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Enquête sur les femmes autochtones : l'angoisse des disparitions

Pakuashipi, automne 1970.
Pakuashipi, automne 1970 Photo: Conseil des Innus de Pakuashipi
Radio-Canada

La disparition d'enfants innus a monopolisé l'attention, lors de la seconde journée d'audience en sol québécois de l'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées.

Un texte de Jean-Louis Bordeleau

En matinée, une première famille a livré le récit d’Anne-Marie Jourdain, disparue à l'hiver 1957 dans le territoire de chasse au nord de Port-Cartier.

La famille et des membres de la communauté auraient retrouvé des traces de pas près d'un campement de bûcherons non autochtones. Le propriétaire du camp aurait interdit à la famille de fouiller l’endroit.

La fille d'Anne-Marie Jourdain, qui était âgée de 3 ans à l’époque de la disparition, a dit se souvenir que sa mère était sortie avec un enfant. Cet enfant avait été retrouvé gelé sous un arbre, portant les vêtements d'Anne-Marie Jourdain. Cette dernière n'a jamais été retrouvée.

Les gens qui ont participé aux recherches disent qu'ils ont vu un policier rentrer dans les campements des bûcherons et probablement aller les voir. A-t-il fait des recherches? Nous n'avons rien, rien à ce niveau-là.

Denise Fontaine, témoin lors de l'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées

Le cas de Pakuashipi

Jérôme Mestenapéo, de la communauté de Pakuashipi, a été le premier à témoigner en après-midi. Il a raconté la déportation de familles de la communauté de Pakuashipi vers la Romaine, à quelque 300 kilomètres à l’Est, dans les années 1960.

Selon le témoignage, le missionnaire de l'endroit, le père Alexis Joveneau, aurait promis une belle vie à la Romaine à plusieurs familles de Pakuashipi : des maisons et de l’argent, par exemple. Mais bien vite, les Innus déportés se rendent compte que le père n’avait pas l’intention de tenir ses promesses.

Quand qu'ils nous ont déportés, ils nous ont tellement promis de choses à La Romaine. Ils nous ont promis des maisons, de bons services. [...] On n'a rien reçu!

Jérôme Mestenapéo, témoin lors de l'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées

Des membres de la communauté de Pakuashipi ont aussi accusé le père Joveneau d’avoir déchiré des chèques qui leur étaient adressés. Ils ont donc pris la décision de revenir à leur lieu d'origine, même si on le leur avait interdit.

Ils affirment n'avoir reçu aucune aide du gouvernement ni des gens de Saint-Augustin pendant près de 10 ans.

Localisation de la communauté innue de Pakuashipi, en Basse-Côte-Nord.Localisation de la communauté innue de Pakuashipi, en Basse-Côte-Nord Photo : Radio-Canada

Agnès Poker a ensuite raconté l’histoire de ses enfants tombés malades dans la communauté de Pakuashipi et qui ont été transférés à l’hôpital de Blanc-Sablon en hélicoptère pour y être soignés. Les parents n’avaient pas pu accompagner les enfants.

D’après son témoignage, Agnès Poker n’a jamais revu ses enfants, n’a jamais été informée de leur état de santé et n’a jamais non plus reçu de certificats de décès.

J'ai toujours senti que cet enfant-là, le personnel infirmier l'a enlevé, l'a kidnappé. C'est toujours ce sentiment-là qui m'habite.

Agnès Poker, témoin lors de l'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées

Agnès Poker a souligné le travail de la journaliste de Radio-Canda, Anne Panasuk, pour éclaircir le mystère entourant la disparition de ses enfants.

Une vingtaine de membres de la communauté innue de Pakuashipi étaient présents lors de l'audience de mardi.

D'après les informations de Laurence Royer

Côte-Nord

Autochtones