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Méditation obligatoire pour les futurs médecins

Des étudiants de la faculté de médecine de l'Université de Montréal, campus de Trois-Rivières, les yeux fermés, en pleine séance de méditation.
Des étudiants de la faculté de médecine de l'Université de Montréal, campus de Trois-Rivières, en pleine séance de méditation. Photo: Radio-Canada

Depuis 2013, des ateliers de méditation pleine conscience, aussi connue sous le nom de « mindfulness », sont obligatoires pour les étudiants de la faculté de médecine de l'Université de Montréal. Depuis peu, le personnel administratif et les professeurs sont même invités à se joindre aux futurs médecins du campus de Trois-Rivières.

Un texte de Marie-Pier Bouchard

Avec de plus en plus de matière et de connaissances à ingérer dans leur parcours scolaire, l’équilibre de vie est difficile à atteindre pour les étudiants en médecine, observe le psychiatre et professeur à l’Université de Montréal, Hugues Cormier.

Dr Cormier dit constater que la flamme diminue chez de nombreux jeunes étudiants en médecine qui font face à « l’usure du quotidien et du stress » quand ils arrivent à l’étape de l’externat.

On a comparé l'apprentissage en médecine à essayer de boire dans un tuyau de pompier, dit le Dr Hugues Cormier, psychiatre et professeur à la faculté de médecine de l'Université de Montréal.Dr Hugues Cormier, psychiatre et professeur à la faculté de médecine de l'Université de Montréal Photo : Radio-Canada

La méditation pleine conscience est une technique qui permet aux médecins, mais aussi à tous ceux qui vivent du stress, de s'ancrer dans le moment présent et d'être prêts à accueillir ce qui se présente pour bien réagir explique le Dr Cormier. Selon lui, c'est une pratique qui permet d'atteindre un équilibre de vie.

Au sein du cursus scolaire des futurs médecins, il y a les cours obligatoires et les séances optionnelles.

Les objectifs de ces cours de méditation : aider les futurs médecins à faire face à l’adversité, prendre soin de leur santé, développer l'empathie et les outiller pour accompagner les patients qui souffrent d’anxiété, le mal du siècle selon Dr Cormier.

De plus en plus de patients viennent voir un médecin et demandent : "Mais qu’est-ce qu’il faut que je mange, docteur? À part l’activité physique, qu’est-ce que je peux faire? La méditation, vous connaissez ça?" C’est important que les médecins aient une connaissance de base.

Dr Hugues Cormier, psychiatre et professeur à la faculté de médecine de l'Université de Montréal
Des étudiants de la faculté de médecine de l'Université de Montréal, campus de Trois-Rivières, en pleine séance de méditation pilotée par le Dr Hugues Cormier.Des étudiants de la faculté de médecine de l'Université de Montréal, campus de Trois-Rivières, en pleine séance de méditation pilotée par le Dr Hugues Cormier. Photo : Radio-Canada / Jean-François Fortier

La séance optionnelle à laquelle nous avons assisté, qui était ouverte aux professeurs du campus de Trois-Rivières ainsi qu’au personnel administratif, a été très appréciée.

Par ailleurs, la méditation pleine conscience permet de mieux profiter de la vie selon les plus récentes études, explique le Dr Cormier, mais représente un défi : la pratiquer de façon régulière.

Ce que je vois dans mon bureau, c'est que le stress c'est la maladie du siècle. En le voyant le bénéfice, je peux le transmettre à mes patients, dit l'omnipraticien Frédéric Picotte au sujet de la méditation.Frédéric Picotte, médecin de famille à Shawinigan Photo : Radio-Canada
Dans notre future pratique et même comme étudiant on fait face au stress. S’outiller pour gérer ça c’est super important, dit Patrice Levasseur Fortin, étudiant en médecine au sujet de la méditation.Patrice Levasseur Fortin, étudiant à la faculté de médecine de l'Université de Montréal, campus de Trois-Rivières Photo : Radio-Canada
Ça me ralenti, ça me calme et je pense que ça aide mes patients à être mieux traités, dit le chirurgien Daniel Bourgoin au sujet de la méditation.Daniel Bourgoin, chirurgien Photo : Radio-Canada
« Je trouve que ce sont de bonnes techniques qui sont très courtes qu'on peut facilement intégrer à notre quotidien », mentionne une étudiante en médecine au sujet de la méditation.Myriam Senturk St-Onge, étudiante à la faculté de médecine de l'Université de Montréal, campus de Trois-Rivières. Photo : Radio-Canada

Résistance

Si plusieurs démontrent une grande ouverture face à la méditation pleine conscience, le Dr Cormier remarque toujours de la résistance de la part de certains étudiants en médecine.

S’il est convaincu des bienfaits, il comprend les jeunes étudiants qui doutent du sérieux de cette approche.

C’est peut-être un peu normal quand tu as 20 ans et que tu te sens invincible de dire : "Il me semble que j’ai des choses à apprendre plus high-tech que d’apprendre à respirer par le nez".

Dr Hugues Cormier, psychiatre et professeur à la faculté de médecine de l'Université de Montréal
Dr Hugues Cormier, psychiatre et professeur à la faculté de médecine de l'Université de MontréalDr Hugues Cormier, psychiatre et professeur à la faculté de médecine de l'Université de Montréal Photo : Radio-Canada

Encore plus de séances de méditation

Les gens du campus de la faculté de médecine de l’Université de Montréal à Trois-Rivières se connaissent pratiquement tous. Le campus est petit et selon la vice-doyenne, Dre Marie-Hélène Girouard, la proximité d’un petit campus comme celui-ci permet de mieux sentir les besoins des étudiants.

Dans un souci d’améliorer le mieux-être des étudiants mais aussi du personnel, on n’exclut pas la possibilité de bonifier l’offre de méditation.

Il est possible qu’on offre d’autres séances. L’autre option, sans avoir toujours Dr Cormier, c’est de trouver des leaders pour avoir des agents multiplicateurs pour se rassembler et pratiquer la méditation pleine conscience.

Dre Marie-Hélène Girouard, chirurgienne et vice-doyenne associée au campus de l'Université de Montréal en Mauricie

Impuissance et détresse psychologique

Toujours dans l’action, plusieurs étudiants en médecine font face à un sentiment d’impuissance et certains se retrouvent carrément en détresse psychologique.

Quand il offre des séances de méditation pleine conscience, le Dr Hugues Cormier met en lumière des statistiques d’un sondage mené par la Fédération des médecins étudiants qui révélait en 2012 que la moitié des futurs médecins considéraient que leurs études avaient un impact négatif sur leur vie.

Selon cette même étude, un étudiant en médecine sur cinq aurait des pensées suicidaires. Dr Cormier mentionne également qu'il y a trois fois plus de cas d’épuisement professionnel chez les étudiants en médecine que dans la population en général de même âge et de même sexe.

Des discussions sont présentement en cours avec certains cégeps pour offrir des ateliers de méditation pleine conscience dans le but de préparer les étudiants stressés à leur passage à l’université mentionne Dr Hugues Cormier.

Mauricie et Centre du Québec

Médecine