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Enquête sur les femmes autochtones : plaidoyer contre la violence

Un panier, un canot miniature en écorce, de petits jouets et un sac brun où il est écrit « Larmes ».
Des objets cérémoniels trônent au centre de l'espace où les témoins sont entendus. Photo: Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées
Radio-Canada

Violences physique, psychologique et économique : les témoins se sont levés lors de la quatrième journée des audiences à Maliotenam pour dénoncer la violence qui les accable depuis des années.

Un texte de Jean-Louis Bordeleau

Dans un témoignage poignant, Yvette Bellefleur, originaire de La Romaine et résidente d'Ekuanitshit, a raconté avoir été victime de violence de la part de son ex-mari durant 32 ans, notamment alors qu'elle était enceinte ou pendant que des gens les voyaient.

Il m'a battu dehors, sur la pelouse, en plein jour. Personne n'est venu me défendre. Juste des spectateurs.

Yvette Bellefleur, témoin à l'ENFFADA

Sans broncher, Yvette Bellefleur a poursuivi son récit en dénonçant le manque d'empathie : « C'est une de mes recommandations. Si vous voyez une femme se faire battre, aidez-la, elle a besoin de protection. »

Yvette Bellefleur parle au microYvette Bellefleur est originaire d'Unamen Shipu et réside à Ekuanitshit. Photo : Radio-Canada

Du même souffle, elle a dénoncé la violence économique qu’elle a subie de la part de son ex-mari : « Pendant cette période de violence, j’avais de la grosse argent, mais je n’avais pas le droit de donner de l’argent à mes parents. Si je leur en donnais, on chialait, on m’écrasait. »

En après-midi, Jenny Régis, de Uashat, a critiqué la violence psychologique qu'elle a subie après le dépôt d’une plainte pour agression sexuelle.

Entre le dépôt de sa plainte et le début du procès, son agresseur présumé, un policier autochtone, se serait acharné à démolir sa réputation : « Chaque fois que je mettais le pied dehors, c’était : ''Jenny, on entendu dire que t’as fait ci, que t’as fait ça.'' Je voyais les gyrophares dans le stationnement, juste pour me faire peur. Et quand je sortais de la maison, il reculait et s’en allait. »

« Je préfère la violence physique à la violence psychologique », a ajouté Yvette Bellefleur lors de son témoignage.

Critique du système judiciaire

En avant-midi, une témoin a raconté l'histoire de sa fille disparue en 2011, qui a été retrouvée vivante six semaines plus tard à Québec.

Selon le témoignage de la dame, sa fille aurait été séquestrée, agressée et violentée pendant sa disparition. « Elle s’est fait assommer par le bonhomme, elle a eu des traumatismes, des pertes de conscience. Il lui a tout fait, je pense », a laissé tomber la femme lors de son témoignage.

Les autorités policières auraient attendu « jusqu'à la toute fin » avant de considérer sa fille comme une personne disparue. « Ils me répétaient qu'elle était en fugue. Ils ne m'ont jamais vraiment crue », a-t-elle confié.

« Je n'ai pas confiance du tout envers le système judiciaire. Il y a beaucoup d'injustices là-dedans », estime-t-elle.

J’en ai vu, du tribunal, et j'ai remarqué que ce n’est pas dans nos valeurs à nous, en tant qu'Innus.

Témoin lors de l'ENFFADA

Discours

La présidente de Femmes autochtones du Québec, Viviane Michel, a prononcé un discours pour encourager la solidarité entre les femmes autochtones.

Ça fait 30 ans qu'on est conscientes qu'on vit ces formes de violence là. Ça fait 30 ans qu'on est conscientes que la justice ne s'applique pas, parce qu'on est des femmes autochtones.

Viviane Michel, présidente de Femmes autochtones du Québec
Viviane Michel parle au micro.Viviane Michel est présidente de Femmes autochtones du Québec. Photo : Radio-Canada

Viviane Michel a qualifié ces audiences de « moment important où on a un espace pour dire qu'est-ce qui cloche quand on perd notre fille, quand on ne sait pas où est rendue notre enfant ».

Les audiences de l'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées se poursuivent à Maliotenam jusqu'à vendredi.

Côte-Nord

Autochtones