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Le Myanmar et le Bangladesh s’entendent sur le rapatriement des Rohingyas

Des réfugiés rohingyas tentent de rejoindre la frontière du Bangladesh à pied. Photo: Reuters / Mohammad Ponir Hossain
Radio-Canada

Le Myanmar et le Bangladesh ont signé jeudi un accord qui doit en principe permettre aux milliers de musulmans rohingyas qui ont fui la répression birmane vers le Bangladesh de rentrer chez eux. Un accord dont on ne connaît pas encore les termes et qui appelle à la prudence, selon la ministre canadienne du Développement international, Marie-Claude Bibeau, qui se trouve présentement au Bangladesh.

Cet accord de principe entre les deux pays a été conclu à la suite de menaces de sanctions américaines ciblées contre les généraux du régime birman par le secrétaire d’État américain, Rex Tillerson.

Mercredi, les États-Unis ont accusé l’armée du Myanmar (l'ex-Birmanie) de se livrer une campagne de nettoyage ethnique contre les musulmans rohingyas, dont plus de 620 000 ont gagné le Bangladesh à pied dans des conditions désastreuses depuis le mois d’août pour fuir les persécutions au Myanmar.

En comptant les dizaines de milliers de Rohingyas qui avaient déjà fui les persécutions antérieures, c’est près d’un million de musulmans qui ont quitté le Myanmar ces dernières années.

Deux femmes qui pleurent devant des enfantsLes membres d'une famille rohingyas lors des funérailles de leur de leurs proches à Cox's Bazar au Bangladesh Photo : Reuters / Cathal McNaughton

Les gouvernements birman et bangladais officiellement prêts à un retour des Rohingyas

Au Bangladesh, où les autorités doivent gérer une crise humanitaire sans précédent depuis trois mois, le gouvernement a déclaré jeudi, à Dacca, que le retour des réfugiés au Myanmar pourrait commencer d'ici les deux prochains mois.

De son côté, le gouvernement civil birman, dirigé par le prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi, s’est dit prêt à entamer le processus administratif avec le gouvernement du Bangladesh en vue d’un retour des Rohingyas.

« Nous sommes prêts à les accueillir dès que possible, dès que le Bangladesh nous aura renvoyé les formulaires [de retour] », a assuré jeudi Myint Kyaing, secrétaire permanent du ministère du Travail, de l'Immigration et de la Population, après la signature de l'accord dans la nouvelle capitale birmane, Naypyitaw.

Ottawa se montre prudent dans l'attente des termes de l'accord

La ministre du Développement international, Marie-Claude Bibeau, en compagnie de Pat Laberge de la Croix-Rouge canadienne et Zaid al-Rawni d'Islamic Relief Canada.La ministre du Développement international, Marie-Claude Bibeau, en compagnie de Pat Laberge de la Croix-Rouge canadienne et Zaid al-Rawni d'Islamic Relief Canada. Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

En visite au Bangladesh, où elle a pu constater l'ampleur de la détresse et des besoins humanitaires des centaines de milliers de réfugiés rohingyas qui s'entassent dans des camps depuis des mois, la ministre du Développment international et de la Francophonie, Marie-Claude Bibeau, s'est montrée prudente quant à l'annonce de cet accord, bien qu'elle y voit des aspects positifs.

« En principe, c’est une bonne nouvelle déjà que les deux gouvernements se parlent. Ils progressent dans leurs discussions, mais on n’a pas vu les termes de l’accord. On espère retrouver dans cet accord ce qui était recommandé dans le rapport de Kofi Annan », a expliqué Marie-Claude Bibeau en conférence de presse téléphonique depuis le Bangladesh.

On espère que cet accord est fait dans le respect des droits des réfugiés. On veut ramener les réfugiés de façon volontaire et dans le respect des droits de la personne.

Marie-Claude Bibeau, ministre du Développement international et de la Francophonie

Visiblement touchée par les récits de violences, de tortures, de meurtres et de viols qui lui ont été rapportés par les réfugiés avec qui elle s'est entretenue, la ministre Bibeau a assuré que son gouvernement allait porter une attention particulière aux conditions dans lesquelles ils seront autorisés à rentrer chez eux, au Myanmar. Car, rappelle la ministre, nombreux sont ceux et celles qui comptent y retourner, mais pas à n'importe quel prix.

Tout ce que je peux vous dire, c’est que les gens que j’ai rencontrés, quand je leur demande comment ils voient leur avenir, ils veulent rentrer au Myanmar, chez eux. [...] Mais on veut rentrer en ayant des droits, avoir le droit de travailler. On veut que nos enfants aillent à l’école, on veut être reconnus comme des citoyens à part entière.

