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Scouts, baignade et fanfare : comment le prêtre Camille Léger attirait ses présumées victimes

Camille Léger a été le prêtre de la paroisse de Ste-Thérèse-d'Avila pendant 23 ans, de 1957 à 1980. Photo: Radio-Canada
Radio-Canada

L'avocat René A. LeBlanc a rencontré des dizaines de présumées victimes de prêtres catholiques acadiens. Au cours de ses entretiens, il a entendu des détails sur les comportements, les gestes et les mentalités de ces prêtres aujourd'hui soupçonnés d'avoir agressé sexuellement des dizaines d'enfants. L'avocat de Moncton explique le modus operandi d'un des pires prêtres agresseurs de l'histoire de l'Acadie, selon lui : le défunt prêtre de Cap-Pelé, Camille Léger.

Un texte de Pierre-Alexandre Bolduc

Les liasses de documents ne cessent de s'accumuler sur le bureau de René A. LeBlanc. L'avocat de Moncton s'occupe actuellement des dossiers de 18 présumées victimes de différents prêtres catholiques acadiens. Il dit avoir 10 autres clients qui n'ont pas encore déposé de poursuite devant les tribunaux.

L'avocat de Moncton René A. LeBlanc mène actuellement 18 dossiers de présumées victimes devant les tribunaux au civil. L'avocat de Moncton René A. LeBlanc mène actuellement 18 dossiers de présumées victimes devant les tribunaux au civil. Photo : Radio-Canada

Selon l'avocat, un des prêtres qui a fait le plus de ravages dans une même paroisse est Camille Léger. En fait, René A. LeBlanc n'y va pas de main morte : il décrit le défunt père Léger comme un homme qui avait un « pouvoir et une influence disproportionnés sur la communauté de Cap-Pelé ». Il le qualifie d'ancien « roi de Cap Pelé et de la région ».

Je pense que Camille, honnêtement, de ce que je sais, puis j'ai fait des recherches un peu partout dans le monde, c'est un des pires au monde.

René A. LeBlanc, avocat

Une infrastructure pour abuser des garçons à temps plein

René LeBlanc soutient que Camille Léger avait bâti une véritable infrastructure pour maltraiter et agresser sexuellement des jeunes de la paroisse Sainte-Thérèse-d'Avila.

« Il était en charge des enfants de choeur, des scouts, de la fanfare qui était comme un jazz band, un camp pour les jeunes qui venaient plusieurs semaines l'été. [...] Et puis il a bâti un chalet qui avait une piscine intérieure. Ce n'était pas commun dans le temps. Les gens appelaient ça Melrose. C'était réellement juste une place où il apportait 6-7-8 jeunes à la fois. Il les faisait nager nu dans la piscine puis en abusait un par soir. »

Le défunt prêtre Camille Léger a dirigé une fanfare, des équipes sportives et des scouts dans la région de Cap-Pelé.Le défunt prêtre Camille Léger a dirigé une fanfare, des équipes sportives et des scouts dans la région de Cap-Pelé, à l'époque. Photo : Radio-Canada

Juste basé sur ce qu'on sait à ce point ici, c'est clair que c'est quelque chose qu'il faisait à temps plein puis que ça affectait une grande portée de jeunes.

René A. LeBlanc

Camille Léger : un prêtre qui faisait peur

Selon les témoignages que René A. LeBlanc a pu entendre de présumées victimes, Camille Léger était une personne très autoritaire avec beaucoup d'influence.

Son père, Antoine Léger a été un avocat, un député provincial pour le comté de Westmorland et ministre des Finances du Nouveau-Brunswick de 1925 à 1935. Il a ensuite été nommé sénateur à Ottawa. Le frère de Camille Léger était, quant à lui, médecin.

Le prêtre Camille Léger (à gauche) avec une équipe de hockey de jeunes de la région de Cap-Pelé.Le prêtre Camille Léger (à gauche) avec une équipe de hockey de jeunes de la région de Cap-Pelé. Photo : Radio-Canada

René A. LeBlanc a l'impression que le prêtre Léger faisait peur aux paroissiens. Selon lui, c'est une des raisons qui expliquent que les gestes qui sont reprochés à Camille Léger aujourd'hui auraient été passés sous silence pendant si longtemps.

« 99 % [des présumées victimes] ne l'ont jamais dit à leurs parents, ils l'ont jamais dit à personne, ils avaient trop peur, lance René A. LeBlanc. Le un pour cent qui l'a dit à leur parent, la réaction n'était pas bonne. Les parents ne les croyaient pas. Ils les punissaient. Ils leur disaient "Parle pas du prêtre comme ça, on ne peut pas parler de Camille comme ça. Dis jamais ça à personne." C'était ça la réaction que les gens avaient. »

L'ancien curé du diocèse de Bathurst, Lévi Noël, est mort le 13 mai 2016. Il a été condamné à huit ans de prison en 2010.L'ancien curé du diocèse de Bathurst, Lévi Noël, est mort le 13 mai 2016. Il a été condamné à huit ans de prison en 2010. Photo : Radio-Canada

Un entretien judiciaire avec le curé Lévi Noël

Dans le cadre de son travail d'avocat, Me René A. LeBlanc a aussi interrogé l'ancien curé Lévi Noël.

Le prêtre, aujourd'hui décédé, avait reconnu sa culpabilité à des accusations de grossière indécence et d'attentats à la pudeur sur 18 garçons âgés de 8 à 16 ans, de la Péninsule acadienne. Ces incidents se sont produits de 1958 à 1981.

Une victime du père Lévi Noël, Marc Robichaud, a confié à Radio-Canada dans le passé que le curé lui donnait de l'argent après avoir profité de lui. La victime se souvient que Lévi Noël « lui donnait une poignée de deux dollars ».

René A. LeBlanc se souvient de Lévi Noël comme d'un « témoin difficile ».

C'est quelqu'un qui n'avait pas d'empathie. Il n'a pas vraiment accepté les responsabilités du tout pour ce qu'il a fait. [...] Je ne suis pas sûr s'il trouvait ça comme une grosse joke, mais il ne prenait pas ça au sérieux comme on croirait qu'il l'aurait pris.

René A. LeBlanc
Lévi Noël a été prêtre pendant une trentaine d'années dans la Péninsule acadienne. Ses crimes s'étaient produits de 1958 à 1981.Lévi Noël a été prêtre pendant une trentaine d'années dans la Péninsule acadienne. Ses crimes s'étaient produits de 1958 à 1981. Photo : Radio-Canada

« Dans certains cas où est-ce qu'il avait déjà plaidé coupable au criminel, il niait qu'il avait abusé un jeune, explique René A. LeBlanc. Mon impression c'était qu'il en a abusé tellement qu'il ne se rappelait plus qui était qui, réellement. Je pense qu'il y a eu une certaine déshumanisation des victimes de son côté, puis c'était probablement la même chose pour Camille [Léger]. »

Impossible de dire pour l'instant si plusieurs autres présumées victimes sortiront de l'ombre, mais René A. LeBlanc estime que plusieurs dizaines d'autres victimes pourraient décider d'entamer des poursuites contre des prêtres et des diocèses.

Nouveau-Brunswick

Justice et faits divers