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Justin Trudeau offre des excuses aux pensionnaires autochtones de Terre-Neuve-et-Labrador

Le premier ministre en conférence.
Justin Trudeau est au Labrador pour des excuses officielles. Photo: Radio-Canada
Radio-Canada

Le premier ministre a présenté les excuses tant attendues par de nombreux anciens élèves des pensionnats autochtones de Terre-Neuve-et-Labrador. Ceux-ci ont fait l'objet d'un règlement avec le gouvernement fédéral l'an dernier et réclamaient que le premier ministre reconnaisse officiellement les torts qu'ils ont subits alors qu'ils étaient enfants sous la tutelle du gouvernement.

Un texte d’Elisa Serret

Le premier ministre a indiqué durant une cérémonie à Happy Valley Goose-Bay, au Labrador, que ces excuses auraient dû être formulées il y a longtemps.

« Aux pensionnaires humiliés par ces abus, cette négligence, ces épreuves, par la discrimination des gens, des institutions et du système à qui ils avaient été confiés, nous vous demandons pardon pour le mal qui vous a été fait », a dit Justin Trudeau.

Une dame tient un document des excuses officielles de Justin Trudeau. Des centaines de personnes étaient présentes pour les excuses officielles de Justin Trudeau aux autochtones des Terre-Neuve-et-Labrador. Photo : Radio-Canada / Elisa Serret

« À tous les enfants innus, inuits et du NunatuKavut de Terre-Neuve-et-Labrador qui ont subi de la discrimination, des mauvais traitements, des abus et de la négligence dans les pensionnats : nous sommes désolés. Même si ces excuses longuement attendues n'effaceront pas le mal qui a été fait, nous les présentons pour montrer qu'en tant que gouvernement et en tant que pays, nous acceptons la responsabilité de nos erreurs. Nous partageons l'espoir de tirer des leçons de notre passé et de continuer d'aller de l'avant vers la réconciliation et la guérison. Nous avons le pouvoir d'être meilleurs et de faire mieux, » a affirmé le premier ministre du Canada debout devant une audience de centaines de personnes.

Ces excuses interviennent après le dépôt du Rapport final de la Commission de vérité et réconciliation, qui demande au gouvernement fédéral de « travailler en collaboration avec les demandeurs qui ne sont pas visés par la Convention de règlement relative aux pensionnats indiens ».

Un ancien élève accepte les excuses

Toby ObedToby Obed, un survivant des pensionnats Photo : The Canadian Press / Andrew Vaughan

Toby Oded, un ancien élève inuit des pensionnats autochtones de Terre-Neuve-et-Labrador qui a joué un rôle instrumental dans le recours collectif, a accepté les excuses du premier ministre à la suite du discours.

Il a indiqué que c'est une excuse qui s'est fait attendre trop longtemps, en ajoutant qu'il est de bon goût d'accepter cette excuse du gouvernement du Canada.

La Nation innue insatisfaite

De nombreux anciens élèves des pensionnats autochtones sur la scèneLe premier ministre a présenté les excuses tant attendues par de nombreux anciens élèves des pensionnats autochtones de Terre-Neuve-et-Labrador Photo : Radio-Canada / Geoff Bartlett

Le grand chef de la Nation Innu, Gregory Rich, a indiqué que les aînés n'acceptaient pas les excuses du gouvernement fédéral puisqu'elles ne tiennent pas compte des autres torts subis par son peuple, notamment à l'orphelinat Mount Cashel et aussi sous le système provincial de protection à l'enfance.

Son organisme n'a pas été invité à participer à la cérémonie d'excuses bien que certains membres sont d'anciens pensionnaires autochtones de la province.

Le gouvernement provincial se prépare quant à lui à mener sa propre enquête sur les traitements réservés aux autochtones, a indiqué le premier ministre provincial Dwight Ball, présent à la cérémonie.

Les anciens élèves des pensionnats autochtones de Terre-Neuve-et-Labrador ont été exclus des excuses de 2008 du premier ministre Stephen Harper.

Ceux-ci y avaient été exclus parce que les pensionnats autochtones de la province existaient avant que Terre-Neuve-et-Labrador se joigne à la Confédération, en 1949.

