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La CAQ, la natalité et la quadrature du cercle

Le chef de la Coalition avenir Québec François Legault, à la clôture du conseil général du parti le 26 novembre 2017
Le chef de la Coalition avenir Québec François Legault, à la clôture du conseil général du parti le 26 novembre 2017 Photo: Radio-Canada
Radio-Canada

« La CAQ est la seule formation à offrir la croissance économique et la préservation de notre identité. Avec la CAQ nous n'aurons pas à choisir entre l'un ou l'autre ». C'est ce que déclarait le président du parti, Stéphane Le Bouyonnec, lors du conseil général de son parti ce week-end.

Une analyse de Michel C. Auger, animateur de Midi info

Bref, avec les autres partis, il faudrait faire un choix entre la croissance et notre identité. La Coalition avenir Québec, elle, aurait trouvé la quadrature du cercle.

La faible croissance démographique plombe l’économie québécoise, a soutenu M. Le Bouyonnec. Peu de gens seront en désaccord avec lui.

En fait, c’est beaucoup plus grave que cela. Il y a actuellement de sérieuses pénuries de main-d’œuvre dans presque toutes les régions du Québec. Selon les études que l’on veut retenir, il y aurait actuellement quelque part entre 78 000 et 147 000 emplois disponibles et non comblés.

Alors, comment augmenter la population du Québec? Il n’y a que deux moyens, reconnaissait M. Le Bouyonnec : la natalité et l’immigration. Et la CAQ a trouvé la solution : il suffit de faire des enfants.

Pas surprenant, puisque depuis plus d’un an, la CAQ a fait son lit sur la question de l’immigration. Pas question d’augmenter le nombre de nouveaux arrivants, on va plutôt le diminuer de 10 000 par an – soit environ 40 000 admissions – pour mieux les intégrer. Soit dit en passant, le Parti québécois aussi propose de réduire le seuil actuel de 50 000.

Mais ce nombre de 50 000 immigrants admis annuellement n’est pas fortuit. Il est généralement considéré comme étant requis pour que le nombre de gens en âge de travailler ne diminue pas.

Selon le chef de la CAQ François Legault, l’immigration n’est tout simplement pas la solution aux pénuries de main-d’œuvre. Il croit qu’il faut tout simplement faire plus d’enfants. La CAQ offrira donc une aide aux familles qui veulent en faire plus. On ne veut pas parler de « bébé bonus », ce qui ressemblerait à la politique du deuxième gouvernement de Robert Bourassa, une mesure en vigueur entre 1988 et 2000.

Le seul problème, c’est que, historiquement, tous ces programmes d’incitation à la natalité n’ont pas eu beaucoup d’effet. Le Québec est sous le seuil de remplacement des générations (soit un taux de fécondité de 2,1 enfants par femme en moyenne) depuis 1970 et les divers programmes natalistes qui ont été essayés n’ont jamais permis de progrès durables.

En 2015, le dernier relevé disponible, le taux de fécondité était de 1,6 enfant par femme, en baisse pour la sixième année de suite. On a déjà atteint 1,7 enfant par femme, en 2008 et 2009, à une époque où il n’y avait pas de « bébé bonus. Mais ça n’a pas duré.

Un effet, mais dans 20 ans!

Même si les programmes natalistes devaient avoir un effet, celui-ci ne se fera sentir que dans une vingtaine d’années, quand les bébés des prochaines années arriveront sur le marché du travail. En attendant, les pénuries de main-d’œuvre vont s’aggraver au Québec, avec toutes ses conséquences. Bien simplement, on n’investira pas là où on ne pourra pas trouver de travailleurs qualifiés.

Ce qui nous ramène à la proposition de François Legault de réduire les seuils d’immigration de quelque 50 000 nouveaux arrivants pour les établir à 40 000 par année. Officiellement, c’est pour mieux les intégrer, sauf qu’il ne propose aucune nouvelle ressource pour assurer cette intégration. Il ne propose que de baisser le nombre d’immigrants. Une solution qui, dans les circonstances actuelles, est peut-être populaire, mais ne saurait constituer une solution ni à court ni à long terme.

Ce qui nous en dit plus sur les intentions réelles de la CAQ, c’est quand le président du parti a mis en opposition la croissance économique et la préservation de l’identité québécoise. Comme si une politique nataliste qui ne donnerait des effets tangibles que dans une génération permettait, dès aujourd’hui, de se passer de l’apport que constitue l’immigration.

En fait, le but de l’opération est clair. On voudrait aller chercher le vote des jeunes familles avec une politique nataliste, et le vote identitaire en baissant le nombre d’immigrants.

Quand on essaie de faire un lien entre les deux, on voit que c’est une autre politique improvisée de la CAQ, sans que l’ensemble donne un programme de gouvernement qui peut être cohérent.

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