•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Mort de Simon Dufour : l'école fait un examen de conscience

Nadia Caron, directrice de l’école secondaire André-Laurendeau, convient qu'il faut examiner ses façons de faire quand survient une tragédie comme le suicide de Simon Dufour. Photo: Radio-Canada
Radio-Canada

Montrée du doigt par la famille du jeune Simon Dufour, qui s'est selon toute apparence enlevé la vie jeudi dernier, l'école secondaire André-Laurendeau, dans l'arrondissement de Saint-Hubert, à Longueuil, affirme qu'elle reverra ses pratiques visant à contrer l'intimidation pour « faire mieux ».

« On a des plans pour lutter contre l'intimidation et la violence », a assuré la directrice de l’établissement, Nadia Caron, ajoutant que c'était toutefois « un événement qui nous oblige à revoir nos façons de faire ».

Est-ce qu'on a besoin d'intensifier les interventions qu'on fait, de réajuster notre façon d'intervenir? C'est évident que ça nous pousse à nous poser des questions.

Nadia Caron, directrice de l’école secondaire André-Laurendeau

« C'est un drame qu'on vit. On profite de l'occasion pour offrir nos condoléances à la famille. Toute l'école est en deuil, autant le personnel que les élèves », a souligné Mme Caron.

L’adolescent de 15 ans est mort jeudi dernier à Saint-Bruno-de-Montarville.

La direction de l’école a mis en place différentes mesures de soutien dès qu’elle a été avisée du drame, vendredi. « On le gère au jour le jour », a noté Nadia Caron. Des groupes d’écoute et des psychologues étaient disponibles, et les membres de son personnel ont été orientés vers un programme d’aide aux employés. Le Centre local de services communautaires (CLSC) lui a également porté assistance.

Évoquant une « situation complexe », Mme Caron a refusé de répondre aux questions portant plus précisément sur le traitement qu’aurait subi Simon Dufour ou sur l’enquête policière en cours : « Comme on est sous enquête, présentement, on ne peut pas parler de la situation de Simon précisément. »

Simon DufourSimon Dufour Photo : Photo fournie par la famille

Le ministère de l'Éducation fera un suivi

Toutes les écoles doivent disposer d'un plan de lutte à l’intimidation, avoir pris des mesures concrètes et une équipe en charge de lutter contre cette intimidation, a rappelé lundi le ministre de l’Éducation, du Loisir et du Sport, Sébastien Proulx.

« Il doit y avoir des actions pour dépister, des actions pour soutenir ceux qui sont intimidés, des actions pour agir contre les intimidateurs et il doit aussi y avoir des relations avec les parents en pareille circonstance », a souligné le ministre en entrevue à ICI RDI.

M. Proulx, qui a indiqué ne pas posséder tous les détails entourant cette histoire, a affirmé que s'il y avait des failles dans les plans des établissements, il fallait les corriger. Son ministère s'assurera que les différentes écoles et les commissions scolaires aient mis en place de tels plans, a-t-il assuré.

Le ministre a admis qu'il y avait toujours place à l'amélioration, tout en soulignant qu'il existait désormais de grandes campagnes pour lutter contre l'intimidation, menées avec différents organismes.

Il faut travailler avec tous les intervenants, entendre les jeunes victimes d'intimidation, leurs amis, leurs parents, a martelé M. Proulx, « mais il faut aussi agir auprès de ceux qui intimident, d’abord en leur rappelant dès le départ qu’il y a des conséquences et si on doit les poser ces conséquences, les poser ».

La famille réclame des réponses

« Des gens nous ont confirmé qu'il était victime d'intimidation, qu'il avait tenu des propos suicidaires la veille », a relaté en entrevue, la sœur du jeune homme, Karine Dufour.

Mme Dufour a raconté qu'alors que son frère s'était toujours confié à ses proches au sujet du harcèlement qu'il subissait, il avait cessé de le faire dans les derniers mois et ses notes avaient remonté. « On pensait que c'était terminé, que les gens s'étaient tannés, enfin, de s'acharner sur lui », a-t-elle dit.

On a encore trop peu de réponses. Et j'espère que ça va se régler le plus rapidement possible pour qu'on puisse rapidement tomber en processus de deuil.

Karine Dufour, sœur de Simon Dufour

Pour la famille Dufour, il est clair que l’adolescent a été victime d'intimidation dès le primaire. Il subissait les railleries, les commentaires blessants et le mépris de ses camarades de classe, a-t-elle indiqué, ajoutant que ce harcèlement se serait poursuivi jusqu'au secondaire.

Karine Dufour, la soeur de SimonKarine Dufour, la soeur de Simon Photo : Radio-Canada

« Ils se mettaient 7-8-9-10 [jeunes]... Ils le traitaient de noms... Ça en était rendu un jeu... », a raconté samedi Martin Dufour, le père de Simon.

Simon n'en pouvait plus et c'est ce qui l'aurait amené à commettre l'irréparable, selon ses proches, qui croient que l’école ne lui a pas fourni toute l’aide nécessaire.

La famille soutient avoir contacté à plus d'une reprise l'école André-Lanrendeau, qui lui disait avoir un code de conduite et s’occuper de la situation. « C'était très vague » et l'école n'a « jamais fait de suivi », a déploré Karine Dufour.

Sans directement blâmer l'établissement pour la mort de Simon, la famille considère que celui-ci a failli à ses responsabilités.

Les Dufour ont souligné lundi matin que la direction de l'école ne les avait alors toujours pas contactés, ne serait-ce que pour leur offrir ses condoléances.

M. Dufour demande d'autre part un plan québécois pour contrer l'intimidation qui « serait appliqué à la lettre dans toutes les écoles de la province ».

Selon lui, il est temps que les intimidateurs soient tenus responsables de leurs actions.

Une voiture aux couleurs du du Service de police de l’agglomération de Longueuil passe devant l'école secondaire André-Laurendeau.Des voitures de police patrouillent autour de l'école secondaire André-Laurendeau. Photo : Radio-Canada / Charles Contant

L'enquête se poursuit

Les enquêteurs du Service de police de l’agglomération de Longueuil (SPAL) poursuivent par ailleurs leur travail. À ce stade-ci, ils ne sont pas prêts à établir un lien direct de cause à effet entre l'intimidation dont aurait été victime Simon Dufour et sa mort.

Le SPAL avait déjà souligné que si un tel fait se confirmait, les personnes qui auraient pris l'adolescent pour cible pourraient être traduites en justice.

« Ce n'est pas nécessaire que ce soit de la violence physique pour pouvoir porter des accusations criminelles », avait précisé dimanche la porte-parole du SPAL, l'agente Claudine Després.

Les policiers, qui avaient offert du soutien à la direction de l’école dès vendredi, étaient encore visibles lundi : au moins deux voitures de patrouille circulaient dans le secteur.

L'agente Després a indiqué lundi que les enquêteurs s'affairaient à recueillir des témoignages et des indices pour faire la lumière sur le triste événement.

Avec des informations de Caroline Belley

Ressource d'aide en prévention du suicide

Si vous avez besoin d'aide pour vous ou pour un de vos proches, contactez le 1-866-APPELLE (277-3553) et votre appel sera acheminé à la ressource de votre région au Québec. Dans le reste du pays, consultez le site de l'Association canadienne pour la prévention du suicide (Nouvelle fenêtre).

Avec les informations de La Presse canadienne

Grand Montréal

Suicide