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Libre-échange avec la Chine : une occasion ou un pari risqué?

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Le premier ministre fait un salut de la main, en haut d'un escalier, juste avant d'entrer dans l'appareil.

Justin Trudeau est monté à bord de son avion en fin de journée.

Photo : Radio-Canada / Louis Blouin

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2017 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Une population de 1,4 milliard. Une classe moyenne en croissance. Un géant en quête d'un rapprochement commercial. Un traité de libre-échange avec la Chine peut paraître tentant, mais Justin Trudeau doit être très prudent s'il choisit d'entrer dans des négociations formelles.

Par Louis Blouin, correspondant parlementaire à Ottawa

À la veille de la visite officielle du premier ministre, voici le point de vue d'un ancien ambassadeur canadien en Chine. Guy Saint-Jacques a été en poste à Pékin de 2012 à 2016.

Q : Quel est le niveau d'appétit de la Chine pour un accord de libre-échange avec le Canada?

R : Il y a beaucoup d'intérêt du côté chinois. Ce serait le premier accord ambitieux qu'ils auraient avec un pays du G7. Bien sûr, le marché canadien n'est pas très grand par rapport à d'autres marchés, mais ils aiment bien le Canada. Ça leur permettrait d'utiliser cet accord éventuellement comme tremplin pour des négociations avec d'autres économies importantes.

Q : Qu'est-ce que la Chine veut obtenir du Canada dans un éventuel accord?

R : Il y a encore beaucoup d'intérêt pour les ressources naturelles. Je pense qu'ils vont vouloir un accès illimité et une levée de toutes les restrictions sur les investissements par les compagnies d'État dans les sables bitumineux, par exemple, mais aussi dans l'uranium. Ils ont un programme très ambitieux de construction de centrales nucléaires et ont besoin d'uranium. Ils vont vouloir plus de flexibilité pour amener leurs travailleurs dans la phase de construction de grands projets.

Le Canada a une très bonne réputation du côté de ses produits agroalimentaires. Les Chinois voudraient accroître les importations. Ils reconnaissent que le Canada est aussi une source importante de technologies propres.

Guy Saint-Jacques, ambassadeur du Canada en Chine de 2012 à 2016. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Guy Saint-Jacques, ambassadeur du Canada en Chine de 2012 à 2016.

Photo : Radio-Canada

Q : Le Canada risque-t-il d'être victime de pratiques commerciales déloyales?

R : Il faut s'engager les yeux grand ouverts. La Chine est un marché très difficile. Les Chinois parlent souvent d'un modèle gagnant-gagnant, mais il faut leur faire comprendre que ce n'est pas eux qui gagnent deux fois.

La difficulté principale est de se protéger de mesures non tarifaires. On l'a vu l'an passé avec le canola, où les Chinois ont invoqué des raisons phytosanitaires pour bloquer nos exportations de canola. La vraie raison était domestique : un surplus d'huile végétale.

On ne voudra pas ouvrir les portes toutes grandes à la Chine. Il y a des secteurs, par exemple, où on parle de produits d'application militaire sur le plan de la sécurité nationale. En raison de nos alliances avec les Américains, on va vouloir maintenir autant d'étanchéité que possible.

Q : Comment le Canada pourrait-il alors se protéger dans un accord de libre-échange?

R : C'est essentiel d'avoir un excellent mécanisme de règlement des différends, qui fournit des recommandations qui doivent être mises en oeuvre par les deux parties. Connaissant le côté aléatoire de l'application des règles en Chine, c'est une condition sine qua non pour avoir un accord.

Même si on réussit à obtenir un bon accord commercial, il va toujours être essentiel d'avoir de bonnes relations politiques pour que le premier ministre puisse prendre le téléphone et dire à son homologue : « ce n'est pas acceptable, ce que vous faites. Il faut régler ce problème-là ».

Il va falloir que le gouvernement soit là pour accompagner nos industries, s'assurer que les questions de propriété intellectuelle sont respectées et les aider dans le choix de partenaires.

Q : D'après vous, est-ce que Justin Trudeau annoncera des négociations formelles pendant sa visite officielle?

R : Si j'avais à parier, je dirais qu'on va assister au lancement officiel de négociations formelles et que toute la machine va se mettre en branle. On a une fenêtre qui s'ouvre à nous et il faudrait en profiter. Tout le travail préliminaire a été fait. Si les deux côtés travaillent de façon régulière, j'oserais espérer que ça pourrait être aussi rapide que trois ans. L'avenir le dira.

Il y a beaucoup de secteurs en Chine qui sont fermés. En termes de prospérité future, on n'a pas bien le choix. Il faut entreprendre ces négociations qui seront ardues, pénibles, et essayer de négocier un accord qui va ouvrir un maximum de nouveaux marchés.

Un écran géant montre le président Xi Jinping lors de la séance d'ouverture du 19e congrès du Parti communiste chinois, à Pékin.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Un écran géant montre le président Xi Jinping lors de la séance d'ouverture du 19e congrès du Parti communiste chinois, à Pékin.

Photo : Reuters / Jason Lee

Q : Y aurait-il des conséquences négatives à faire attendre davantage les Chinois?

R : Je pense que oui. J'ai assisté aux rencontres de M. Trudeau, le président Xi Jinping et son premier ministre Li Keqiang. Ils ont dit : nous sommes prêts, ce serait bénéfique pour les deux pays, pourquoi ne pas procéder?

C'est comme si la mariée était à l'autel et attendait notre arrivée. Elle va se tanner si on ne se montre pas.

On a beaucoup de compétition. Je ne serais pas surpris que le Royaume-Uni veuille lancer des discussions avec la Chine, ainsi que l'Europe, qui dépend beaucoup de ce marché. On ne peut pas attendre trop à mon avis.

Q : Les Américains pourraient-ils se vexer d'un rapprochement, alors que nous sommes en train de renégocier l'ALENA?

R : Je pense que non. Les Américains comprennent très bien que la croissance future, c'est en Asie, en Chine, en Inde. Ils vont nous remercier de faire le travail de déblayage qui va faciliter leurs propres négociations, éventuellement. Donald Trump n'aime pas les accords multilatéraux, mais il aime les accords bilatéraux.

Q : Est-ce éthique de négocier un accord de libre-échange avec un pays au bilan aussi sombre en matière des droits de la personne?

R : Si on a des discussions sur le plan commercial, ça nous permet aussi d'avoir des discussions très franches sur ce qui se passe en Chine, sur le plan de la liberté d'expression et des droits de la personne, il y a de plus en plus de contrôles qui sont exercés. Il faut utiliser toutes les occasions, dire que ça nous inquiète et fournir des conseils. Il faut voir la relation de façon globale.

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