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Plus d'appels pour dénoncer la maltraitance envers les aînés

Le reportage de Davide Gentile
Radio-Canada

La ligne Aide abus aînés reçoit un nombre grandissant d'appels. Les personnes âgées sont souvent ciblées pour leur argent. Voici l'expérience d'un aîné de 94 ans qui aurait été piégé par de présumés exploiteurs et dont la famille intente une poursuite.

Un texte de Davide Gentile

Domenico Di Sante, 94 ans, est atteint de la maladie d'Alzheimer. Sa famille allègue qu'il a été la cible d'une forme d'exploitation financière.

Ses proches poursuivent deux établissements hospitaliers de Montréal, qu'ils accusent de négligence, et un couple, Djamel-Eddine Heroumi et sa conjointe, Naïma Derbal, qui aurait obtenu 240 000 $ de l'aîné en plus de se faire inscrire à son testament.

La famille de M. Di Sante allègue que Djamel-Eddine Heroumi et Naïma Derbal, qui était préposée aux bénéficiaires, se sont progressivement implantés dans sa vie vers 2008. Des indices éveillent peu à peu les soupçons de la famille. « Il m'a dit : "Je lui ai payé des armoires de 15 000 $." Nous autres on s'est dit : "Voyons donc!" », se rappelle la belle-fille de Domenico Di Sante, Carole Charbonneau.

Les proches de M. Di Sante auraient été progressivement écartés. Naïma Derbal se serait imposée de plus en plus pour devenir le lien entre l'aîné et le réseau de la santé. « En réunion, c'est elle qui se présentait comme l'aidante. Ils ne nous appelaient même pas », ajoute Mme Charbonneau.

Dans son salon, Carole Charbonneau.Carole Charbonneau, la belle-fille de Domenico Di Sante Photo : Radio-Canada

La famille de M. Di Sante affirme que l'aîné était rendu vulnérable en raison d'un déclin de ses capacités cognitives. Entre 2009 et 2015, Domenico Di Sante effectue plusieurs séjours dans le réseau de la santé, mais personne n'a jugé bon d'évaluer son niveau d'aptitude à gérer ses affaires.

« Normalement, il y a des signaux d'alarme », précise Louis Plamondon de l'Association de défense des droits des personnes retraitées et préretraitées (AQDR), section Saint-Michel.

Le couple Derbal-Heroumi aurait tenté à plusieurs reprises de séparer l'aîné de sa famille. « En 2015, ils ont envoyé une mise en demeure disant qu'on n'avait plus le droit de le visiter. Même pas de l'appeler », relate Mme Charbonneau.

Le fils de M. Di Sante persiste à visiter son père et tombe sur une information qui le préoccupe au printemps 2016. « Je vois un compte de banque. Il y avait 600 000 $ et c'était rendu à 200 000 $. Je me suis dit : "Il se passe quelque chose!" »

La famille de Domenico Di Sante allègue que le couple Derbal-Heroumi a obtenu du vieil homme plus de 240 000 $. Et qu'ils ont même réussi à se faire inscrire au testament.

« Entre 2012 et 2016, ils l'ont incité à faire cinq nouveaux testaments. À chaque fois, ils en ont de plus en plus! », avance Mme Charbonneau au sujet du futur héritage de Domenico Di Sante.

Maltraitance des aînés : plus d'appels

Ce genre d'inquiétude semble de plus en plus répandue.

Le nombre d'appels à la ligne Aide abus aînés est en hausse cette année. Si l'on compare les 8 premiers mois de 2016 avec la même période cette année, « on note une augmentation de 35 % », indique Sylvie Bouchard, coordonnatrice de ce service. Les demandes formulées par les professionnels ont aussi augmenté de 15 %.


L'exploitation financière des aînés reste l'un des problèmes les plus évoqués. « Les gens sont sensibilisés. Ils s'informent et veulent briser le silence », selon Mme Bouchard. L'adoption récente d'une loi et d'une politique visant à contrer la maltraitance pourraient expliquer cette hausse.


De son côté, la famille de M. Di Sante estime que le réseau de la santé aurait dû mieux le protéger. « J'aurais aimé qu'il passe des tests. Ils auraient compris qu'au niveau cognitif ça baissait », avance Carole Charbonneau.

Louis Plamondon de l'AQDR Saint-Michel partage cet avis. Le réseau de la santé aurait dû, selon lui, « faire rapport au Curateur public sur l'inaptitude de M. Di Sante ».

Une affaire devant la cour

Une plainte a été déposée à la police au printemps 2015. Une enquête a été menée, mais aucune accusation n'a été portée.

La famille a donc décidé d'intenter une poursuite au civil en Cour supérieure. Elle demande qu'on résilie les modifications au testament de M. Di Sante. Et réclame 443 000 $ en dommages et intérêts à Naïma Derbal et à son conjoint ainsi qu'au CIUSSS de l'Est-de-l'Île-de-Montréal et à celui de l'Ouest-de-l'Île-de-Montréal.

Les faits allégués ici restent à être prouvés devant un tribunal. Aucune des parties défenderesses n'a voulu commenter.

En juin 2016, le Curateur public du Québec a avisé le couple Derbal-Heroumi de ne plus entrer en contact avec Domenico Di Sante. Le fils de ce dernier a été nommé curateur de son père quelques mois plus tard.

Société