•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Liberté d’expression en classe : une université ontarienne s’excuse

Le pavillon des sciences de l'Université Wilfrid Laurier à Waterloo.

L'Université Wilfrid-Laurier à Waterloo.

Photo : Université Wilfrid Laurier

Radio-Canada

Parce qu'une chargée de cours a utilisé des citations d'une personnalité controversée pour illustrer un propos sur la linguistique, ses supérieurs ont tenté de la censurer. Pour cette raison, l'Université Wilfrid-Laurier a présenté des excuses officielles à son employée, mardi.

La citation venait du controversé professeur Jordan Peterson.

La chargée de cours, Lindsay Shepherd, a enregistré la conversation qui a eu lieu entre elle et trois de ses supérieurs après qu’un étudiant ait logé une plainte. Dans l’enregistrement, dont la Presse canadienne a obtenu copie, on entend la chargée de cours, en pleurs, défendre l’utilisation des clips vidéos du professeur Peterson. Dans cette même bande sonore, le supérieur immédiat de Mme Shepherd, Nathan Rambukkana, l’accuse d’être restée neutre.

L'événement en classe

Dans le cadre d'une leçon sur les complexités de la grammaire, Mme Shepherd explique à la classe que la structure d'une langue peut avoir des impacts parfois inattendus sur la société dans laquelle elle est utilisée.

Elle affirme que les opinions de longue date sur le genre avaient probablement été façonnées par les pronoms spécifiques au genre qui font partie de la structure grammaticale fondamentale de l'anglais.

Pour illustrer ce point, Mme Shepherd utilise un extrait vidéo d’un débat entre M. Peterson et Nicholas Matte durant lequel ce premier explique pourquoi il refuse de s’adresser aux personnes transgenres par les pronoms neutres tels que « ze, vis ou hir ».

L'événement après le cours

Suite à l'événement en classe, un étudiant dépose une plainte parce que Mme Shepherd a utilisé une citation de M. Peterson. À cause de cette plainte, une rencontre entre Mme Shepherd et ses supérieurs a lieu. Celle-ci est enregistrée par Mme Shepherd à l'insu des autres personnes présentes dans la salle. M. Rambukkana est présent.

Dans l’extrait audio de la rencontre, on peut entendre un des trois supérieurs reprocher à la chargée de cours d’être restée neutre au sujet des propos du professeur Peterson. Durant la conversation, on l’accuse d’être transphobe. On lui dit aussi que rester neutre face aux propos de M. Peterson équivaut à rester neutre devant les propos de Hitler.

Des excuses

Suite au dévoilement public de cette affaire, la semaine dernière, la direction de l’université avait annoncé avoir demandé une enquête indépendante.

Mardi, la présidente de l’université a présenté des excuses. « La conversation que j'ai entendue ne reflète pas les valeurs et les pratiques auxquelles aspire Laurier », a déclaré la présidente Deborah MacLatchy par voie de communiqué. « Je suis désolée de ce qui s’est produit et je regrette l'impact que cela a eu sur Lindsay Shepherd. »

Le supérieur immédiat de Mme Shepherd, M. Rambukkana, a également écrit une lettre d’excuses, celle-ci plus nuancée. Il affirme entre autres que Mme Shepherd aurait dû mieux contextualiser la vidéo.

« Bien que je continue de croire que ce genre de matériel doit être manipulé avec soin, surtout pour ne pas enfreindre les droits de nos étudiants ou pour éviter qu'ils ne se sentent pas les bienvenus dans l'environnement d'apprentissage, je crois que vous avez raison et que les opinions contraires sont importantes et même essentielles dans l’enceinte d’une université », écrit-il dans la lettre. « L'astuce est de savoir comment contextualiser correctement un tel matériel. »

La chargée de cours toujours outrée

Alors que Mme Shepherd est heureuse d’avoir reçu des excuses, elle n’apprécie pas que M. Rambukkana précise sa pensée et suggère de contextualiser. Selon elle, préciser quoi penser de la vidéo avant de la présenter équivaut à dicter la pensée des étudiants.

Mme Shepherd en a rajouté sur Twitter, mardi en après-midi. « La morale de cette histoire : une université doit être accusée à répétition et à l’international avant qu’elle ne s’excuse. (…) Et même là, elle reste ambigüe sur sa position sur la liberté d’expression. Assurez-vous d’enregistrer secrètement toutes vos rencontres, sinon vous ne serez pas pris au sérieux. »

Jordan Peterson fait régulièrement les manchettes avec ses déclarations à l’emporte-pièce. Il est également la cible de manifestants de la gauche estudiantine.

Dernièrement, il avait déclaré dans une vidéo sur YouTube que certains programmes universitaires étaient des « cultes de l’endoctrinement (…) néo-marxiste post-moderne » visant spécifiquement « les études féministes, les études ethniques et les groupes d'études raciales, (…) la sociologie, (…) l'anthropologie, (…) et la littérature anglaise. »

Avec les informations de La Presse canadienne

Toronto

Éducation