•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Un an après l'adhésion à l’OIF : un premier bilan pour l’Ontario

Drapeau franco-ontarien

Drapeau franco-ontarien (archives)

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Le 26 novembre 2016, l'Ontario est devenu membre observateur à l'Organisation internationale de la francophonie (OIF). Un an plus tard, si le gouvernement et l'Organisation jugent l'expérience très positive, d'autres sont plus partagés ou dénoncent un manque de résultats concrets.

Un texte de Sophie Hautcoeur

« Comme je dis toujours aux gens, on est encore le petit bébé, on vient de se joindre », a affirmé la ministre des Affaires francophones de l'Ontario devant les médias jeudi avant de s'envoler pour Paris où se déroule en fin de semaine la conférence ministérielle de la Francophonie.

En entrevue samedi matin à l'émission Grands Lacs café, elle a précisé ce que représente la présence de l'Ontario à l'OIF : « Pour nous c'est à plusieurs niveaux, dont l'économie, c'est certain, mais en plus au niveau de l'éducation, notre culture, au niveau du soutien pour l'immigration. Je crois qu'à long terme nous allons pouvoir voir l'apport que notre statut d'observateur peut faire à nous tous ».

La ministre des Affaires francophones Marie-France Lalonde à Queen's Park

La ministre des Affaires autochtones Marie-France Lalonde

Photo : Radio-Canada

Un pari à long terme donc pour la ministre libérale, alors que d'autres auraient espéré voir davantage de résultats concrets dès la première année, comme la porte-parole en matière d'affaires francophones du Nouveau Parti démocratique, France Gélinas.

J'avais de beaux espoirs. C'est important que l'Ontario soit représenté à l'OIF, et je suis encore contente qu'on soit là, mais j'aimerais également que ça paie des dividendes pour les gens de l'Ontario.

France Gélinas, députée de Nickel Belt et porte-parole du NPD en matière d'affaires francophones

« Je m’attendais à plus et on doit faire mieux que ça », a-t-elle affirmé en entrevue, précisant qu'il s'était déjà fait du travail en amont de l'adhésion de l'Ontario à l'OIF, notamment au sein de l'Association parlementaire de la Francophonie.

« Il y a des liens qui existent. Il y avait déjà des portes ouvertes et des chemins de tracés envers les grandes priorités de l’Ontario. [...] On n’a pas capitalisé sur ça. [...] Ça aurait été facilement possible dès la première réunion à Antananarivo, à Madagascar. Déjà là, il y avait d’autres participants qui étaient prêts à travailler avec l’Ontario », a-t-elle ajouté.

Le président de l'Assemblée de la francophonie de l’Ontario, Carol Jolin

Le président de l'Assemblée de la francophonie de l’Ontario, Carol Jolin

Photo : Radio-Canada

Pour l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario (AFO), cette première année a déjà donné de belles occasions de réseautage à l'international.

Son président, Carol Jolin, cite en exemple le fait que l'Ontario a envoyé une délégation de six femmes leaders à la Conférence des femmes de la Francophonie à Bucarest, en Roumanie, au début du mois.

Ça a été « une chance d'augmenter encore la visibilité de l’Ontario », selon lui. Une visibilité qui pourrait, espère-t-il, attirer des immigrants francophones dans la province.

Immigration francophone

En 2012, l'Ontario s'est donné un objectif de 5 % d'immigrants francophones, mais il en est encore loin.

Selon Carol Jolin, il est important de s'efforcer d'atteindre cet objectif en immigration et même de le dépasser.

« Il y a de la promotion qui est faite auprès des [autres pays de l’OIF] pour faire connaître les possibilités du côté de l’immigration en Ontario français, et notamment les services qui sont offerts dans nos universités bilingues et notre université francophone à Hearst, pour amener des étudiants internationaux et à la longue développer une stratégie pour pouvoir peut-être les garder chez nous au pays et qu’ils puissent travailler et être capables d’offrir des services en français. »

Le Livre blanc sur l'immigration francophone en Ontario.

Le Livre blanc sur l'immigration francophone en Ontario.

Photo : Radio-Canada / Laurie Trudel

Vendredi, une entente a été signée entre l'Ontario et le gouvernement fédéral en matière d'immigration avec un volet francophone qui sera ajouté au mois de mars prochain.

Marie-France Lalonde a rappelé que cet accord a une composante promotionnelle baptisée Destination Ontario qui ciblera l'Algérie et le Maroc, deux pays membres de l'OIF.

Mais là encore, France Gélinas parle d'occasions manquées.

