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Le FRAPRU réclame 11 milliards dès maintenant pour le logement social

Émilie Joly est photographiée devant les micros de différents médias; derrière elle, des manifestants tiennent des pancartes réclamant des logements sociaux.
Émilie Joly, porte-parole du FRAPRU en matière de dossiers fédéraux, reproche au gouvernement libéral une approche électoraliste. Photo: Radio-Canada
Radio-Canada

Le Front d'action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) réclame du gouvernement de Justin Trudeau qu'il débloque dès le présent mandat 11,2 milliards de dollars pour le logement social.

Un texte de Bernard Barbeau

« Les prévoir sur 11 ans [comme le prévoyait le budget Morneau de mars dernier] revient à peine à plus que ce qui était budgété sous les conservateurs », a fait valoir mercredi en point de presse la porte-parole du FRAPRU en matière de dossiers fédéraux, Émilie Joly, tandis que des dizaines de manifestants déambulaient derrière elle, rue Sainte-Catherine, à Montréal, quelques heures avant qu’Ottawa ne dévoile sa Stratégie nationale sur le logement. Celle-ci prévoit finalement un investissement de 40 milliards de dollars sur 10 ans.

Des manifestations semblables ont lieu ces jours-ci dans plusieurs villes du pays, dont Québec, Sherbrooke, Gatineau, Toronto, London, Edmonton et Vancouver.

Le gouvernement libéral, s'il est sérieux dans sa démarche pour assurer le droit au logement, devrait prendre ces sommes-là et les dépenser dans son présent mandat. On est tannés d'avoir des perspectives électoralistes où on prévoit à très long terme des sommes qu'on devrait débloquer dès maintenant.

Émilie Joly, porte-parole du FRAPRU en matière de dossiers fédéraux

« Le gouvernement libéral a tendance à vouloir répondre aux envies et aux besoins électoraux de son parti qui est beaucoup plus axé sur la classe moyenne, a accusé Mme Joly. Donc, on disperse les fonds, quand nous, on pense qu'il devrait donner clairement priorité aux ménages à plus faible revenu. »

Ces fonds doivent servir principalement à réparer et construire des logements sociaux, à restaurer et maintenir les subventions fédérales au logement, et à s’attaquer à la crise de l’itinérance, a estimé le FRAPRU.

Émilie Joly a souligné qu’à Montréal seulement, quelque 100 000 ménages locataires consacrent plus que 30 % de leur revenu à se loger et que, de ce nombre, plus de 41 000 y consacrent l’entièreté de leur revenu. « Et ça, c'est un drame, c'est un drame quotidien pour les ménages mal logés », a-t-elle insisté.

D’après les données du recensement de 2016, le nombre de ménages locataires utilisant plus que la norme de 30 % de leur revenu pour se loger a grimpé de 9,4 % au Canada entre 2011 et 2016, pour atteindre près de 1,8 million.

Supplément au revenu : « pas une solution »

La représentante du FRAPRU a qualifié le supplément monétaire individuel, qu’Ottawa se propose d'instituer, de « privatisation de l'aide au logement », ce qui « n'est pas une solution acceptable ».

« Ce n'est pas la solution, parce que ça ne permet pas une approche structurelle. Ce ne sont pas des solutions à long terme », souligne-t-elle.

Au contraire, ce qu'on a vu dans d'autres villes, dans d'autres pays, quand une aide de cette forme a été mise de l'avant, ça a eu une pression sur la hausse des prix des loyers. Les ménages ayant un revenu disponible plus grand, les propriétaires […] en ont profité pour hausser les loyers.

Émilie Joly, porte-parole du FRAPRU en matière de dossiers fédéraux

Émilie Joly rappelle que le FRAPRU souhaite des gouvernements qu’ils privilégient le logement social, dont le loyer est établi en fonction du revenu des occupants, et non le logement abordable, « une définition fourre-tout, qui veut dire qu'il est moins cher que le prix du marché. Mais on s'est retrouvé avec des logements abordables à 80, 90 % du prix du marché, complètement inaccessibles pour les ménages à faible revenu ».

Le FRAPRU réclame donc plutôt la construction de nouveaux logements sociaux, « une manière de répondre à long terme au problème des ménages mal logés. [Le gouvernement doit] construire ces logements qui restent dans le temps et non juste donner un petit montant aux gens pour qu’ils essaient de se démener sur le marché privé », conclut-elle.

Le FRAPRU revendique 50 000 logements « à l'extérieur du marché spéculatif » sur cinq ans, uniquement au Québec, dont près de la moitié à Montréal. « Et ça, ça ne répondrait pas à tous les besoins, mais ça adresserait sérieusement le problème », a souligné Mme Joly. « Pour le Canada en entier, il faudrait multiplier ce chiffre au moins par 10, et on serait encore conservateurs dans nos estimations. »

Elle a noté que près de 40 000 ménages québécois sont présentement sur la liste d'attente pour emménager dans une habitation à loyer modique (HLM), dont environ 24 000 à Montréal. « Et ça, ce sont des gens qui non seulement se qualifient, mais qui ont fait toutes les démarches et qui n'ont pas perdu espoir devant les très longs temps d'attente pour un HLM. » La métropole compte actuellement 20 000 logements en HLM – et plusieurs ont besoin de rénovations – sur un total d'un peu plus de 60 000 unités en logement social et communautaire.

Or, il n'y a pas eu de construction de HLM depuis 1994 : le gouvernement fédéral avait alors renoncé à en construire.

Avec les informations d'Anne-Louise Despatie

Grand Montréal

Politique fédérale