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Molson choisit Longueuil

Les explications d'Andrée-Anne St-Arnaud
Radio-Canada

Molson entend déménager sur la Rive-Sud. L'entreprise a annoncé le dépôt mardi d'une offre d'achat portant sur un terrain, propriété de la Ville de Longueuil, situé près de l'aéroport de Saint-Hubert et des installations de l'Agence spatiale canadienne, pour y établir son futur « complexe brassicole ».

Un texte de Bernard Barbeau

Les travaux devraient débuter au printemps prochain et les nouvelles installations devraient être en activité à partir de 2021. Le projet est évalué entre 300 et 500 millions de dollars.

Dans un message transmis en avant-midi à ses employés, Molson Coors a annoncé son « intention d’acquérir un terrain dans l’arrondissement de Saint-Hubert de la Ville de Longueuil et [de lancer] les discussions sur le redéveloppement du site de la rue Notre-Dame avec la Ville de Montréal et des parties prenantes. »

Il est important de noter qu’il s’agit d’une intention d’achat, car la Ville de Longueuil devra approuver l’entente et il nous faudra également procéder à une vérification diligente.

La direction de Molson Coors dans un message à ses employés

Le conseil municipal de Longueuil devrait approuver la transaction lors de sa réunion du 5 décembre.

Molson Coors, dont le siège social est partagé entre Montréal et Denver, au Colorado, aura deux mois pour s'assurer que la propriété qu'elle convoite répond bien à toutes ses exigences.

Nouvelle « extraordinaire » pour Longueuil

« Il y a encore quelques étapes à franchir avant une éventuelle pelletée de terre en 2018 », a convenu la mairesse de Longueuil, Sylvie Parent, soulignant néanmoins que son équipe et elle étaient « très fières que Molson Coors ait choisi Longueuil pour ce vaste projet ».

« Ce geste important vient récompenser des années d'efforts à développer notre ville et particulièrement la zone aéroportuaire afin d'en faire un pôle stratégique de développement industriel [...] et témoigne du dynamisme économique de notre ville », a ajouté Mme Parent, qui espère que les employés de Molson viendront en grand nombre s'installer à Longueuil et y magasiner.

Un dossier comme ça, c'est comme un levier. Les gens se disent : "Oh wow! Si Molson a choisi Longueuil et sa zone aéroportuaire, il faut peut-être aller voir ce qui se passe dans ce coin-là! [...] Ça pourrait avoir un effet domino.

Sylvie Parent, mairesse de Longueuil
Sylvie Parent, tout sourire, portant un veston rouge.La mairesse de Longueuil, Sylvie Parent, estime que l'arrivée de Molson va contribuer à dynamiser la zone aéroportuaire. Photo : Radio-Canada

La grandeur du terrain, la proximité des autoroutes 10, 20 et 30 et l'existence d'un règlement accordant des allègements fiscaux sur cinq ans pour développer la zone aéroportuaire constituaient autant d'atouts pour Longueuil, dont l'offre était difficile à battre.

« Il y a plein de facteurs et pas un facteur en particulier » qui ont fait pencher la balance, a indiqué le directeur des affaires de Molson Coors Canada, François Lefebvre. « On a juste à penser à l'eau potable, les égouts, l'électricité, le gaz naturel et la superficie également du terrain. Tous ces éléments-là ont été pris en considération. Et Longueuil est notre choix numéro un. »

L'entreprise avait étudié une quarantaine de terrains dans la région métropolitaine.

Le nouvel emplacement « offrira un environnement de travail de classe mondiale », a promis Molson à ses employés.

Ceux-ci ont accueilli la nouvelle avec un certain soulagement, d'après leur syndicat, car plusieurs craignaient de déménager bien plus loin.

« C'est une bonne nouvelle, on ne s'en va pas trop loin », a réagi le président du syndicat de la brasserie Molson, Éric Picotte, notant qu'inévitablement, certains s'éloigneront de leur lieu de résidence pendant que d'autres s'en rapprocheront. « L'important, c'est que ça reste dans un rayon de 10 km », a-t-il fait valoir.

Molson compte plus de 1000 employés dans son usine au pied du pont Jacques-Cartier et dans son centre de distribution de l'est de Montréal, rue Dickson. On ignore si la brasserie aura besoin de tous ces travailleurs dans ses nouvelles installations plus modernes, mais M. Lefebvre a indiqué qu'elle n'avait « pas de plan pour réduire le nombre d'emplois ».

