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L’après #metoo : l’industrie du cinéma canadien veut contrer le harcèlement sexuel

Sugar Sammy entame une tournée pancanadienne en s'arrêtant à Winnipeg.

Radio-Canada

Harvey Weinstein, Louis CK et maintenant le journaliste américain Charlie Rose : la liste d'hommes soupçonnés de harcèlement sexuel aux États-Unis s'allonge. Le Canada n'échappe pas à ce courant. Éric Salvail, Gilbert Rozon et le réalisateur Sylvain Archambault ont, eux aussi, fait l'objet d'allégations d'inconduite sexuelle, à la suite d'une vague de dénonciations, dans les médias sociaux, portée par le mouvement #metoo.

Un texte de Kevin Sweet

Qu’est-ce qui doit être fait pour que ce genre de situations ne se reproduise pas? Qu’est-ce qu’il faut faire pour mieux protéger les victimes?

Les différents syndicats et les organismes de l’industrie du cinéma canadien vont se pencher sur ces questions jeudi lors d’une rencontre à Toronto. La tâche est lourde et la pression pour livrer des résultats concrets est énorme.

Un rêve tourne au cauchemar

Lorsque l’actrice montréalaise Chantal Cousineau a décroché un rôle dans le film Harvard Man tourné à Toronto en 2000, cela devait être un grand moment dans sa carrière.

Au moment de tourner une scène, elle allègue que le réalisateur James Toback a commencé à se masturber devant elle.

Elle n’avait que 19 ans.

« C’était évident qu’il se masturbait, soutient Chantal Cousineau. Il portait un pantalon coupe-vent et un t-shirt noir. Il se frottait à travers ses pantalons. Je me souviens du bruit que ça faisait. »

Chantal Cousineau fait partie des 300 femmes qui accusent maintenant le réalisateur de harcèlement et d’inconduite sexuels.

Des accusations qui n’ont pas été prouvées en cour.

L’actrice Chantal CousineauAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L’actrice Chantal Cousineau

Photo : Radio-Canada

À l’époque, elle avait téléphoné à l’ACTRA, son syndicat, pour se plaindre. Elle avait été consternée d’apprendre que le syndicat avait déjà reçu 72 plaintes au sujet du comportement de James Toback pendant les auditions pour ce film.

« On m’a dit de laisser faire, soutient l’actrice. De me contenter d’avoir obtenu le rôle et de laisser quelqu’un d’autre le dénoncer. »

Des représentants ont été envoyés sur le plateau de tournage, mais au-delà de cela, rien n’a été fait.

Le syndicat explique aujourd’hui qu'il n'a aucun pouvoir pour expulser d’un plateau de tournage quelqu’un qui n’est pas membre de son organisme.

Selon le syndicat, c’est le studio de production qui devait intervenir.

Theresa Tova, la présidente de l'ACTRA de TorontoAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Theresa Tova, la présidente de l'ACTRA de Toronto

Photo : Radio-Canada

« Il y avait des techniciens et des producteurs sur le plateau de tournage au moment où l’incident s’est produit. Qui a manqué à son devoir? », se demande aujourd’hui Theresa Tova, la présidente de l'ACTRA de Toronto, le syndicat des acteurs.

Qui fait quoi quand?

Justement, qui a la responsabilité de faire quoi et quand? C’est la grande question que plusieurs dans l’industrie du cinéma canadien se posent.

Les représentants des différents syndicats, dont ceux des acteurs, réalisateurs et auteurs, vont se rencontrer à Toronto pour élaborer un plan d’action. Une solution pour remédier à un problème aussi complexe et systémique n’est toutefois pas facile à trouver.

De son côté, l’Académie canadienne du cinéma et de la télévision élabore présentement un code de conduite en milieu de travail.

Tout membre qui y contreviendra sera immédiatement expulsé, ce qui rendra l’obtention de contrats plus difficile pour la personne en question.

Le syndicat des acteurs s’engage à faire plus de promotion pour sa ligne téléphonique de dénonciation.

Le syndicat veut aussi interdire les réunions dans les chambres d’hôtel et les restaurants.

Le cas échéant, on suggère aux actrices d’être accompagnées par un conjoint ou un ami. Mais, est-ce réaliste?

Le producteur américain Harvey Weinstein en 2016Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Harvey Weinstein

Photo : Associated Press / Richard Shotwell

Après #metoo

« Non », selon l’actrice canadienne Mia Kirshner, l’une des présumées victimes de Harvey Weinstein.

« Je n’ai pas d’amis qui ont le temps de venir avec moi à des réunions. Et ce que je trouve particulièrement troublant c’est que toute la responsabilité tombe sur mes épaules. Qu’est-ce que l’on fait des agresseurs? » lance Mia Kirshner, décidément résolue.

« Nos lois rendent les choses encore plus difficiles pour les victimes, dit Mia Kirshner. Et c’est ça qui doit changer. Maintenant. »

Selon elle, ce sont les lois provinciales et fédérales qu’il faut revoir, car ce sont les plaignantes qui doivent porter tout le fardeau de la preuve.

Elle craint que la perspective des victimes ne soit pas prise en compte lors de la rencontre des organismes de l’industrie du cinéma, à Toronto. D’ailleurs, elle n’a pas été invitée.

L’actrice Mia KirshnerAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L’actrice Mia Kirshner

Photo : Radio-Canada

Mia Kirshner a donc lancé, avec d’autres personnes, #aftermetoo. Il s’agit de deux jours de rencontres (les 5 et 6 décembre) qui vont rassembler des psychologues, des avocats et des employés du secteur de l’informatique et du web.

Parmi les solutions qu’elle avance, il y a la création d’un site web pour les dénonciations qui pourrait être utilisé par la police.

Elle aimerait que les femmes puissent s’équiper d’une trousse de prélèvement, en cas de viol.

Elle voudrait aussi créer une base de données qui permettrait de voir si certaines actrices se retrouvent sur la liste noire d’un producteur ou d’un réalisateur après l’avoir dénoncé pour un crime à caractère sexuel.

« Je sais que ce que je propose est controversé, dit Mia Kirshner. Mais pourquoi ça ne pourrait pas marcher? Je n’ai pas la réponse, mais j’ai des questions à poser. »

Elle n’est pas la seule.

Toronto

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