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Qui était le père Alexis Joveneau ?

Le père Alexis Joveneau avec une famille innue

Photo : Bibliothèque et Archives nationales du Québec

Radio-Canada

Des allégations d'agressions sexuelles contre le père Joveneau ont été entendues mardi et mercredi lors de témoignages livrés à l'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées, à Maliotenam. Mais qui était ce personnage qui a marqué l'histoire des Innus de la Basse-Côte-Nord ? Les recherches de Laurent Jérôme, anthropologue et professeur au département de sciences des religions de l'UQAM, ont permis de démontrer que le prêtre était un personnage ambivalent dont les actes auraient eu de graves répercussions sur les Innus.

Un texte de Émile Duchesne

Le père Alexis Joveneau, missionnaire belge de la congrégation des Oblats de Marie-Immaculée, a visité les Innus de Unamen Shipu et de Pakua Shipi, en Basse-Côte-Nord, pour la première fois en juillet 1953. Il deviendra leur missionnaire résident quelques années plus tard, quand des maisons seront construites pour le groupe qui réside aujourd'hui à Unamen Shipu.

Le professeur en sciences des religions à l'UQAM, Laurent JérômeAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le professeur en sciences des religions à l'UQAM, Laurent Jérôme

Photo : Radio-Canada

À l'émission Boréale 138, Laurent Jérôme a expliqué que le père Joveneau avait un plan, dès son arrivée, pour les Innus de ces deux communautés.

Son objectif était celui de différents acteurs, c'est-à-dire de regrouper les deux communautés pour avoir un meilleur contrôle et faire des économies en terme de dépense au niveau de l'administration

Laurent Jérôme, professeur au département de sciences des religions de l'UQAM

Le père Joveneau avait un caractère fort et prenait beaucoup de place, selon l'anthropologue. Sa maîtrise de la langue innue l'avantageait par rapport aux autres qui travaillaient dans les communautés innues à l'époque. Alexis Joveneau était souvent appelé à agir comme interprète et à intervenir auprès des gouvernements pour assurer le développement des communautés de Unamen Shipu et de Pakua Shipi.

Le père Alexis JoveneauAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le père Alexis Joveneau

Photo : Bibliothèque et Archives nationales du Québec

Laurent Jérôme explique qu'Alexis Joveneau, comme la plupart des membres de la congrégation des Oblats à l'époque, cherchait à civiliser les Innus coûte que coûte. « Tous les moyens étaient bons, y compris les stratégies matrimoniales. C’est ce que le père Joveneau s’est employé à faire dans les premières années ».

Le père Joveneau s'était rendu à Pakua Shipi avec des hommes de Unamen Shipu dans le but de les marier à des femmes de Pakua Shipi et qu'ils repartent avec elles à Unamen Shipu. « C’est comme ça que la stratégie de déportation, de délocalisation s’est progressivement réalisée », explique l'anthropologue.

Il y avait un aspect quasiment humanitaire au niveau des projets qui pouvaient se traduire par une forme de violence assez importante dans les actions et dans les paroles posées.

Laurent Jérôme, professeur au département de sciences des religions de l'UQAM
Le père Alexis Joveneau avec une famille innue près d'une tenteAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le père Alexis Joveneau avec une famille innue

Photo : Bibliothèque et Archives nationales du Québec

Laurent Jérôme estime que les allégations émises lors de l'Enquête nationale seront difficiles à oublier et renforce le caractère ambivalent du père Joveneau.

C’est quelqu’un qui à la fois pouvait défendre becs et ongles les intérêts des Innus, se plaindre auprès des autorités politiques pour faire avancer justement le développement des communautés innues et de l’autre côté posait des gestes et des actes violents pour faire avancer ce qu’il croyait être la meilleure chose pour les Innus.

Laurent Jérôme, professeur au département de sciences de religions de l'UQAM

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