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Des défis colossaux attendent le nouveau président du Zimbabwe

Le récit de Frédéric Nicoloff
Radio-Canada

Le nouveau président du Zimbabwe, Emmerson Mnangagwa, a promis de s'attaquer à la pauvreté et à la corruption lors de son discours d'assermentation prononcé devant des milliers de personnes, au stade de Harare. Héritier de près de 40 ans de dictature économique et politique, le nouveau président aura des défis colossaux à relever pour rendre à son pays la prospérité d'autrefois.

Emmerson Mnangagwa, qui succède à Robert Mugabe, destitué au terme d'un règne de 37 ans, hérite d’une économie exsangue, où le chômage touche plus de 90 % de la population, et d’infrastructures en décrépitude.

Nous allons créer des emplois pour notre jeunesse et réduire la pauvreté pour toute la population. Les actes de corruption doivent cesser sur-le-champ.

Emmerson Mnangagwa, président du Zimbabwe

Le nouveau président a également invité les investisseurs étrangers à revenir au pays et promis la tenue, comme prévu, d'élections démocratiques l'année prochaine.

Il a aussi annoncé son intention d’indemniser les centaines de fermiers blancs qui avaient été dépossédés de leurs terres et violemment expulsés de leurs propriétés lors de la réforme agraire de Robert Mugabe, au début des années 2000.

Néanmoins, en dépit de la bonne foi qu'il exprime, le nouveau président du Zimbabwe aura fort à faire pour remettre son pays sur la voie de la prospérité et du droit.

Rétablir une monnaie nationale

Selon le bureau économique de la BBC, établi à Johannesburg, en Afrique du Sud, l’un des problèmes les plus urgents que devra affronter le gouvernement Mnangagwa est le rétablissement d’une monnaie nationale dotée d’une valeur assez forte pour être viable.

L’inflation galopante qui frappe le pays depuis le début des années 2000 a littéralement tué le vieux dollar zimbabwéen, qui a finalement disparu en 2009 au profit du dollar américain et du rand sud-africain.

La valeur de la monnaie zimbabwéenne était si faible que la banque du pays devait imprimer en 2008 des billets de 100 000 milliards de dollars pour permettre à la population de payer des biens courants.

Un homme tient un billet de 100 000 milliards de dollars zimbabwéens.Un homme tient un billet de 100 000 milliards de dollars zimbabwéens. Photo : Reuters / Philimon Bulawayo

Trouver des investisseurs étrangers

Pour parvenir à ravoir une devise forte et une économie viable, le nouveau gouvernement devra créer de la richesse, de l’emploi et surtout obtenir des liquidités en vue de relancer son économie qui était autrefois prospère, faut-il le préciser.

Outre le Fonds monétaire international, qui se montre jusqu'ici réticent à prêter de l’argent au Zimbabwe, la Chine pourrait être le bailleur de fonds le plus susceptible d’aider le pays.

Les Chinois, qui investissent massivement dans les ressources naturelles africaines, sont en effet déjà présents au Zimbabwe.

Reconstruire l'économie agricole

Surnommé autrefois le « grenier de l’Afrique » en raison de sa puissante production agricole et de ses ressources minières abondantes, le Zimbabwe s’est effondré économiquement à la fin des années 1990 en raison de la gestion désastreuse du président Mugabe et, surtout, de l’expulsion hors du pays de tous les producteurs agricoles blancs, au début des années 2000.

Avant la réforme agraire de 2000, l’agriculture était le premier employeur du pays et 60 % des activités industrielles étaient liées au secteur. Aujourd'hui, les terres distribuées aux proches du régime sont majoritairement en friche. Leurs nouveaux propriétaires les ont laissées à l’abandon soit par désintérêt, soit parce qu’ils n’avaient pas le savoir-faire requis, soit parce qu’ils n’avaient pas les fonds ou les moyens pour les exploiter.

Dans les dernières années du régime Mugabe, conscient du désastre, le gouvernement zimbabwéen a d’ailleurs encouragé les fermiers blancs ayant quitté le pays à y revenir et à investir.

