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Natasha Kanapé à Unité 9 : « J'espère que l’industrie réfléchira à la diversité culturelle »

Le personnage de Natasha Kanapé Fontaine, Eyota Standing Bear, dans « Unité 9 ».
Le personnage joué par Natasha Kanapé Fontaine, Eyota Standing Bear, dans « Unité 9 » Photo: Aetios Productions / Véronique Boncompagni

Une Autochtone fait son entrée au pénitencier pour femmes de Lietteville. Dans Unité 9, la comédienne innue Natasha Kanapé Fontaine campe, depuis mardi soir, le rôle de la détenue et « criminelle dangereuse » Eyota Standing Bear. Une rare présence autochtone dans un paysage télévisuel québécois où les personnages amérindiens n'ont pas été nombreux depuis Bill Wabo dans Les Belles histoires des pays d'en haut. En entrevue, l'actrice, militante et artiste se livre sur ce nouveau rôle qui a été en quelque sorte thérapeutique pour elle.

Des propos recueillis par Laurence Niosi


Parlez-nous de votre personnage à Unité 9, Eyota Standing Bear.

C’est une jeune Autochtone avec un passé très difficile, un passé d’agression sexuelle, de violence, de dépendance aux drogues et à l’alcool. Ce personnage est jeune, mais son vécu difficile a commencé dans son enfance. Quand elle arrive en prison, elle a des blessures, des mutilations, des cicatrices. Elle sort de la rue, des réseaux de drogue, et là elle rentre en sevrage. Elle apporte avec elle son bagage. En quelque sorte, elle représente les femmes autochtones disparues et assassinées. Elle, elle n’est pas disparue, pas assassinée.

Est-ce un personnage important?

Elle reviendra au moins dans plusieurs épisodes, et elle va devenir très importante, oui.

Quelle est l'origine de votre personnage? L’auteure de la série Danielle Trottier disait qu’elle a été marquée par les témoignages des femmes de Val-d’Or et qu’elle voulait ainsi « tendre la main à ses sœurs autochtones ».

Oui, elle voulait amener un personnage autochtone et s’éloigner des stéréotypes. Avant ça, elle m’a dit qu’elle n’était pas sûre que le public était prêt à rencontrer quelqu’un avec un aussi gros vécu. Mais avec Val-d’Or, la présence des Autochtones dans les médias, l'Enquête nationale sur les femmes autochtones disparues et assassinées, on ne manque pas d’informations sur les réalités autochtones. Avec ce rôle, que j’ai obtenu en mars, je voulais mettre en lumière cette réalité. Les gens n’ont pas le choix de vivre avec Eyota « dans » leur télévision. Danielle est d’ailleurs très contente de la réaction des gens vis-à-vis du personnage.

Que pensez-vous du manque de diversité au petit écran québécois?

Il n’y a presque pas de diversité au petit écran québécois, et peu de personnages autochtones. Et ce sont généralement de courtes apparitions, des personnages moins importants. Il y a évidemment Bill Wabo [interprété par le comédien Marco Collin]. En acceptant ce rôle, ce que je voulais, c’est utiliser mon background de militante, mon nom. C’est sûr que ce n’est pas le meilleur personnage pour entrer à la télévision, dans le sens qu’on aurait pu avoir un personnage plus positif. En même temps, moi, je peux construire moi-même le personnage, faire un travail de sensibilisation.

Regardez-vous la télévision québécoise? Vous sentez-vous représentée?

Non, c’est une des raisons pour lesquelles je ne regarde pas la télévision, car il n’y a aucun personnage auquel je peux m’identifier. Je vais regarder [le média autochtone] APTN pour me sentir chez moi. J’espère qu’avec Eyota, l’industrie de la télévision pourra réfléchir à la diversité culturelle.

Y a-t-il de la place pour les acteurs autochtones au petit écran québécois?

Quand on est appelé à jouer quelque part, c’est souvent pour des rôles d’époque. Par exemple, j’ai refusé de faire partie du film Hochelaga, terre des âmes, parce que je ne voulais pas faire partie d'une autre époque. À Unité 9, j’ai l’impression de jouer le premier personnage contemporain autochtone à la télévision.

J’ai fait des castings pour des longs métrages, et souvent on ne me prend pas. On préfère quelqu’un avec la peau plus foncée. J’ai refusé un rôle de junky autochtone dans les rues de Montréal. Faire semblant de consommer au cinéma, ce n’est pas quelque chose que je veux faire. Ça tombe dans le cliché. Avec Eyota au moins, je ne consomme pas à la télévision, ça montre quelqu’un en sevrage. On ne voit jamais les Autochtones évoluer comme on voit Eyota évoluer. Avec Eyota, on va voir comment ce travail est long à faire, de se sortir de ces patterns.

Revenons à vous, Natasha. Vous avez dit qu'incarner Eyota a été thérapeutique pour vous.

Oui. En mars, je sortais d’une dépression. Tout le long du tournage, ce personnage a vraiment brassé beaucoup de choses chez moi. On a fini le tournage fin octobre, et à la mi-octobre, j’ai arrêté de boire. Je suis sobre depuis un mois et demi. Eyota m’a fait comprendre d’où venait cette dépendance. Elle m’a vraiment hantée. Il y avait beaucoup de scènes qui me rappelaient mon vécu personnel. J’ai pu faire la paix avec mon propre vécu, et ça m’a aidée à mieux incarner mon personnage. J’ai donné ma peau pour ce personnage, c’est à son tour de faire le travail. Et j'espère que les téléspectateurs l'aimeront comme je l'ai aimé.

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