grands conseils portaient souvent le lourd deuil de leurs frères, e leurs pères, de leurs soeurs ou d'autres proches perdus aux mains de nations voisines. Les Haudenosaunees ont développé des outils de réconciliation millénaires issus d’époques où ces guerres fratricides se produisaient à répétition. Faire précéder les rencontres diplomatiques d’une cérémonie de condoléances qui favorise la guérison intérieure à l’aide de wampums permet d’entrer en relation avec un coeur plus léger.

D’après Darren Bonaparte, sans guérison préalable, les institutions modernes telles que la Commission d’enquête sur les femmes autochtones disparues ou assassinées ne parviendront pas à fonctionner. Il manque une pièce fondamentale au casse-tête.

Pour se réconcilier, il faut d’abord guérir de soi. Or, les rituels associés aux wampums offrent de précieuses pistes d’apaisement, en ces temps de convalescence.


Jacynthe Ledoux, avocate spécialisée en droit autochtone et en droit de l'environnement.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Jacynthe Ledoux, avocate spécialisée en droit autochtone et en droit de l'environnement.

Photo : Radio-Canada / Jean-François Villeneuve

Jacynthe Ledoux est avocate spécialisée en droit autochtone et en droit de l'environnement. L'Association des professeurs de droit du Québec lui a décerné en 2017 le prix de la meilleure thèse en droit du Québec.

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