Un fermier zimbabwéen réinstallé sur des terres confisquées aux Blancs récolte du maïs.Un fermier zimbabwéen réinstallé sur des terres confisquées aux Blancs récolte du maïs. Photo : Reuters / Philimon Bulawayo

Mettre fin aux politiques économiques toxiques

Dans la mesure où le régime obtiendrait des fonds de l’étranger, précise le bureau économique de la BBC, il devrait abandonner les politiques qui exigent que 51 % des entreprises du pays soient placées entre les mains de dirigeants zimbabwéens noirs.

Une politique qui, après l’expulsion des fermiers blancs, a fait littéralement fuir les investisseurs étrangers.

Même certaines entreprises chinoises ont été forcées de fermer leurs exploitations au Zimbabwe, ces dernières années, en raison des politiques élaborées par Robert Mugabe en 2007.

De nombreux observateurs affirment que ces politiques aux relents d’idéologie anticolonialiste constitueraient une sorte de revanche. Selon Denis Norman, l’un des deux ministres blancs que Robert Mugabe a nommés lors de l’indépendance du Zimbabwe, en 1980, le dirigeant estimait que les électeurs blancs lui avaient porté des coups injustement, en ne le soutenant pas, alors qu’il avait, selon lui, été très généreux avec eux lors de ses premiers mandats.

Investir dans les infrastructures et les services sociaux

Quant aux infrastructures sociales, elles sont à reconstruire à la grandeur du pays.

Une femme étend son linge dans un faugourg de Harare.Une femme étend son linge dans un faubourg de Harare. Photo : Reuters / Siphiwe Sibeko

Occupant le 161e rang sur 194 États en ce qui concerne le développement humain, le Zimbabwe est un pays à genou où l’espérance de vie est de 58 ans et où le taux de mortalité infantile atteint près de 26 %, selon les données de l’ONU.

La criminalité y est aussi très élevée, sans compter la corruption endémique qui plombe l'économie. Une corruption dont Emmerson Mnangagwa était lui-même l'un des principaux bénéficiaires lorsqu'il était ministre, d'après la BBC.

« Le crocodile »

Surnommé « le crocodile » en raison de son caractère inflexible, Emmerson Mnangagwa était un fidèle de l'ancien président Mugabe, dont il approuvait et défendait les méthodes.

Héros de la guerre d'indépendance et plusieurs fois ministre, il a été étroitement associé pendant des décennies aux politiques répressives et aux excès du président Robert Mugabe, dont il exécutait les basses besognes.

Néanmoins accueilli comme un libérateur par le peuple, Emmerson Mnangagwa doit assurer la présidence du pays jusqu’à la tenue des prochaines élections présidentielles, qui auront lieu au plus tard en septembre 2018.

Des sympathisants du futur président du Zimbabwe, Emmerson Mnangagwa, surnommé le crocodileDes sympathisants du futur président du Zimbabwe, Emmerson Mnangagwa, surnommé « le crocodile ». Photo : Reuters / Mike Hutchings

Ancien ministre de la Défense et des Services de renseignement du gouvernement Mugabe, Emmerson Mnangagwa, 75 ans, a été désigné chef de l'État par le parti au pouvoir, la Zanu-PF, après la démission de Robert Mugabe, mardi, sous la pression du peuple et de l’armée.

Destitué de ses fonctions de vice-président au début du mois de novembre à la demande de Grace Mugabe, qui visait elle-même la présidence, Emmerson Mnangagwa était le candidat favori de l’armée pour succéder au président Mugabe, âgé de 93 ans.

Les deux hommes sont côte à côte, souriantsEmmerson Mnangagwa en compagnie du président déchu Robert Mugabe alors qu’il était son vice-président, en février 2016. Photo : Reuters / Philimon Bulawayo

Robert Mugabe souhaitait nommer sa femme, Grace, 57 ans, à la tête de l’État, mais l'armée, anticipant la manoeuvre, a pris le contrôle des institutions du pays et assigné le président Mugabe à résidence, dans la nuit du 14 au 15 novembre dernier.

Se défendant de conduire un coup d’État, les miliaires affirmaient vouloir chasser les « criminels » qui agissaient dans l’entourage du président Mugabe.

Ce dernier a d’abord refusé catégoriquement de quitter le pouvoir avant de plier, une semaine plus tard, pressé de toutes parts.

Avec les informations de Agence France-Presse, Reuters, BBC, et RFI Afrique

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