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La place du français au travail n’alarme pas le gouvernement Couillard

Le premier ministre du Québec Philippe Couillard est debout avec les deux mains levées devant lui. Il répond à l'opposition officielle, lors de la période de questions mercredi à Québec.
Le premier ministre Philippe Couillard répond à l'opposition officielle, lors de la période de questions mercredi à Québec. Photo: Radio-Canada
Radio-Canada

« Le français se porte bien » au Québec, a répété le premier ministre Philippe Couillard mercredi, tout en ajoutant qu'il fallait rester « vigilant ». La place du français sur les lieux de travail s'est retrouvée au cœur des débats à l'Assemblée nationale, après la publication de données de Statistique Canada tirées du recensement 2016.

Les données de l’agence fédérale montrent que si la proportion des Canadiens qui utilisent l'une des langues officielles pour le travail reste stable, celle des travailleurs qui utilisent le français de façon prédominante est passée de 82 % à 79,7 %.

Selon Statistique Canada, ce recul s’explique en grande partie par une hausse du nombre de travailleurs, particulièrement au Québec, qui utilisent de plus en plus une combinaison des deux langues officielles.

Inquiétudes du PQ

Ce constat a donné lieu à un échange costaud entre Philippe Couillard et le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, lors de la période des questions à Québec.

« Est-ce que son plan fonctionne? », a demandé M. Lisée en s’adressant au premier ministre.

« Est-ce qu’il est content de voir la hausse de la bilinguisation intégrale dans les milieux de travail, l’affaiblissement du français? » a-t-il ajouté.

Ce qu’on sait aujourd’hui, c’est qu’il y a une augmentation de l’application de sa doctrine, c’est-à-dire que le bilinguisme fait des progrès. 60 % des demandes d’emploi, des offres d’emploi, demandent l’anglais à Montréal. Est-ce qu’il est content? Ça va bien pour lui?

Jean-François Lisée, chef du PQ

Couillard défend son approche « raisonnable »

« Si notre objectif, c’est de dresser les Québécois les uns contre les autres, on parle comme l’opposition officielle », a rétorqué le premier ministre Philippe Couillard.

« Si notre objectif est d’unir les Québécois, quelle que soit leur langue, dans une citoyenneté commune et une langue commune qui est le français, ajoute-t-il, on gouverne de façon raisonnable comme nous le faisons. »

Je répète : le français se porte bien. Il faut être vigilant, le français se porte bien.

Philippe Couillard, premier ministre du Québec

Le gouvernement Couillard met notamment l’accent sur une donnée de Statistique Canada qui reflète que le français est utilisé par 94,4 % des travailleurs au Québec, une proportion stable depuis 2006.

Une récente étude de l'Office québécois de la langue française (OQLF) démontre aussi que l'utilisation du français au travail a progressé au Québec au cours des 40 dernières années, tout comme le bilinguisme au travail.

Le premier ministre y voit un signe positif.

« Si on regarde les chiffres de Statistique Canada ce matin, dit-il […] en fait, ce qu’on voit, c’est que l’utilisation du français dans toutes les catégories est restée exactement la même entre 2006 et 2016, soit 94 %. La seule légère, légère diminution de 58,6 % à 56,5 %, c’est de ceux qui parlent uniquement le français. »

« Est-ce qu’il faut continuer d’être vigilant? Oui. Est-ce qu’il faut continuer d’investir dans la francisation? Bien sûr, c’est ce qu’on fait. Est-ce qu’il faut continuer à veiller au grain pour s’assurer qu’on a toujours des mesures qui renforcent le français dans l’espace public? Bien sûr. Mais de dépeindre la situation comme une catastrophe ou une crise, ce n’est absolument pas conforme à la réalité », a indiqué le premier ministre québécois.

Le français, un sujet périodique à l’Assemblée nationale

La situation de la langue française revient souvent à l'Assemblée nationale depuis quelques semaines.

La semaine dernière, les propos qu’a tenus le gérant de la boutique Adidas à Montréal ont indigné le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, l'opposition et la mairesse de la métropole.

Et puis un rapport de la vérificatrice générale du Québec déposé jeudi dernier révèle que la francisation des immigrants au Québec est un échec.

Il dévoile notamment que seulement le tiers des immigrants auxquels est destiné le processus de francisation se sont inscrits aux cours offerts par le ministère de l'Immigration entre 2010 et 2013, et que plus de 90 % de ceux qui suivent le cours de francisation sont incapables de fonctionner au quotidien en français.

