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Donald Trump partage sur Twitter des vidéos d'un parti d'extrême droite

Notre correspondant à Washington, Christian Latreille

Le président des États-Unis a relayé mercredi sur les réseaux sociaux trois vidéos de propagande antimusulmane utilisées par une formation d'extrême droite britannique.

Les vidéos reprises par Donald Trump ont été publiées à l’origine sur le compte de la dirigeante du parti politique Britain First, Jayda Fransen.

Fondé en 2011 par des membres de l’ex-Parti national britannique, Britain First est une formation nationaliste chrétienne qui milite contre l’immigration musulmane et « l’islamisation du Royaume-Uni ».

Sur la première vidéo partagée par le président des États-Unis avec ses 44 millions d'abonnés, on peut voir deux hommes, en apparence des musulmans, briser une statue de la Vierge Marie en la jetant au sol, en invoquant Allah.

Dans la deuxième vidéo, on aperçoit des hommes, dont l’un porte un drapeau du groupe armé État islamique, tabasser à mort un adolescent qui avait été préalablement jeté d’un toit.

Enfin, sur la troisième vidéo reprise par le président, un jeune homme faussement identifié comme un « migrant musulman » administre en riant une sévère raclée à un garçon en béquilles.

Indignation et étonnement

Un homme tient une statue de la Vierge Marie.L'une des vidéos partagées par le président Donald Trump montre des hommes brisant une statue de la Vierge Marie. Photo : Radio-Canada

Il va sans dire que le partage de ces vidéos a suscité de nombreuses réactions d’indignation dans le monde, à commencer par le Royaume-Uni, où le porte-parole de la première ministre Theresa May, James Slack, a indiqué que M. Trump avait eu « tort » de les relayer.

Britain First cherche à semer la division entre les communautés, a-t-il fait valoir, au moyen de « récits haineux qui colportent des mensonges et attisent les tensions ». Le bureau de Mme May a cependant fait savoir qu'il n'était pas question pour autant de retirer l'invitation faite à Donald Trump d'effectuer une visite officielle dans le pays.

Theresa May a annoncé en janvier que le président américain avait accepté l'invitation d'une visite d'État, l'un des plus grands honneurs offerts par Londres aux leaders étrangers.

Environ un an plus tard, aucune date n'a été déterminée, et les opposants au président se sont engagés à organiser d'importantes manifestations si le locataire de la Maison-Blanche posait le pied sur le sol britannique.

Rejetant les critiques dans un tweet publié en soirée, mercredi - tweet adressé à une autre Theresa May -, M. Trump a d'ailleurs soutenu que plutôt que de s'intéresser à lui, la chef du gouvernement britannique devrait « se concentrer sur le terrorisme islamique radical destructeur qui survient au sein du Royaume-Uni ».

Plus tôt dans la journée, le chef du Parti travailliste, Jeremy Corbin, avait demandé au gouvernement britannique de condamner les partages sur Twitter du président.

J'espère que notre gouvernement condamnera les partages d'extrême droite de Donald Trump. Ils sont odieux, dangereux et une menace pour notre société.

Jeremy Corbin, chef du Parti travailliste de Grande-Bretagne

Le journaliste et animateur de télévision britannique Piers Morgan y est allé encore plus frontalement en écrivant au président Trump : « Que diable êtes-vous en train de faire en partageant un lot de vidéos non vérifiées publiées par des racistes d’extrême droite? S’il vous plaît, arrêtez cette folie et retirez vos tweets ».

L’ancien premier ministre belge Guy Verhofstadt a qualifié de « profondément mauvaise » cette initiative du président Trump qui fait la promotion du message haineux de Britain First, un groupe extrémiste qui a même menacé des élus musulmans, rappelle-t-il.

« Dieu vous bénisse, Trump! »

Au parti Britain First, on s’est au contraire enorgueilli que le président des États-Unis en personne ait partagé du contenu publié par la formation politique.

Sur son compte Twitter, Britain First a écrit : « Donald Trump a lui-même relayé ces vidéos et il compte environ 44 millions d'abonnés! Dieu vous bénisse, Trump! »

Ce geste de Donald Trump apparaît d’autant plus tendancieux que, lorsqu’il était candidat à la présidence, il avait prôné une interdiction d'accès des États-Unis aux étrangers musulmans, et une fois devenu président, il a promulgué des décrets prohibant la venue sur le territoire américain de ressortissants de plusieurs pays musulmans, même si les tribunaux ont partiellement bloqué ces décrets.

Au moins une des vidéos est une fausse nouvelle

Ironiquement, alors que Donald Trump a dénoncé tout au long de sa campagne les présumées fausses nouvelles véhiculées sur lui par les grands médias, l’une des vidéos, celle qui montre un jeune homme battre un garçon en béquilles, est une fausse nouvelle.

Tournée en mai 2017, elle avait soulevé l'indignation populaire aux Pays-Bas après avoir été publiée sur le site Dumpert. L'agresseur et l'ami qui a filmé la vidéo, tous deux âgés de 16 ans, ont rapidement été arrêtés dans la ville d'Edam-Volendam. Selon tous les journaux locaux, l'agresseur a été arrêté « dans sa ville natale », ce qui prouve qu'il n'est pas un migrant.

Qui plus est, le site néerlandais Geenstijl, propriétaire de la plateforme Dumpert, a démenti la rumeur selon laquelle l'assaillant était de confession musulmane. « C'est simplement un Hollandais, a déclaré le site. Pas de musulman. Pas de migrant. #FakeNews. »

La vidéo montrant une statue de la Vierge Marie projetée au sol est pour sa part apparue sur Internet en octobre 2013. Elle avait été recensée par le Middle East Media Research Institute (MEMRI), qui soutient qu'elle a été filmée en Syrie. Fondé par deux Israéliens, dont un ancien officier du renseignement militaire, MEMRI a souvent été accusé de faire de la propagande pour dépeindre l'Islam et les Arabes sous un jour négatif, ce qu'il dément.

La vidéo montrant un garçon jeté d'un toit aurait pour sa part été filmée en 2013, en Égypte, dans les jours suivant le coup d'État perpétré par l'armée contre l'ex-président Mohamed Morsi, selon Associated Press. Les hommes impliqués dans cette affaire ont été condamnés pour le meurtre de l'enfant et d'un autre homme.

Les trois vidéos sont cependant montrées sans aucun contexte, dans un but apparent de généralisation contre les musulmans et l'Islam, peu importe les circonstances des scènes filmées.

La porte-parole de la Maison-Blanche, Sarah Huckabee Sanders, a cependant estimé que la véracité des vidéos n'était pas le sujet. « La menace est réelle, c'est ce dont parle le président : le besoin de sécurité nationale et de dépenses militaires. Ce sont des choses très réelles, il n'y a rien de faux à ce sujet », a-t-elle commenté.

Les commentaires islamophobes de Donald Trump ne datent pas d'hier : il les a multipliés pendant sa campagne électorale et a déjà partagé des publications controversées provenant de comptes plus que discutables, y compris certains ayant apparemment des liens avec des groupes suprémacistes blancs.

Depuis son élection, il a cherché à interdire les arrivées aux États-Unis en provenance de plusieurs pays à majorité musulmane.

Sa promotion des vidéos survient deux jours après qu'il se fut moqué de la sénatrice du Massachusetts Elizabeth Warren, la surnommant « Pocahontas » lors d'une rencontre dans le Bureau ovale avec des vétérans des Premières Nations navajos, s'attirant les critiques d'anciens combattants autochtones et de politiciens des deux principaux partis américains.

Avec les informations de Reuters, Associated Press, et Agence France-Presse

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