Le gouvernement s'est donné un but de 5 % [...] mais ne s'est donné aucune échéance et aucun moyen d’y parvenir, bien qu’à l’OIF il y aurait eu de belles possibilités de faire avancer ce dossier-là.

France Gélinas, députée de Nickel Belt et porte-parole du NPD en matière d'affaires francophones

« La plupart des pays participants ne savent pas encore que l’Ontario existe, donc c’est timide », a-t-elle ajouté.

Économie

En juin dernier, la Société économique de l'Ontario (anciennement RDÉE Ontario) a été le premier organisme francophone de l'Ontario à signer une entente de coopération pour l’économie verte et le développement durable avec un organisme de l'OIF, l'Institut de la Francophonie pour le développement durable (IFDD).

Comme observateur, il y a beaucoup de choses concrètes qu’on a faites, mais aussi de perspectives, de possibilités. J’étais aussi fière de voir le partenariat qui avait été fait avec la Société économique de l’Ontario [...] pour commencer cette exploration-là.

Marie-France Lalonde, ministre des Affaires francophones

Carol Jolin a renchéri en disant que les retombées de cet accord commencent à se faire sentir et que d'autres sont en négociation.

L'OIF salue d'ailleurs l'apport de l'Ontario en matière économique. La province a notamment versé une contribution volontaire de 300 000 $ à l'Organisation, destinée à l'éducation et à la promotion de l'égalité femme-homme.

Et selon Bertin Leblanc, porte-parole de la secrétaire générale de l'Organisation, Michaëlle Jean, la province a aussi partagé son approche concrète et son savoir-faire au niveau économique.

« Ce qui nous réjouit, parce l'Organisation a pris un virage économique en 2014 après le sommet de Dakar, et donc l’apport de l’Ontario à ce chapitre est extrêmement intéressant », a-t-il expliqué.

La secrétaire générale de l'OIF Michaëlle Jean répond aux questions d'Emmanuelle Latraverse.

La secrétaire générale de l'OIF Michaëlle Jean

Photo : Radio-Canada

Carol Jolin croit par ailleurs qu'il est important pour l'Ontario français d'être présent sur la scène internationale. Cette visibilité et les possibilités de réseautage à l'OIF pourraient, selon lui, permettre de donner « un bon coup de pouce à nos gens d'affaires francophones ».

Un ministère que de nom?

Si l'OIF s'est réjoui de la création d'un ministère des Affaires francophones l'été dernier, l'AFO ne cache pas sa déception à ce sujet.

« C'est important que le nouveau ministère reçoive des ressources pour être capable de faire face à son mandat, parce que jusqu'ici il y a seulement le nom qui a changé », a affirmé Carol Jolin.

Un mandat qui inclut le travail avec l'OIF, a-t-il ajouté.

Les responsabilités qui vont avec l’adhésion à l’OIF sont importantes; alors, il va falloir qu’il y ait un investissement majeur pour amener des ressources humaines au sein du ministère.

Carol Jolin, président de l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario

Devenir membre permanent

Si la porte de l'OIF est ouverte, Bertin Leblanc a rappelé que l'Ontario est entré dans « un processus classique au sein de l'Organisation », en commençant par être observateur pour éventuellement devenir un membre permanent. « Nous, on le souhaite, a-t-il dit. [...] On espère que cette étape sera franchie, mais au rythme désiré par l'Ontario et les Ontariens. »

Pour le président de l'AFO, il est important de mesurer d'abord l'impact du statut d'observateur à l'OIF; « et dans quelques années, on pourra se pencher sur ça ».

« Je veux qu'on en ait pour notre argent », a insisté la députée néo-démocrate de Nickel Belt.

France Gélinas dans un couloir de l'Assemblée législative ontarienne

La député néo-démocrate et porte-parole en matières d'Affaires francophones, France Gélinas.

Photo : Radio-Canada

Quoi qu'il en soit, le travail et la présence de l'Ontario à l'OIF sont examinés par d'autres communautés canadiennes, selon Bertin Leblanc.

D'autres provinces, qu'il ne peut pas encore nommer, ont manifesté un certain intérêt après la dernière tournée pancanadienne de Michaëlle Jean.

« Je pense que l’Ontario est observé par les autres provinces avec beaucoup d’intérêt, parce que l’espace francophone [...] on se rend compte que c’est un trait d’union formidable pour faire des affaires, créer des liens et nouer des partenariats. L'Afrique l'est déjà, mais sera une zone de croissance extrêmement importante », a-t-il indiqué.

Francophonie

Politique