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L’art de la politique a des règles, sauf que...

Michel C. Auger

Michel C. Auger

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

La politique n’est pas une science. Certes, elle a des règles, mais elles ne sont pas absolues et ne donnent pas toujours les mêmes résultats. Les demandes et les désirs des électeurs changent souvent et celui qui est en avance au début de la campagne électorale n’est pas automatiquement celui qui va gagner.

Une analyse de Michel C. Auger, animateur de Midi info

Cela n’empêche pas les stratèges des grands partis politiques de croire en un certain nombre de principes qu’ils pensent éprouvés, même s’ils leur réservent parfois de bien mauvaises surprises.

Un bon exemple est la dernière campagne électorale à Montréal.

L’organisation de Denis Coderre a, sauf une exception en français et une en anglais, refusé les invitations à débattre avec son adversaire Valérie Plante. « Pourquoi lui donnerait-on de la visibilité? », demandait-on. On connaît la suite : la notoriété ne fait pas foi de tout et Mme Plante est aujourd’hui mairesse de Montréal.

Les libéraux de Philippe Couillard, de toute évidence, croient tout de même en un certain nombre de ces principes. Le premier, c’est celui qui veut qu’on annonce toutes les mauvaises nouvelles en début de mandat pour annoncer les bonnes nouvelles durant les mois qui précèdent l’élection.

Dans ce cas-ci, cela a signifié des compressions budgétaires sévères (l’austérité ou la rigueur, choisissez votre terme) au cours des trois premières années du mandat et une année de réinvestissements dans l’éducation et la santé en plus d’importantes baisses d’impôts. Mais c’est un acte de foi de la part du gouvernement libéral.

Il faut croire que les Québécois oublieront les chaînes humaines devant les écoles, le manque de personnel spécialisé, les « patates en poudre » et l’unique bain par semaine dans les centres d'hébergement et de soins de longue durée. Et qu’au moment de voter, ils ne se souviendront que des baisses d’impôts et des chèques pour les fournitures scolaires, qu’ils auront reçu deux fois plutôt qu’une pendant l’année électorale.

Il faudrait donc que les électeurs oublient les difficultés des trois dernières années pour se souvenir de la dernière année du mandat. Et à voir les premières réactions à la suite de la mise à jour économique et budgétaire, c’est loin d’être certain.

« Stop and go »

D’autant que, comme l’a bien démontré mon collègue Gérald Filion, il y avait d’autres moyens d’arriver au déficit zéro que le « stop and go », soit de réduire les dépenses à presque zéro pour avoir beaucoup d’argent à dépenser dans l’année électorale et ensuite revenir à un niveau relativement normal d’augmentation des dépenses, soit un rythme annuel d'environ 3 %.

Une autre de ces « règles » de la politique, c’est qu’on peut tout simplement voler le programme d’un autre parti qui devient populaire.

Le coup avait déjà réussi pour les libéraux de Jean Charest après les élections de 2007 quand, littéralement, le gouvernement minoritaire de M. Charest avait proposé un discours d'ouverture qui reprenait presque intégralement le programme de l’ADQ de Mario Dumont, l’ancêtre de l’actuelle Coalition avenir Québec (CAQ).

En offrant pratiquement les mêmes baisses d’impôts que la CAQ, le gouvernement Couillard utilise la même stratégie, sauf qu’il est loin d’être certain que cela lui donne les mêmes résultats.

Cela ne veut pas dire que les libéraux soient incapables de toute contre-attaque. Cette semaine, ils ont commencé une offensive qui pourrait donner des résultats. La CAQ, comme le PQ d’ailleurs, propose de réduire les niveaux d’immigration. Ce qui peut sembler populaire à première vue.

Cependant, en raison du vieillissement de la population et de la pénurie de main-d’œuvre que cela va entraîner dans plusieurs secteurs de l'économie, est-ce vraiment une bonne idée de défendre une mesure qui peut sembler populaire, mais qui n’est pas la meilleure politique dans les circonstances.

L’année qui vient pourrait bien réécrire ce livre des principes de base auquel les partis aiment bien se référer lors des campagnes électorales.

Il y a toutes sortes de raisons à cela, mais on peut penser que les « vieux » stratèges des partis feraient bien de noter que, lors de l’élection d’octobre 2018, ce ne seront plus les baby-boomers qui formeront le groupe le plus influent de l’électorat, mais plutôt les électeurs de la « Génération X ».

Et que ceux qui pensent que ça ne fait pas une grosse différence aillent en parler avec Denis Coderre...

Politique