L'an dernier, ils ont accepté un règlement de 50 millions de dollars, distribué auprès de 1000 d'entre eux.

Des excuses d'Ottawa pour les victimes des pensionnats autochtones de T.-N.-L.

Les frères Preston, Don, Richard et Bob ont été envoyés dans un pensionnat à St. Anthony, dans le nord de Terre-Neuve, à 700 km de leur famille.

Originaires du Labrador, les trois frères avaient respectivement 2, 3 et 4 ans lorsqu’on les a enlevés à leur famille. Ils y sont restés 10 ans. Dix ans d’enfer.

Une photo des frères Bob, Don et Richard Preston lorsqu'ils étaient enfants. Les trois frères portent des chemises blanches sur la photo.Les frères Bob, Don et Richard Preston (avec des chemises blanches) lorsqu'ils étaient enfants. Photo : Radio-Canada

Richard Preston soutient que les séquelles de son passage dans les pensionnats sont imprégnées à jamais. Les sévices mentaux, physiques et sexuels qu’il a subis l'ont marqué à vie.

Ça m’a fait sentir comme si je n’étais jamais assez bien pour personne. Je n’ai jamais pu me marier, je n’ai jamais su me sentir bien en relation.

Richard Preston, survivant

M. Preston apprécie le fait que le premier ministre Trudeau se déplace pour faire des excuses à plus de 900 anciens élèves des pensionnats autochtones de la province, mais ne comprend pas pourquoi l’Association internationale Grenfell ne fait pas de même.

Cette association, fondée en 1914 à Terre-Neuve-et-Labrador par un missionnaire britannique, était responsable des pensionnats dans lesquels les enfants étaient envoyés. Pour Richard et ses frères, les dirigeants de cette association sont en grande partie responsables des peines infligées aux survivants de la province.

« Tout ce que ça va m’apporter, c’est un peu de réconciliation. Mais ça ne changera pas ma vie. Je dois vivre avec ces douleurs tous les jours », témoigne Richard Preston.

Son frère Don, lui, est marié depuis 37 ans. Mais il avoue que ça n’a pas été sans obstacle.

J’ai longtemps été violent et abusif à la maison. J’ai dû me faire soigner.

Don Preston, survivant

Selon lui, les excuses sont bienvenues, mais ne guérissent rien.

On peut pardonner, mais on ne peut pas oublier.

Don Preston, survivant

Les hôtels et les quelques restaurants ouverts à Happy Valley-Goose Bay sont pleins à craquer. La ville d’environ 8000 habitants s’apprête à recevoir la visite du premier ministre du Canada et la fébrilité est palpable.

Plus de 300 survivants seront présents à la cérémonie de vendredi.

Mais certains ont déjà fait savoir qu'ils refusent d’entendre les excuses du premier ministre canadien. Pour eux, le processus de réconciliation est loin d'être terminé.

Exclus des excuses nationales en 2008

Les survivants des écoles résidentielles de Terre-Neuve-et-Labrador avaient été exclus des excuses faites par Stephen Harper, alors premier ministre, en 2008. Le prétexte servi par le gouvernement à l’époque était que la province avait déjà un système de pensionnat autochtone avant qu’elle ne rejoigne la Confédération, en 1949. M. Harper avait donc conclu que le Canada n’en était pas responsable.

Mais l’avocat Steven Cooper, qui a passé 10 ans de sa vie à se battre pour faire reconnaître les droits de ces survivants, rappelle que cet argument ne vaut rien, puisque les pensionnats ont perduré bien après l’adhésion de la province à la Confédération. Ces pratiques se sont terminées au début des années 1990.

La pire chose que l’on peut faire à une victime, c’est de lui dire qu’on ne la croit pas et c’est le message qu’a envoyé Stephen Harper en excluant les victimes des pensionnats de T.-N.-L. des excuses nationales en 2008.

Steven Cooper, avocat qui a représenté les victimes dans le recours collectif

Ces excuses de Justin Trudeau viennent un an après que le juge de la Cour suprême de Terre-Neuve-et-Labrador, Robert Stack, eut approuvé un recours collectif de 50 millions de dollars.

Depuis le début de cette bataille juridique, environ 100 victimes sont mortes et ne pourront pas recevoir d'excuses.

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