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L’enquête sur les femmes autochtones arrive en Ontario dans la confusion générale

Quatre personnes se serrent dans les bras en portant la photo d'une femme.
Un rassemblement pour demander une enquête sur les femmes disparues et assassinées à Ottawa, en 2014. Photo: Reuters / Chris Wattie

L'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées (ENFFADA) s'arrêtera dimanche à Thunder Bay pour quatre jours, dans une atmosphère marquée par les démissions successives et un manque criant de communication. L'Ontario est la huitième province où les commissaires siégeront.

Un texte de Stéphany Laperrière et Joël Ashak avec la collaboration de Sophie Vallée

C'était il y a plus d'un an. John Fox dit avoir été un des premiers à s’inscrire pour témoigner à l’enquête sur les femmes autochtones disparues et assassinées.

Il était prêt à parcourir plus de 1400 kilomètres pour se rendre à Thunder Bay afin de relater les circonstances entourant la mort de sa fille Cheyenne.

« Elle est morte il y a plus de trois ans, après une chute du 24e étage, raconte-t-il. Un coroner a conclu que la cause de sa mort était indéterminée. »

Il affirme que son nom n'a jamais été mis sur la liste des témoins à Thunder Bay.

« J’ai été contacté par quelques personnes. Chaque fois, on prenait mon nom et mon numéro, et on me disait que quelqu’un allait faire le suivi. »

Le dernier appel remonte à l’été.

L'histoire de John Fox n’est pas un cas isolé. Beaucoup d'autres, comme Maggie Cywink, ont eu très peu de nouvelles de la commission après s’être inscrits en ligne.

C’est devenu un vrai cirque. C’est dysfonctionnel, il y a un manque de communication. Le processus n’est pas sain pour les familles.

Maggie Cywink

Les dates des audiences à Thunder Bay ont été confirmées moins d’une semaine avant la cérémonie d’ouverture.

Démissions et congédiements

Le travail s’avère difficile également pour ceux qui tentent d’appuyer les familles dans leurs démarches auprès de la commission.

C’est le cas de Rebecca Timms, de l’Union des Indiens de l’Ontario, qui représente 40 Premières Nations dans la province.

« Il y a des problèmes de communication à cause du roulement de personnel. J’établissais un bon rapport avec une personne et, peu après, cette personne n’était plus là et il fallait tout recommencer », déplore-t-elle.

Rebecca Timms, en entrevue avec Radio-CanadaRebecca Timms, agente de liaison de l’Union des Indiens de l’Ontario Photo : Radio-Canada

Depuis le début des travaux de la commission, une vingtaine d’employés ont démissionné ou ont été congédiés, selon des informations de CBC.

Qui paiera pour les déplacements?

Des familles du nord-est de la province se sont fait dire qu’elles pourraient obtenir de l’aide financière pour participer aux audiences à Thunder Bay, qui représentent pour l’instant la seule occasion de témoigner en Ontario.

Pour pouvoir bénéficier de cette aide, une entente doit d’abord être conclue avec la commission, explique Rebecca Timms.

Mais à trois jours de la cérémonie d’ouverture, les informations demeurent rares et rien n’est sûr.

« Je vais devoir pédaler un peu, mais je vais faire mon possible pour que les familles aient l’occasion de s’y rendre », assure Rebecca Timms.

Recours judiciaire

Certaines familles ont fait appel à des conseillers juridiques pour tenter de se faire entendre.

L’avocate Suzan Fraser représente 18 d’entre elles. Elle a déposé une requête en leur nom, pour que ces familles puissent prendre part à l’enquête nationale en tant que groupe.

« Ça permet de participer aux aspects plus systémiques de l’enquête et d’avoir une représentation juridique tout au long du processus », explique l’avocate.

Plus d’une semaine après le dépôt de cette requête, la commission n’a toujours pas indiqué la date à laquelle elle serait entendue, déplore Suzan Fraser.

Un panier, un canot miniature en écorce, de petits jouets et un sac brun où il est écrit « Larmes ».Des objets cérémoniels trônent au centre de l'espace où les témoins sont entendus. Photo : Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées

Jusqu’à très récemment, les familles obtenaient des informations contradictoires quant aux dates des audiences à Thunder Bay, précise l’avocate.

Par ailleurs, l’équipe des communications n’a jamais répondu aux appels et courriels de Radio-Canada visant à confirmer les dates d’audiences à Thunder Bay.

Il a fallu contacter l’un des commissaires directement pour obtenir cette information.

Le communiqué officiel a été publié le 29 novembre sur le site web de l’enquête nationale, quatre jours avant le début des audiences.

Un désir « ardent » de témoigner

Malgré les critiques, la volonté des familles de témoigner des circonstances entourant la disparition de leurs proches demeure forte, affirme Rebecca Timms.

« Ce n’est pas seulement quelque chose qu’ils veulent, c’est un désir ardent », dit-elle.

C’est aussi pourquoi le manque de communication est une grande source de déception, poursuit-elle.

Montage de plusieurs photos de femmes et filles autochtones disparues ou assassinéesLes appels se multiplient pour demander la « réinitialisation » de l'ENFFADA. Photo : CBC

Selon l'avocate et chargée d'enseignement Nawel Hamidi, de l’Université Laurentienne, il existe un sentiment de résignation chez les familles avec qui elle discute.

« D’un côté, on a perdu confiance en la commission parce qu’on n'a pas l’impression qu’elle est là pour nous écouter, mais d’un autre côté, on se dit c’est l'occasion de raconter notre histoire », explique-t-elle.

John Fox, pour sa part, n’a plus envie de participer aux audiences de Thunder Bay, même si la commission se décidait à l’appeler d’ici dimanche.

C’est un cadeau du ciel qu’ils ne m’aient pas mis sur la liste lorsque je vois tout ce qui se passe, les gens qui ont mal et qui pleurent.

John Fox

« Ce n’est pas ce que nous nous sommes battus pour avoir », dit-il.

La commission n’a pas répondu à nos demandes d’entrevue.

Nord de l'Ontario

Autochtones