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À l'école, « on intimide pour être vu »

Entrevue avec Céline Muloin, pdg de la Fondation Tel-jeunes
Radio-Canada

La prévention et la sensibilisation restent les voies privilégiées par les intervenants pour lutter contre l'intimidation, alors que la famille de Simon Dufour, un adolescent de 15 ans qui s'est suicidé jeudi dernier, à Saint-Bruno-de-Montarville, a raconté qu'il s'était fait humilier à son école secondaire, tout en critiquant un manque de suivi par la direction de l'établissement.

Un texte de Diana Gonzalez

Le président de l'Ordre des psychoéducateurs et psychoéducatrices du Québec, Denis Leclerc, estime que l'intervention la plus efficace, dans les cas d'intimidation, est celle qui utilise différentes stratégies qui s'adressent à tous, que ce soit les victimes, les agresseurs ou les témoins.

L'intimidation se fait devant témoin. J'aime bien rajouter qu'elle se fait parce qu'il y a des témoins. [...] On intimide pour se faire une image, un nom, une place, un statut.

Denis Leclerc, président de l'Ordre des psychoéducateurs et psychoéducatrices du Québec

En entrevue à l'émission Le 15-18, Denis Leclerc ajoute que le phénomène de l'intimidation est associé à la « force du groupe plutôt qu'à la force de l'individu ». L'intimidation peut cesser lorsque des témoins cessent de réagir aux propos tenus par l'intimidateur.

Climat de violence dans des écoles

Francis M. Desmarais, de l'organisme Ensemble pour le respect de la diversité, anime des ateliers auprès des jeunes de secondaire 1 et 2 sur la violence en milieu scolaire.

Selon lui, qu'elle soit verbale ou qu'elle s'exprime sur Internet, l'intimidation est une forme de violence, mais qui va être répétée et où il y a une prise de pouvoir sur la personne qui la subit.

C'est rare, les jeunes qui ne sont pas au courant de ce qu'est l'intimidation et qui disent : "Non, nous, on n'en fait pas dans notre école."

Francis M. Desmarais, coordonnateur des programmes et animateur, Ensemble pour le respect de la diversité

M. Desmarais constate que les jeunes utilisent davantage la violence dans le langage, que ce soit par des insultes ou un manque de respect. « Ça se passe beaucoup plus en ligne qu'avant », ajoute-t-il en entrevue à Radio-Canada.ca, en faisant référence à la cyberintimidation.

Lorsqu'il s'agit de violence en ligne, Francis M. Desmarais constate que les jeunes manquent d'empathie, c'est-à-dire la capacité de comprendre ce que ressentent les victimes de violence et de s'identifier à elles. « Ils se permettent de dire n'importe quoi à n'importe qui sur Internet, sans voir les conséquences qu'il peut y avoir à ça », décrit-il.

L'organisme insiste beaucoup sur l'empathie lors des ateliers qu'il donne, que ce soit au primaire ou au secondaire.

Au secondaire, l'organisme utilise notamment une vidéo montrant une jeune qui envoie des photos intimes à son petit ami. Ce dernier les partage par la suite avec d'autres élèves de l'école, ce qui fait que l'adolescente se fait intimider. « On en discute après et, trop souvent, les jeunes mettent cela sur la faute de la fille. [Ils disent :] "Ben oui, c'est à elle de ne pas faire ça" », illustre-t-il, sans remettre en cause les agissements de son petit ami ni des élèves qui font circuler la photo.

Le but de l'atelier est de savoir ce qui peut être fait pour empêcher ces situations. « On essaie de voir les actions qui ont été faites dans l'école pour changer le climat, pour qu'il y en ait moins », souligne M. Desmarais.

L'organisme Ensemble pour le respect de la diversité offrira son atelier sur la violence en milieu scolaire à l'école que fréquentait Simon Dufour. L'activité était déjà prévue avant les événements tragiques de la semaine dernière.

L'école promet une amélioration

Pour sa part, l'École secondaire André-Laurendeau, que fréquentait Simon Dufour à Longueuil, assure qu'elle reverra ses pratiques en matière de lutte contre l'intimidation pour « faire mieux ».

Depuis juin 2012, les écoles québécoises doivent se doter d’un plan de lutte contre l’intimidation, en vertu d'une loi adoptée pour contrer ce phénomène. Ce plan, qui doit faire l’objet d’une révision et d'une évaluation annuelles, permet de déterminer les actions à prendre lorsqu’un cas d’intimidation est rapporté. Il sert aussi à définir les mesures à mettre en place pour la prévenir.

Le Service de police de l’agglomération de Longueuil (SPAL) poursuit son enquête sur la mort de l'adolescent. À ce stade-ci, les enquêteurs ne peuvent pas établir un lien direct de cause à effet entre l'intimidation dont aurait été victime Simon Dufour et sa mort.

L'Association québécoise de prévention du suicide a d'ailleurs lancé un appel à la prudence en ce sens, puisqu'il n'y a pas qu'une cause, mais un ensemble de facteurs derrière ce geste.

Ressource d'aide en prévention du suicide

Si vous avez besoin d'aide pour vous ou pour un de vos proches, contactez le 1-866-APPELLE (277-3553) et votre appel sera acheminé à la ressource de votre région au Québec. Pour le reste du pays, consultez le site de l'Association canadienne pour la prévention du suicide (Nouvelle fenêtre).

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