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Coup d'oeil sur la première implantation d'un iris artificiel en Estrie

L'ophtalmologiste Mazen Choulakian est le premier chirurgien en Estrie à implanter un iris artificiel dans l'oeil d'une de ses patientes. Photo: Radio-Canada
Radio-Canada

Depuis trois ans, Marie-France Lazure fuit la lumière comme la peste. Victime d'une mauvaise chute, elle a perdu une bonne partie de son iris droit. Désormais, elle peut sortir au grand jour sans craindre d'être aveuglée grâce à l'implantation d'un iris artificiel, réalisée pour la première fois en Estrie.

Un texte de Marion Bérubé

Quelques mois plus tôt, la dame de Granby ne savait plus vers quel saint se tourner. Sans iris pour filtrer la lumière qui entre dans l'oeil, Marie-France Lazure était toujours aveuglée par n'importe quelle source lumineuse. « J'avais une patch dans la lunette. Je ne pouvais pas aller au soleil, dans les centres commerciaux. J’étais très mal partout où il y avait de la lumière », explique-t-elle.

Une photo de l'iris de Marie-France Lazure avant et après l'opération. La photo de droite montre un iris en forme de croissant tandis que l'image de gauche montre son nouvel iris rond. Après une mauvaise chute, Marie-France Lazure a perdu 70% de son iris droit. Ci-dessus, les images montrent son iris avant et après l'opération. Photo : Radio-Canada

Sa vie change du tout au tout lorsqu’elle consulte finalement l’ophtalmologiste Mazen Choulakian en mai dernier au CIUSSS de l'Estrie-CHUS. « Dès que j'ai examiné son oeil, ça a tout de suite fait ding ding ding!, il y a quelque chose de nouveau sur le marché », se remémore le chirurgien. Pour lui, il n’y a pas d’autre choix : il faut implanter un nouvel iris dans l’oeil de Marie-France Lazure, une technique récente au Québec et jamais vue en Estrie.

Je n’y croyais pas. Finalement j’ai dû y croire parce que c’est arrivé en l’espace de cinq mois.

Marie-France Lazure
L'ophtalmologiste Mazen Choulakian sourit avec avec sa patiente, Marie-France Lazure devant une image de l'oeil de Marie-France avec le nouvel iris. L'ophtalmologiste Mazen Choulakian avec sa patiente, Marie-France Lazure Photo : Radio-Canada

Opération délicate

Un iris en silicone a d’abord été fabriqué sur mesure en Allemagne. « C’est un artiste peintre qui va aller peindre l’iris pour avoir un match parfait [avec l’autre iris] pour que quand on l’implante, esthétiquement ça ne paraisse pas », ajoute Dr Choulakian.

La veille de l’opération, le chirurgien révise ses notes, bien conscient de la première qui est sur le point de se produire dans la région. « Je suis du genre à vraiment me préparer pour une chirurgie, mentionne-t-il, alors la veille j’avais révisé toutes les photos, mon plan de match, j’avais une liste d’étapes à faire. »

Un iris peint sur mesure!

Auparavant, les iris artificiels implantés dans les yeux étaient complètement noirs. Depuis 2012, les nouveaux implants sont peints à la main selon l’oeil, la couleur et les nuances des yeux du patient. Le Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM) est le premier hôpital au Québec à avoir réalisé cette chirurgie. Depuis 2012, ce type d’opération a été réalisé cinq fois au CHUM.

Avec son équipe de spécialistes, Mazen Choulakian prend finalement le bistouri le 25 octobre. Après avoir incisé le globe oculaire de la patiente, il insère le nouvel iris à l’aide de points de suture blancs, à peine plus gros qu’un cil. « Par la suite, avec des pinces spéciales, on va aller chercher ces points de suture-là pour les ancrer au niveau du globe », détaille le chirurgien.

Une image rapprochée de l'opération pour implanter un nouvel iris : dans l'image l'iris est installé grâce à des ficelles et des pinces. L'opération pour implanter un nouvel iris a duré deux heures. Photo : Radio-Canada

Deux heures plus tard, le tout est complété. Marie-France Lazure est la première patiente de l’Estrie à avoir un iris artificiel dans un oeil. « Ce n'est pas douloureux du tout. Ça fait moins mal que se faire arracher une dent », raconte-t-elle.

Invisible à l’oeil nu

La différence entre les deux yeux de Marie-France Lazure est imperceptible. « Quand on regarde de loin, honnêtement ce n’est pas visible », indique Mazen Choulakian.

C’est parfait, c’est identique, c’est quasiment un miracle!

Marie-France Lazure
Les yeux de Marie-France Lazure vus de près, on ne voit pas la différence entre le vrai iris et le faux. Le nouvel iris en silicone de Marie-France Lazure a été peint à la main en Allemagne pour correspondre avec l'original, celui de droite sur la photo. Photo : Radio-Canada

Mazen Choulakian est désormais un pionnier dans l'implantation d'un iris artificiel en Estrie. Il pourrait déjà retenter l'expérience en janvier prochain, mais jamais sans son porte-bonheur.

« Je suis un peu superstitieux, alors j’ai une paire de bas que je porte la journée de la chirurgie, révèle-t-il. Ce sont mes bas chanceux! »

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