Perte pour Montréal

Valérie Plante est entourée de micros dans le hall de l'hôtel de ville de Montréal.La mairesse de Montréal, Valérie Plante, regrette la décision de Molson. Photo : Radio-Canada

Ce déménagement constitue un coup dur pour la Ville de Montréal, qui souhaitait ardemment garder l'usine de Molson, sur son territoire depuis plus de 230 ans.

C’est avec regret que je prends acte de l’intention de Molson Coors.

Valérie Plante, mairesse de Montréal

Valérie Plante avait souligné, il y a deux semaines, que le projet de déménagement de Molson faisait partie de ses priorités.

« Dès mon arrivée en poste, j’ai fait des représentations auprès de la famille Molson et des gestionnaires de l’entreprise afin de faire valoir les bénéfices du maintien des activités de la brasserie à Montréal, a relaté Mme Plante, mardi. Malheureusement, l’offre bonifiée que nous avons soumise n’a pu être étudiée par le conseil d’administration de la brasserie Molson Coors, qui avait déjà pris sa décision. »

L'administration de Denis Coderre, en discussion avec la brasserie depuis deux ans, avait beaucoup poussé pour qu'elle s'installe dans la future Cité de la logistique d'Hochelaga-Maisonneuve. Mais ce n’était apparemment pas une option pour Molson, parce que les lieux proposés appartenaient à différents propriétaires et qu'ils devaient être décontaminés.

« Ceci étant dit, si je mets mon chapeau de présidente de la Communauté métropolitaine de Montréal, je suis heureuse de savoir que la Molson Coors va demeurer dans la grande région métropolitaine », a noté Mme Plante en point de presse.

Maintenant dans l'opposition, l'Équipe Denis Coderre pour Montréal a refusé d'endosser la responsabilité de ce revers. « À la ligne d'arrivée, c'est la mairesse Valérie Plante qui était au volant », a insisté le chef de l'opposition officielle, Lionel Perez.

M. Perez est d'avis que l'administration Plante a tort de s'avouer déjà vaincue : « C'est une réaction défaitiste. » Il croit qu'elle devrait poursuivre sa campagne de séduction auprès de Molson Coors.

Attachement historique

François Lefebvre porte des lunettes et un veston.François Lefebvre, directeur des affaires de Molson Coors Canada, a assuré que la compagnie reste très attachée à Montréal. Photo : Radio-Canada

Fondée en 1786 à Montréal, Molson est la plus ancienne brasserie toujours en activité au pays. C'est aussi la deuxième entreprise de l'histoire du Canada, après la Compagnie de la Baie d’Hudson. Elle a fusionné avec l'américaine Coors en 2005.

L'horloge caractéristique de Molson, sur le côté de l'immeuble de la rue Notre-Dame Est, fait ainsi partie du paysage depuis belle lurette.

Nous sommes tous incroyablement fiers de notre longue histoire à Montréal [...] Nous allons continuer d’être liés au site originel de la rue Notre-Dame et nous avons indiqué à la Ville de Montréal que nous y maintiendrons une présence en plus de collaborer au redéveloppement du secteur.

La direction de Molson dans un message à ses employés

« Le potentiel de développement économique et social du site actuel de Molson Coors est immense, a souligné Valérie Plante. Qu’il s’agisse de redonner accès au fleuve aux Montréalais et aux Montréalaises, de bâtir un nouveau quartier familial, ou encore de créer un nouveau pôle d’emploi, plus connecté à la réalité économique du Montréal d’aujourd’hui et de demain, le redéveloppement du site de la rue Notre-Dame nous permettra de redonner ce secteur industriel à la population. »

« Pour moi, c'est une occasion en or de redévelopper le Centre-Sud, et je sais – et je sens – que la Molson a le même intérêt, donc on va continuer à travailler ensemble dans les prochains mois », a déclaré la mairesse Plante.

« La famille Molson, c'est des amoureux de Montréal », a rappelé François Lefebvre.

Un musée de la bière pourrait notamment être aménagé dans les installations montréalaises.

Avec des informations de Jean-Sébastien Cloutier

Grand Montréal

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