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La centralisation des artefacts de Parcs Canada sème l'inquiétude

Trois personnes à genoux en train de faire des fouilles archéologiques

Site de fouille dans le parc national de l'Archipel-de-Mingan

Photo : Jean-Christophe Ouellet

Radio-Canada

Parcs Canada a fait connaître l'an passé son intention de transférer tous ses artefacts archéologiques et historiques dans un nouveau centre de conservation à Ottawa-Gatineau. Les artefacts recueillis dans les sites archéologiques du parc marin du Saguenay-Saint-Laurent et du parc national de l'Archipel-de-Mingan n'y feront pas exception.

Un texte de Émile Duchesne

Les artefacts recueillis dans les parcs de la Côte-Nord témoignent de l’histoire récente de la région, mais aussi de l’occupation autochtone du territoire avant l’arrivée des Européens en Amérique.

Selon la conservatrice à la retraite Lise Cyr, le transfert des collections va compliquer la tâche des chercheurs qui devront se déplacer plus loin pour consulter et analyser les artefacts.

C’est beaucoup de coûts, mais c’est aussi un obstacle supplémentaire à la connaissance et à l’approfondissement de la connaissance historique de ces objets-là.

Lise Cyr, conservatrice retraitée

L'ancienne employée de Parcs Canada estime aussi que les objets perdront une valeur significative en étant rapatriés dans un centre de conservation centralisé.

Le déménagement de ces artefacts-là leur fait perdre énormément de valeur significative puisqu’ils seront sortis de leur contexte, complètement de leur lieu d’utilisation.

Lise Cyr, conservatrice retraitée
Une femme innue tient un éclat de pierre dans ses mains.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Découverte d’un grattoir en pierre taillée au site paléohistorique 78G de l’île du Havre (réserve de parc national de l’Archipel-de-Mingan). Sur la photo Priscille Mestokosho

Photo : Jean-Christophe Ouellet

Le chef d'Ekuanitshit est déçu

Le chef de la communauté innue d'Ekuanitshit, Jean-Charles Piétacho, se dit amèrement déçu de la décision de Parcs Canada. Un grand nombre d'artefacts archéologiques qui témoignent de l'histoire de la communauté ont été découverts dans le parc national de l'Archipel-de-Mingan.

Ça nous fait de quoi de voir ça, c’est comme si on ramenait nos ancêtres ailleurs. C’est une perte.

Jean-Charles Piétacho, chef de la communauté innue d'Ekuanitshit

Selon le chef d'Ekuanitshit, les artefacts auraient pu servir pour l'éducation des jeunes de la communauté et des gens de la région : « On parle beaucoup de réconciliation de se reconnecter avec la région et ça, ça aurait pu faire partie d’une mission d’éducation populaire ».

Le chef de la communauté innue de Mingan, Jean-Charles PiétachoAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le chef de la communauté innue de Mingan, Jean-Charles piétacho

Photo : Radio-Canada

Jean-Charles Piétacho aurait voulu que les artéfacts soient conservés dans la nouvelle maison de la culture innue d’Ekuanitshit, mais cette dernière ne dispose pas des installations nécessaires à la préservation de ces artefacts. Le chef a indiqué que des démarches seront entreprises pour rapatrier les artefacts à la maison de la culture innue.

On rêve que toute l’histoire revienne près de la communauté d’Ekuanitshit. C’est mon souhait le plus cher.

Jean-Charles Piétacho, chef de la communauté innue d'Ekuanitshit

Une position consensuelle chez les archéologues

Dans le milieu de l'archéologie, le rapatriement des artefacts archéologiques dans les communautés autochtones est une position consensuelle selon le professeur d'archéologie de l'Université de Montréal, Adrian Burke.

Une jeune innue en train de fouiller un carré de terre.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Fouilles archéologiques sur le site paléohistorique 62G de l’île Nue de Mingan (réserve du parc national de l’Archipel-de-Mingan). Sur la photo Lydia Mestokosho-Paradis

Photo : Luc Leclerc

L'archéologue Jean-Christophe Ouellet, qui travaille depuis plusieurs années avec la communauté d’Ekuanitshit, abonde dans le même sens. Selon lui, les peuples autochtones ont un droit de contrôle et de gestion sur leur patrimoine culturel.

On sent qu’il y a une volonté de rapatrier, mais aussi d’avoir un rôle à jouer dans la gestion des collections. Ça, ça ne sort pas de nulle part, c’est une volonté qui est là depuis longtemps

Jean-Christophe Ouellet, archéologue

Le transfert des collections devrait avoir lieu en 2020 selon Parcs Canada.

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