Marie-Claude Bibeau, ministre du Développement international et de la Francophonie

Privés de citoyenneté depuis les années 1980 par la junte militaire birmane, les Rohingyas sont une population musulmane d’origine bengalie qui vit au Myanmar depuis au moins deux siècles, principalement dans l’État d’Arakan. Traités comme des citoyens de seconde zone par la majorité bouddhiste birmane, les Rohingyas n’ont droit à aucun avantage ni à de bons emplois au Myanmar où ils sont l’objet d’importantes persécutions depuis les dernières années.

L'armée aura le dernier mot

Bien que la junte militaire qui a dirigé la Birmanie pendant des décennies ait officiellement cédé l’an dernier le pouvoir au gouvernement civil dirigé par Aung San Suu Kyi, de nombreux observateurs redoutent que l’armée s’oppose dans les faits au retour des Rohingyas.

La semaine dernière, le chef d'état-major de l'armée, le général Min Aung Hlaing, a prévenu après un entretien avec le secrétaire d'État américain que tout accord sur le retour des Rohingyas devrait prendre en compte les intérêts des « habitants ethniquement originaires de l'Arakan qui sont les vrais citoyens birmans » et pas seulement ceux des « Bengalis », un terme désignant les Rohingyas utilisé par la majorité bouddhiste birmane pour souligner leur origine étrangère.

Les dirigeants militaires, sur lesquels Aung San Suu Kyi n'a aucune autorité, ont d'ores et déjà prévenu que les réfugiés ne pourraient rentrer que dans le cadre de la loi sur la citoyenneté de 1982, qui a établi une liste officielle des minorités ethniques en Birmanie, dont les Rohingyas ne font pas partie.


Trois personnes, dont un enfant à proximité d'habitations de fortune.Des réfugiés du camp Balukhali à Ukhiya dans le district de Cox's Bazar au Bangladesh. Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Notre envoyée spéciale en Asie Anyck Béraud prépare une série de reportages sur la situation des Rohingyas au Bangladesh.

Anyck parcourt la région le long de la frontière du Myanmar pour couvrir la crise humanitaire.


Politique de la terre brûlée

Depuis la fin de l’été, les Nations unies et des organisations de défense des droits de l'homme dénoncent le nettoyage ethnique conduit par l’armée birmane dans l’État de Rakhine au moyen d'une « opération antiterroriste » menée contre des rebelles rohingyas depuis le 25 août dernier.

Vue aérienne d'un village rohingyas brûlé près de Maungdaw, dans le nord de l'État de Rakhine. Vue aérienne d'un village rohingyas brûlé près de Maungdaw, dans le nord de l'État de Rakhine. Photo : Reuters / Soe Zeya Tun

Selon de nombreux témoignages recueillis chez des réfugiés dans les camps du Bangladesh, l’armée birmane multiplie les exactions contre les Rohingyas pour les forcer à quitter le pays. Leurs villages sont systématiquement brûlés pour les empêcher de revenir s’y établir. L’armée dément ces informations et affirme mener une guerre dans la région contre des rebelles qui ont attaqué des postes de police à la fin d'août.

Pendant ce temps, la situation reste critique au Bangladesh, qui a dû déployer des ressources importantes pour accueillir ce flot continu de réfugiés arrivés à sa frontière dans le plus grand dénuement.

Un défi que relèvent les Bangladais avec courage et souvent au-delà leurs moyens, souligne la ministre fédérale du Développement international, Marie-Claude Bibeau.

On est dans une région rurale d'à peu près 300 000 habitants et, en trois mois, on est passé à un million. Cette communauté a été complètement envahie. Mais ils font ça avec une générosité vraiment sans borne.

Marie-Claude Bibeau, ministre du Développement international et de la Francophonie

Dans le récit qu'elle fait des rencontres qu'elle a eues avec des villageois bangladais, la ministre rapporte que des fermiers ont accepté de libérer la majorité de leurs terres pour permettre d'accueillir des réfugiés rohingyas même si cela signifie qu'ils ne pourront plus y cultiver ni élever du bétail pour se nourrir.

« C'est pourquoi avec nos partenaires nous travaillons aussi à offrir des alternatives aux communautés locales pour subvenir à leurs besoins, car ils ne peuvent plus cultiver la terre et ne peuvent plus avoir de cheptel », a expliqué Mme Bibeau.

De nombreuses organisations caritatives internationales et des gouvernements étrangers viennent en aide aux autorités bangladaises pour fournir l’essentiel à la marée humaine qui a déferlé dans ce pays pauvre, dont des millions d’habitants manquaient déjà de tout avant l’arrivée des Rohingyas.

Le pape François effectuera pour sa part une visite apostolique en Birmanie et au Bangladesh du 26 novembre au 2 décembre.

Avec les informations de Reuters

International