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D'incroyables ponts de racines vivantes en Inde

Le double pont de racines du village de Nongriat est une des merveilles architecturales de la tribu khasi. La structure aurait plus de 200 ans.

Le double pont de racines du village de Nongriat est une des merveilles architecturales de la tribu khasi. La structure aurait plus de 200 ans.

Photo : Radio-Canada / Thomas Gerbet

Radio-Canada

Seriez-vous prêt à travailler sur un projet qui ne sera pas terminé avant votre mort? C'est ce que fait la tribu khasi, dans la forêt tropicale du nord-est de l'Inde. Ces hommes et ces femmes ont appris à guider et tresser patiemment les racines vivantes des arbres pour bâtir des ponts. Certains seraient plus vieux que la ville de Montréal.

Un reportage de Thomas Gerbetde retour d'Inde

Il faut marcher plusieurs heures pénibles dans la jungle pour avoir la chance d'observer les ponts de racines des Khasi. Mais l'effort en vaut la peine.

Il y a dans ces structures vivantes la formidable combinaison de la force de la nature et du génie de l'homme. Il s'agit d'une œuvre collective qui résiste au temps et qui, en plus d'enjamber les rivières, traverse les générations.

Les enfants du village de Nongriat qui empruntent le pont ont appris qu'il a été construit 10 générations avant eux.

Ces structures de racines, entièrement naturelles, sont réalisées sans clou ni ficelle. Les ponts peuvent mesurer 30 mètres et supporter le poids de 50 personnes.

Pour y arriver, les Khasi ont guidé et tressé les racines de figuiers caoutchouc, des arbres à croissance rapide dotés de nombreuses et solides racines aériennes.

Le chef du village de Nongriat, Wiston Mawa.

Le chef du village de Nongriat, Wiston Mawa.

Photo : Radio-Canada / Thomas Gerbet

« Les ancêtres ont planté un arbre de chaque côté de la rivière, raconte le chef du village, Wiston Mawa. Les racines ont été patiemment guidées et tressées jusqu’à ce qu’elles atteignent l’autre rive et s’y ancrent. »

Selon ce que lui ont dit ses ancêtres, le pont du bas aurait 250 ans. Celui du haut est un peu plus récent.

« On a été autorisé à marcher dessus quand j’étais adolescent, il y a 50 ans », dit le chef.

Le village de Nongriat est trop reculé pour qu'on y transporte des matériaux de construction lourds. « On a essayé les ponts de métal, raconte le chef, mais ils rouillent et il faut les refaire tous les 15 ans. Les ponts de bambous, ils pourrissent, il faut les changer tous les deux ans. »

Cherrapunji, dans le nord-est de l'Inde, est l'une des régions les plus humides de la planète. On y enregistre même des records mondiaux de précipitations. Il y tombe en moyenne 11 mètres de pluie par année, 10 fois plus qu'à Montréal.

Sans les ponts de racines, les villages khasi se retrouvaient séparés les uns des autres pendant les mois de la mousson, quand les rivières sont en crue. Autre avantage : les ponts de racines continuent de se développer et de se renforcer avec le temps.

Un autre pont de racine dans le village de Nongriat.

Un autre pont de racine dans le village de Nongriat.

Photo : Radio-Canada / Thomas Gerbet

Un pont de racines vivantes en construction

Au sud de Nongriat, dans le village de Siej, à cinq kilomètres à vol d'oiseau de la frontière avec le Bangladesh, il est possible d'observer un événement rare : un nouveau pont de racines en chantier.

Ce travail demande un entretien et une surveillance régulière durant des décennies. Un homme ou une femme khasi peut être amené à travailler sur le même projet que ses grands-parents, sans jamais les avoir connus de leur vivant.

La patience est une vertu et les Khasi l'ont bien compris. La tribu ne craint pas le temps qui passe, mais au contraire, en tire profit.

Hally et son fils Ronaldson travaillent sur un nouveau pont de racines dans le village de Siej.

Hally et son fils Ronaldson travaillent sur un nouveau pont de racines dans le village de Siej.

Photo : Radio-Canada / Thomas Gerbet

« C’est un travail communautaire, tout le monde dans le village est impliqué, raconte le jeune Ronaldson qui travaille sur le projet du village de siej. Ce n’est pas une tâche régulière qu’on fait tous les jours. Les villageois qui passent, ils surveillent l’évolution et, au besoin, ils interviennent. »

Je n’ai jamais vu de ma vie quelqu’un construire ces ponts. Ils étaient déjà tous terminés quand je suis né. Celui qu’on est en train de faire va prendre encore 20 ans avant d’être utilisable.

Hally, père de Ronaldson

Hally ne verra probablement pas la fin de ce travail, mais son fils, oui.

« J’aurai amplement le temps d’en profiter plus tard, dit Ronaldson. Mais ce n’est pas l’important. Notre but, c’est que ça serve aux nombreuses générations qui vont nous suivre. »

Les passerelles de racines vivantes des Khasi, ce sont des ponts vers l'avenir. Un legs aux prochaines générations pour qu’elles n'oublient pas leurs racines.

La petite-fille du chef du village pose devant le pont supérieur.

La petite-fille du chef du village pose devant le pont supérieur.

Photo : Radio-Canada / Thomas Gerbet

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