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Si t'es pas féministe, t'es pas tendance?

Quatre demoiselles portent des chandails avec un slogan féministe.
Les chandails et les t-shirts affichant des slogans féministes sont de plus en plus populaires auprès des grandes chaines. Photo: Radio-Canada
Radio-Canada

Des podiums aux médias sociaux, en passant par de grands couturiers et des chaînes populaires comme H & M et Top Shop, les slogans féministes sont légion l'industrie de la mode. Assistons-nous à une nouvelle forme de féminisme ou à la récupération d'un discours social par une industrie?

Un texte de Marie-Lise Mormina

Alexandria Kazmerik est une étudiante qui s'occupe des enjeux féministes au quotidien. Elle étudie en droits humains à l'Université de Winnipeg et est bénévole à l'Institut international pour les droits de la femme au Manitoba (IIWR-MB).

Gros plan sur le visage d'Alexandria Kazmerik.Photo de l'universitaire Alexandria Kazmerik Photo : Radio-Canada / MARIE-LISE MORMINA

Elle fait partie de ces jeunes femmes qui portent des accessoires et des vêtements arborant des slogans féministes. Loin d'être banals, selon elle, ces messages bousculent les idées reçues.

Un petit macaron bleu où il y est écrit en blanc le texte suivant : « féministe n'est pas un gros mot ».Le féministe n'est pas un vilan mot Photo : Radio-Canada / RON BOILEAU

Son macaron « Féministe n'est pas pas un gros mot » est aussi un outil de communication, estime Alexandria. Il permet de faire avancer la cause, dit-elle, en racontant le moment où un homme l'a interceptée et lui a demandé pourquoi elle le portait.

Cela m'a donné une occasion des discuter des enjeux féministes avec lui.

Alexandria Kazmerik, étudiante et féministe

Andréanne Dandeneau, fondatrice de l'entreprise Voilà!, explique que la tendance de porter des vêtements avec des slogans est d'abord générationnelle.

Andréanne Dandeneau est dans son atelier de vêtements, Il y a des machines à coudre, des boîtes et des tissus. Andréanne Dandeneau est styliste et propriétaire de Voilà Designs. Ses vêtements et ses méthodes de travail misent sur des valeurs éthiques et produits écologiques. Photo : Radio-Canada / RON BOILEAU

Les jeunes aiment les vêtements et les marques qui projettent des valeurs, explique-t-elle.

Les jeunes de nos jours veulent se connecter à quelque chose. Alors ils choisissent d'acheter des t-shirts avec des slogans pour s'exprimer eux-mêmes.

Andréanne Dandeneau, fondatrice de l'entreprise Voilà!

Le hic, c'est que le marketing l'a compris et en tire profit, ajoute-t-elle.

Marchander des valeurs?

Professeure associée à l’Université de Winnipeg, Heather Milne n'est pas surprise de voir le féminisme dans les grands magasins.

Gros plan sur un collier avec un pendentif féministeDes entreprises utilisent la mode pour vendre accessoires et bijoux féministes. Photo : Radio-Canada / MARIE-LISE MORMINA

Cela fait partie du système néolibéral dans lequel nous vivons, estime-t-elle, un système qui tente de nous faire consommer davantage.

C’est le fruit d’une société qui marchandise la politique.

Heather Milne, professeure associée à l’Université de Winnipeg

Pour Rachel Chagnon, directrice de l’Institut de recherches et d’études féministes à l'Université du Québec à Montréal, il n'y a rien de nouveau dans cette utilisation d'un discours social par l'industrie de la mode.

Les chandails à l'effigie du révolutionnaire et marxiste Che Guevara en sont la preuve, mentionne-t-elle. Sa grande popularité lui a valu un film, une série télé, des vêtements, etc. Cela a notamment permis de remettre ces idées à l'avant-scène.

Chandail avec le visage de Che GuevaraUn Libanais porte un portrait de Che Guevara lors d'une manifestation au centre-ville de Beyrouth, au Liban, mercredi 26 août 2015. Photo : The Associated Press / Hassan Ammar

Le Che aurait peut-être eu quelques réserves à ce qu'on instrumentalise son image et ses discours, mais cela n'a pas nécessairement été mauvais pour son message, ajoute-t-elle.

Ça permet à ce message, quelque part, de rester vivant, et ça permet au personnage de continuer d'avoir un impact.

Rachel Chagnon, directrice de l’Institut de recherches et d’études féministes à l'Université du Québec à Montréal

Le message est plus visible, conviennent Alexandria Kazmerik et son amie Micaela Crighton, elle aussi étudiante. Elles-mêmes portent des vêtements ou des accessoires qui affichent des discours féministes. Elles s'assurent, par contre, que les signes qu'elles portent concordent avec leurs valeurs et leurs actions.

Alexandria Kazmerik et Micaela Crighton sont assises et regardent l'écran d'un ordinateur.Alexandria Kazmerik et Micaela Crighton, deux étudiantes, posent un regard critique sur l'industrie de la mode qui instrumentalise le féminisme. Photo : Radio-Canada / RON BOILEAU

Elles rencontrent parfois des personnes qui, comme elles, participent à cette mode féministe, mais ne connaissent pas toutes les valeurs qui s'y rattachent.

Tu es féministe et tu ne vas pas voter? Est-ce que tu connais l'histoire des femmes qui ont dû se battre pour voter? Et tu portes ce t-shirt?

Alexandria Kazmerik, étudiante et féministe

Le manque de connaissance ou de profondeur du féminisme est un risque quand un mouvement transgressif s'intègre à la culture populaire, explique Rachel Chagnon.

Il peut y avoir une méconnaissance du concept, et ce n'est pas quelque chose qu'on souhaite.

Rachel Chagnon, directrice de l’Institut de recherches et d’études féministes à Université du Québec à Montréal

Le point positif, ajoute-t-elle, c'est de voir que les luttes féministes avancent et qu'il y a plus en plus de gens qui conçoivent que c'est un combat légitime.

Être féministe, mais pas pour toutes les femmes?

Les deux étudiantes qui portent des vêtements ou les accessoires arborant des slogans féministes sont prudentes quant aux processus de fabrication et au lieu de production.

Les vêtements et les accessoires que vendent certaines chaînes sont produits dans des pays en développement, explique Micaela Crighton. Souvent, les conditions de travail sont médiocres et ne respectent pas les droits de la personne, particulièrement pour les femmes, dit-elle.

Une femme nord-coréenne tend un fil de laine à l'usine textile Kim Jong Suk Pyongyang. L'usine de textiles Kim Jong Suk Pyongyang, à Pyongyang, en Corée du Nord. C'est la plus grande usine textile du pays avec 8 500 travailleurs, dont 80% sont des femmes (AP Photo / Wong Maye-E) Photo : The Associated Press / Wong Maye-E

Être féministe au Canada, selon les deux jeunes femmes, c'est aussi tenir compte de la réalité des femmes partout dans le monde. Il faut reconnaître qu'on a un statut privilégié en étant né ici, rappelle Micaela Crighton.

Égalité des sexes

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