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Les militaires en position de force dans le nouveau Zimbabwe

Emmerson Mnangagwa en habits présidentiels
Le nouveau président du Zimbabwe, Emmerson Mnangagwa, lors de son assermentation Photo: Reuters / Philimon Bulawayo
Radio-Canada

Des hauts gradés de l'armée et des fidèles du parti au pouvoir seront les piliers du nouveau Conseil des ministres formé par le nouveau président du Zimbabwe, Emmerson Mnangagwa, pour instaurer la « nouvelle démocratie » qu'il a appelée de ses vœux après la chute de Robert Mugabe.

Ce nouveau Cabinet, qui ne comprend ni membre de l’opposition ni vice-président, inclut 22 ministres, contre 33 auparavant. Il inclut notamment :

  • Sibusiso Moyo, ministre des Affaires étrangères. Le général Moyo est l’homme qui a annoncé à la télévision le coup de force de l’armée dans la nuit du 14 au 15 novembre. Cette intervention a mené à la démission de M. Mugabe et au retour de M. Mnangagwa, écarté de son poste de vice-président;
  • Perence Shiri, ministre de l’Agriculture. Chef de l’armée de l’air, M. Shiri a été directement impliqué dans le massacre de 20 000 opposants au président Mugabe perpétré dans la région de Matabeleland au début des années 80. Il dirigeait alors une brigade entraînée par des Nord-Coréens. M. Mnangagwa était responsable de cette répression à titre de ministre de la Sécurité d'État;
  • Patrick Chinamasa, ministre des Finances. M. Chinamasa retrouve ainsi un poste qu’il a occupé de 2013 à octobre 2017, avant d’être déplacé à la cybersécurité par M. Mugabe. Son règne aux Finances n’avait pas permis de sortir le Zimbabwe du marasme économique dans lequel il est enfoncé depuis des années. « La loyauté prime sur la compétence » dans ce cas, a commenté Anthony Hawkins, économiste à l'Université du Zimbabwe;
  • Chris Mutsvangwa, ministre de l’Information. Chef de l’association des anciens combattants, il avait fait publiquement pression pour que M. Mugabe démissionne, alors qu’il était assigné à résidence par l’armée. Il a aussi joué un rôle-clé dans l’organisation des manifestations populaires qui ont accru la pression sur M. Mugabe.

Le chef du principal parti d’opposition, l’ex-premier ministre Morgan Tsvangirai, n’a pas été invité à faire partie de ce gouvernement, censé donner une nouvelle impulsion à l’économie exsangue de ce pays d’environ 15 millions d’habitants.

Autrefois considéré comme le grenier à blé de l’Afrique, le Zimbabwe a vu son économie s’écrouler après une réforme agraire au début des années 2000.

Dans une entrevue accordée à l'Associated Press jeudi, avant l’annonce du nouveau Cabinet, M. Tsvangirai avait affirmé que M. Mnangagwa avait une « très petite occasion » de montrer qu’il était différent de Robert Mugabe, dont il a été le fidèle bras droit depuis le milieu des années 60. Il avait en outre confirmé n’avoir eu aucune discussion avec lui.

« La lune de miel est terminée avant d’avoir commencé »

L’ancien ministre des Finances de M. Tsvangirai, Tendai Biti, ne s’est pas gêné pour dire tout le mal qu’il pense de ces nouvelles nominations. « La lune de miel est terminée avant d’avoir commencé. Quelle honte! Quelle occasion ratée... », a-t-il écrit sur Twitter.

Jusqu'ici, nous avions accordé le bénéfice du doute aux putschistes. Nous l'avions fait dans l'idée authentique, peut-être naïve, que le pays pourrait aller de l'avant. Nous avions très envie d'un changement, de la paix et d'une stabilité pour le pays. Comme nous avions tort!

Tendai Biti, ex-ministre des Finances du Zimbabwe

« Nous faisons maintenant face à une junte. Nous connaissons maintenant la réponse à la question : le coup a-t-il été fait pour donner une chance au Zimbabwe ou pour protéger les intérêts privés de certains individus et du parti au pouvoir? », la ZANU-PF, a-t-il déclaré par la suite au quotidien britannique The Guardian.

« Maintenant, les citoyens doivent se regrouper et [se battre] pour élire une autorité politique normale », a-t-il ajouté.

Un ancien conseiller de M. Tsvangirai, aujourd'hui basé à Londres, Alex Magaisa, a également réagi en postant sur Twitter une photo d’archives où l’on peut voir Robert Mugabe et sa femme Grace, hilares, avec le commentaire : « Quand ils ont vu le nouveau Cabinet »

Pour de nombreux observateurs, c'est l'armée qui reçoit aujourd'hui sa récompense et affirme aussi son autorité.

Alex Magaisa

« Zimbabwe, tu as le droit de te sentir trahi », a écrit sur Twitter un militant des droits de la personne basé à Harare, Doug Coltart.

« Le 18 novembre, nous sommes TOUS sortis dans les rues, comme un peuple uni autour d'une vision commune pour le Zimbabwe. Ce Cabinet ne représente pas le nouveau Zimbabwe, mais le retranchement de la vieille élite politique en déliquescence. »

Les partisans de Grace Mugabe, regroupés au sein d'un groupe baptisé G40, mais écartés dans la foulée du coup de force de l'armée, ont dénoncé un « gouvernement en kaki ».

« Même le Nigeria n'avait pas autant de chefs militaires au gouvernement à l'époque des coups d'État! », s'est indigné sur Twitter l'ancien ministre de l'Information, Jonathan Moyo, qui est entré dans la clandestinité.

Lors de son discours d'assermentation la semaine dernière, Emmeron Mnangagwa a promis de créer des emplois, de réduire la pauvreté et de tenir des élections démocratiques en 2018.

Avec les informations de Associated Press, Reuters, et Agence France-Presse

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