•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

La main-d'oeuvre est rare, et encore plus au salaire minimum

Il est de plus en plus difficile pour les employeurs de recruter et de retenir de la main d'oeuvre, particulièrement dans le secteur du service à la clientèle.
Il est de plus en plus difficile pour les employeurs de recruter et de retenir de la main d'oeuvre, particulièrement dans le secteur du service à la clientèle. Photo: iStock
Radio-Canada

Progression de l'emploi, baisse du taux de chômage : les indicateurs économiques ont rarement été aussi bons dans la grande région de Montréal depuis plusieurs années. Mais toute médaille a son revers : de nombreux employeurs peinent à embaucher des employés en raison de la rareté de la main-d'œuvre, notamment dans les secteurs de l'alimentation et du commerce de détail.

Un texte d'Olivier Bachand

Au supermarché IGA du Complexe Desjardins, au centre-ville de Montréal, ce ne sont pas les clients qui manquent, mais plutôt les employés.

Caissières, emballeurs, commis... le copropriétaire du supermarché, Bruno Ménard, embaucherait une quinzaine de personnes supplémentaires immédiatement s'il le pouvait.

Or, les candidats sont plutôt rares ces temps-ci, ce qui a des répercussions sur le fonctionnement de son commerce. « On n'est pas capables d'offrir le service à la clientèle qu'on veut offrir, qu'on doit offrir à notre clientèle. Ça fait en sorte qu'on a des gens exténués, des gens qui font beaucoup plus d'heures. »

Dans un contexte de rareté de main-d’œuvre, il est difficile d'attirer des candidats pour des emplois au salaire minimum. Une fois embauchés, encore faut-il les retenir.

« Lorsqu'une partie de l'horaire ne fait plus leur affaire, lorsqu'ils peuvent avoir 25 cents de plus de l'autre côté de la rue, ils hésitent moins que par le passé à changer complètement leur milieu de travail », explique le PDG de l'Association des détaillants en alimentation du Québec (ADA), Pierre-Alexandre Blouin.

Trouver des solutions

Selon l'ADA, de nombreux propriétaires d'épiceries de la province peinent actuellement à recruter du personnel. Si la situation perdure, l'industrie devra trouver des solutions de rechange, comme l'automatisation. Les caisses libre-service pourraient ainsi devenir de plus en plus communes.

Pierre-Alexandre Blouin confie également que certains épiciers songent à réclamer le droit d'embaucher des travailleurs étrangers temporaires, comme c'est actuellement le cas dans le secteur de l'agriculture.

Pour sa part, Bruno Ménard estime que les heures d'ouverture des supermarchés pourraient aussi être réduites. « Revoir, optimiser les heures d'ouverture, va permettre au marchand d'optimiser ses propres coûts et d'offrir aux employés une meilleure qualité de vie », estime-t-il.

Mais il ne veut pas agir seul, de peur d'être désavantagé par rapport aux autres épiceries. Selon lui, le gouvernement du Québec devrait songer à légiférer pour réduire les heures d'ouverture de l'ensemble des commerçants qui offrent des produits alimentaires, pour que tous se retrouvent sur un pied d'égalité.

Ne serait-il pas possible de hausser la rémunération des employés, pour attirer davantage de candidats? Impossible, selon Bruno Ménard et Pierre-Alexandre Blouin. Ils font tous deux valoir que les marges de profit sont trop faibles dans le secteur de l'alimentation pour accorder des hausses de salaire substantielles.

Plusieurs secteurs touchés

Début 2016, 9900 postes étaient vacants dans le secteur de la vente et des services dans les régions de Montréal, de Laval, des Laurentides, de Lanaudière et de la Montérégie. Au milieu de cette année, ce nombre a bondi à 17 500, une hausse de 75 %.

Outre l'alimentation, les secteurs de la restauration et du commerce de détail sont aussi touchés.

À la rôtisserie St-Hubert de Côte-des-Neiges, 10 postes sont à combler dans la cuisine, au service et à la livraison.

« Si tu n'en as pas de bras de plus, tu n'en as pas. On ne peut pas les inventer non plus. On essaie de faire du mieux qu'on peut avec ce qu'on a. Je ne pense pas qu'on affecte le service, peut-être qu'on le ralentit légèrement », explique la directrice générale de l'établissement, Marie-Pier Rousseau.

La majorité des employés de la succursale sont des étudiants, poursuit-elle, et ils sont de plus en plus nombreux à vouloir réduire leurs heures de travail. « Beaucoup d'étudiants étaient capables de faire du 20 heures semaine, maintenant on tourne plus autour du 10 heures semaine. Ça fait en sorte qu'on a besoin de deux employés pour combler un même poste. »

Nouvelles stratégies de recrutement

Avec un grand nombre d'emplois offerts sur le marché en ce moment, les candidats peuvent se permettre d'être plus sélectifs. Les commerçants doivent donc redoubler d'ardeur pour les recruter.

Début novembre, St-Hubert a décidé de tenir la toute première journée portes ouvertes de son histoire pour recruter des employés.

Chez Lowe's Canada, propriétaires des quincailleries Rona et Réno-Dépôt, on manifeste plus d'intérêt qu'auparavant pour les chercheurs d'emploi qui viennent déposer leur curriculum vitae.

« Quand un candidat se présente en magasin avec un CV et est clairement en recherche active d'emploi, il faut saisir l'occasion alors qu'il prend la peine de venir nous voir et de nous rencontrer », explique la vice-présidente aux ressources humaines, Julie Bélanger.

On essaie donc de faire passer des entrevues d'emploi sur-le-champ, avant que le candidat aille travailler de l'autre côté de la rue.

Économie