« On se retrouve dans un contexte de mondialisation », a soutenu la ministre responsable de la Protection et de la Promotion de la langue française, Marie Montpetit, lors d’une mêlée de presse.

Les gens qui sont dans les entreprises […] sont davantage bilingues. Ce n’est pas une mauvaise indication au niveau de l’état du français.

Marie Montpetit, ministre responsable de la Protection et de la Promotion de la langue française

« Le français sera toujours vulnérable au Québec. Il faut être prudent », a affirmé le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault, en point de presse.

La solution passe beaucoup par la francisation des immigrants, et M. Couillard n’a pas fait assez. C’est un échec, la francisation des immigrants.

François Legault, chef de la CAQ

« Bonjour, hi »

L’utilisation du « bonjour, hi » dans les commerces montréalais a aussi fait réagir les divers partis lors de la période des questions mercredi.

Jean-François Lisée y voit un symbole de la généralisation du bilinguisme dans la province.

Selon lui, la formule d’accueil « bonjour, hi » a toujours existé dans la métropole, mais elle y est de plus en plus répandue depuis quatre ans.

« Sa ministre a dit qu’elle aimerait que les commerçants disent "bonjour" », a dit le chef du PQ lors de la période de questions.

« Lui, poursuit M. Lisée, il nous a dit : "Ah! Il y en a qui aiment mieux ça". Oui, il y en a qui aiment mieux ça. Est-ce que le premier ministre du Québec pense que les commerçants au Québec devraient accueillir tous les clients en disant "bonjour", oui ou non? »

« Quelle question ridicule », s’est exclamé Philippe Couillard, tout en soulevant des huées chez les députés de l’opposition.

« On a deux exemples de politique de l’autre siècle, poursuit-il. C’est cette politique de la peur. Cette politique de la crainte. Cette politique du repli : "Mon Dieu, on est maltraités, on est menacés au Québec. Les gens nous en veulent, notre langue est menacée." Moi, j’aime mieux parler avec confiance et fierté du Québec. »

De son côté, la CAQ se dit « agacée » par l’utilisation du « bonjour, hi » dans les commerces.

François Legault a d’ailleurs répété que la solution, selon son parti, passe par une meilleure francisation des immigrants.

Doit-on craindre le bilinguisme… ou l’encourager?

La diminution de la prédominance du français en milieu de travail n’inquiète pas le vice-président exécutif de l’Association d'études canadiennes, Jack Jedwab.

Il fait plutôt remarquer que de plus en plus d’anglophones parlent la langue de Molière.

« Jamais dans l’histoire du Québec est-ce qu’autant de Québécois ont parlé le français au travail », a-t-il expliqué dans une entrevue mercredi soir à l’émission 24/60.

« C’est-à-dire qu’il y a une augmentation de non francophones qui parlent le français au travail, a-t-il ajouté. Et le nombre de francophones qui parlent le français, généralement parlant, au travail, demeure stable. »

Selon lui, le bilinguisme est une réalité en Amérique du Nord et une tendance directement reliée à la mondialisation.

« On veut attirer les entreprises en Amérique du Nord, à Montréal, a dit M. Jedwab. Les grandes compagnies et les organismes comme Montréal International vantent le fait qu’il y a un bilinguisme à Montréal. »

D’une part, on a peur du bilinguisme. D’autre part, on vante le bilinguisme.

Jack Jedwab, vice-président exécutif de l’Association d'études canadiennes

De son côté, le président de la Société Saint-Jean-Baptiste, Maxime Laporte, soutient que « le français, langue principale de travail, recule ».

« Il recule encore plus dans la région métropolitaine, au profit de ce qu’on appelle un bilinguisme, a-t-il dit en entrevue à 24/60, mercredi.

« Et ce bilinguisme-là, il faut bien comprendre que ce n’est pas un bilinguisme neutre […] C’est un bilinguisme anglicisant. C’est un bilinguisme qu’on pourrait dire diglossique. »

Ce bilinguisme, il est anglicisant de facto.

Maxime Laporte, président de la Société Saint-Jean-Baptiste

Quant à l’argument de la mondialisation et du développement des entreprises, Maxime Laporte croit que des nuances s’imposent.

« Il est bien beau cet argument, a indiqué M. Laporte. Ce n’est pas parce qu’on communique avec l’étranger dans l’anglais […] avec des partenaires et des clients que pour autant les milieux de travail doivent s’angliciser ou se bilinguiser. Il faut bien faire la distinction. »

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