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Quand Adidas remet en question le français à Montréal...

Le logo d’Adidas, illuminé et apposé au-dessus d’une chaussure de sport, un montage photo fait pour l’assemblée annuelle des actionnaires de cette entreprise en Allemagne, le 11 mai 2017
Le logo d’Adidas au-dessus d’une chaussure de sport – un montage photo qui a été fait à l'occasion de l’assemblée annuelle des actionnaires de cette entreprise en Allemagne, le 11 mai 2017. Photo: The Associated Press / Matthias Schrader
Radio-Canada

Les propos d'un gérant d'une boutique Adidas qui a prononcé quelques mots en français pour « accommoder » les médias francophones et la Ville de Montréal ont indigné le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, l'opposition et la mairesse de la métropole, Valérie Plante. Cette controverse survient alors que l'Office de la langue française du Québec publie une étude sur l'utilisation du français au travail dans la province.

L'incident, qui est survenu mercredi au centre-ville de Montréal, a été rapporté par Le Journal de Montréal.

Le gérant, Alexandre Des Roches, a pris la parole à l'occasion d'une célébration marquant la réouverture du magasin après des rénovations. D'après des témoins, il s'est pratiquement excusé de devoir parler français, histoire d'« accommoder » les médias et les autorités municipales. Puis, une fois ces quelques mots prononcés en français, le commerçant a présidé le reste de l'événement en anglais.

Le premier ministre du Québec a qualifié jeudi d'« inacceptables » les propos du gérant du commerce.

Le signal des chefs d'entreprise doit être clair : la langue de travail au Québec, c'est le français. Dans la métropole du Québec, on parle français.

Philippe Couillard, premier ministre du Québec

Le premier ministre s'est toutefois empressé de se porter aussi à la défense de la communauté anglophone : « [Cela] ne veut pas dire que l'anglais soit une langue étrangère, loin de là. Les citoyens de langue anglaise au Québec sont des actifs très importants pour notre société auxquels on veut donner encore plus ».

Philippe Couillard répondait ainsi à l'Assemblée nationale aux questions du chef de l'opposition, Jean-François Lisée, qui établit un lien entre cet incident et le « laisser-aller du gouvernement libéral en matière de défense du fait français ».

« Le cas d’Adidas est un cas isolé, a pour sa part déclaré Marie Montpetit, ministre responsable de Charte de la langue française. J’espère que l’entreprise va prendre des mesures en ce sens-là. »

« Un manque flagrant de sensibilité », dit Valérie Plante

« Déplorable et malhabile », a affirmé Nathalie Roy, députée de la Coalition avenir Québec (CAQ), au sujet de la déclaration du gérant de la rue Sainte-Catherine Ouest. La députée de Boucherville a précisé qu'elle aimait bien faire ses emplettes dans des magasins où l'on s'adresse à elle en français.

À l'hôtel de ville de Montréal, la mairesse Valérie Plante a qualifié « de manque flagrant de sensibilité » l'attitude du gérant de la boutique Adidas, étant donné que le Québec et la métropole sont francophones, dit-elle.

« Il n’est pas question ici d’"accommoder"; je pense que le terme est dérangeant », a dit Mme Plante. En visite à Montréal pour rencontrer la mairesse nouvellement assermentée, le maire de Québec, Régis Labeaume, a qualifié de « scandaleux » les propos du gérant de la boutique de chaussures.

Une certaine culture d'affaires irrespectueuse, selon Amir Khadir

Le député de Québec solidaire Amir Khadir y est allé de cette déclaration : « Ça traduit assez bien l'absence totale de respect d'une certaine culture d'affaires qui se fiche de nos lois, de notre dignité et de nos droits, que ce soit en matière de langue, d'évasion fiscale, de lobbyisme illégal, de pratique déloyale commerciale... [...] La corruption, c'est pas juste des magouilles : c'est aussi, pour une compagnie, de penser qu'elle est au-dessus des lois [...]. »

Relativement à l'incident survenu dans cette boutique, les réactions n'ont pas tardé sur Twitter. Plusieurs consommateurs ont appelé au boycottage, ont précisé qu'ils n'allaient pas acheter de produits Adidas ou ont évoqué le « mépris » ou « l'insulte », tandis que quelques autres ont dit que le Canada est un pays bilingue et que les Québécois devaient l'accepter.

Jusqu'ici, la direction d'Adidas n'a pas commenté cette affaire, et ce, en dépit des demandes faites en ce sens – notamment par radio-canada.ca.

Le français au travail : une réalité pour la majorité des Québécois

Au jour même où cette controverse battait son plein, l'Office québécois de la langue française du Québec (OQLF) a rendu publics les résultats d’une étude portant sur l’usage général du français dans la province. S’inscrivant dans le cadre d’une enquête menée en 2016, cette étude illustre qu’il y a eu peu de variations depuis 20 ans au Québec dans l’usage des langues au travail.

Ainsi, l’OQLF révèle qu’une grande majorité de Québécois (89 %) travaillent principalement en français.

Plus des deux tiers (67,3 %) des travailleuses et travailleurs du Québec ont déclaré, par sondage, travailler de manière exclusive ou générale (90 % et plus du temps de travail) en français.

Par ailleurs, 21,7 % le faisaient de manière régulière (entre 50 et 89 % du temps de travail).

De plus, au cours de cette période, l’usage du français au travail a progressé chez les travailleuses et les travailleurs allophones et anglophones.

L’OQLF rappelle qu’après l’adoption de la Charte de la langue française, l’un des principaux objectifs de la politique linguistique visait à faire du français la langue habituelle et normale du travail.

Il est à noter, toutefois, que les Québécois qui habitent dans le Grand Montréal parlent plus souvent anglais dans leur contexte de travail, souligne l'étude.

« Ce phénomène est sans doute attribuable dans une large mesure à la concentration des allophones et des anglophones dans cette région et au fait qu’on trouve à Montréal, métropole et plus important centre économique du Québec, plus que partout ailleurs au Québec, un plus grand nombre d’entreprises de grande taille, notamment des sièges sociaux et des multinationales », affirme les auteurs de l'étude.

Avec les informations de La Presse canadienne

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