•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

La politique de natalité de la CAQ serait-elle efficace?

François Legault à l'Assemblée nationale, le 12 avril 2017

Le parti de François Legault pourrait former un gouvernement majoritaire si des élections avaient lieu aujourd'hui, selon un sondage Léger - Le Devoir.

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2017 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

ANALYSE - Quiconque s'intéresse à la démographie du Québec doit lire le rapport de l'Institut de la statistique du Québec (ISQ) de 2014 sur les prévisions de croissance de la population d'ici 2061. Entre encourager les familles à avoir des enfants et comparer cette approche à la pression de l'Église à une autre époque, il y a quelques faits à rappeler.

Un texte de Gérald Fillion

D’abord, il est important de savoir que de bonifier le soutien aux familles pour les encourager à avoir un deuxième ou un troisième enfant, comme le propose le chef de la CAQ François Legault, est une solution qui a fait ses preuves.

On l’a vu avec la politique du « bébé bonus », à la fin des années 80, qui pouvait rapporter jusqu’à 8000 $ pour un troisième enfant. Cette mesure a contribué à faire passer le taux de fécondité de 1,359 enfant par femme en 1987 à 1,666 en 1992. Le développement des garderies à 5 $ à la fin des années 90 a créé un mouvement semblable : le taux de fécondité est passé de 1,452 en 2000 à 1,733 en 2008.

Cela dit, soutenir les familles pour les encourager à avoir plus d’enfants ne change rien au défi économique et démographique actuel du Québec, qui est celui de faire face au départ massif des baby-boomers de la population active au cours des 15 prochaines années.

Le défi démographique d’ici 15 ans

D’ici 2030, presque l’ensemble des baby-boomers vont partir à la retraite. Dans 13 ans, ils auront entre 64 et 83 ans selon la période officielle du baby-boom établie par l’ISQ.

La population âgée de 20 à 64 ans va baisser de 3,6 % d’ici 2030, affirme l’Institut. Les gens qui ont plus de 65 ans seront plus nombreux que les jeunes de moins de 20 ans à partir de 2023. Et, de 2011 à 2061, la part des 20-64 ans passera de 63 % à 51 % dans la population.

Alors, malgré toute la bonne volonté et les politiques familiales, les prochaines décennies représenteront un défi certain pour le Québec. Même si on connaissait un baby-boom d’ici 2020, les effets réels sur l’économie ne se feraient sentir qu’après 2040. C’est un objectif louable, à long terme, et nous avons raison de vouloir soutenir les familles. C’est bon pour l’économie, mais c’est trop tard pour éviter le ralentissement économique à venir avec le vieillissement de la population.

Une hausse du taux de natalité pourrait peut-être repousser à plus tard ou annuler à tout jamais la projection de l’ISQ, qui prévoit qu’en 2034 il y aura plus de décès que de naissances au Québec. Ce serait déjà ça de pris, mais ça va prendre une plus forte augmentation du nombre d’enfants par famille au Québec.

En fonction des données historiques et selon les dynamiques générationnelles, l’ISQ a établi trois scénarios potentiels. Le premier, c’est le scénario d’un taux de fécondité faible, à 1,55 enfant par femme. À ce moment-là, les décès dépasseraient les naissances dès 2027. Le second, c’est le scénario de référence, à 1,7 enfant par femme. Et puis le scénario fort nous amène à 1,85 enfant et ferait en sorte que les naissances continueraient de surpasser les décès jusqu’en 2061, dernière année de projection de l’ISQ.

« Le nombre annuel de naissances devrait se maintenir entre 86 300 et 97 400 selon les paramètres du scénario de référence », affirme l’ISQ dans son étude. [...] Quant au scénario fort, le seuil de 100 000 naissances devrait être atteint en 2019 et, à partir de 2033, le nombre de naissances augmenterait sans cesse et atteindrait 122 000 en 2055, niveau qui se maintient jusqu’en 2061. »

Par ailleurs, d’autres éléments doivent être considérés quant à l’évolution de la population. Le Québec accueille environ 50 000 immigrants par année. Mais, l’ISQ, dans son scénario de référence, affirme qu’environ 10 % des gens repartent très rapidement, c’est environ 6000 personnes. À cela s’ajoute une perte nette de 7500 citoyens, qui vont vivre ailleurs au Canada. Résultat : le solde migratoire annuel net tombe à 36 500.

Le projet de la CAQ

Revenons donc à la proposition de la CAQ, qui veut stimuler la natalité au Québec. On sait que le « bébé bonus » et les garderies à cinq dollars ont contribué à une hausse d’environ 0,3 du taux de fécondité, à 1,666 dans un cas et à 1,733 dans l’autre cas.

Nous sommes actuellement à 1,590 enfant par femme au Québec. Si on ajoute 0,3 grâce à une politique de natalité, on arrive ainsi à près de 1,9 enfant. On passerait ainsi d’un niveau de 86 400 naissances en 2016 à plus de 100 000 naissances en 2020, un ajout d’environ 15 000 enfants pour faire un chiffre rond.

Or, si le chef de la CAQ propose de réduire le nombre d’immigrants de 50 000 à 40 000 par année, ne viendrait-il pas annuler l’essentiel de son gain de natalité?

La réalité, c’est qu’à court et à moyen terme, une politique de stimulation de la natalité coûterait plus cher que ce qu'elle rapporte. Le Québec n'a pas vraiment le choix, à court et à moyen terme, de compter sur l’immigration et la rétention de ses citoyens face aux autres provinces pour espérer combler, en partie, les départs à la retraite des baby-boomers. C’est mathématique.

À moyen et à long terme, le Québec pourrait certainement gagner à stimuler la fécondité. Mais il faut se rappeler que la dernière fois que le Québec a atteint un taux de 2 enfants par femme, on était à quelques mois de la tempête du siècle et on vivait la crise d’octobre. C’était en 1970 alors que s’atténuaient les effets du baby-boom.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !