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Les personnes aidantes ont besoin de sortir de l’isolement

Réseau-Femmes veut soutenir les aidants francophones en Colombie-Britannique

Épuisement physique, stress émotif, sentiment de culpabilité et d'accablement, solitude : voilà le fardeau que portent sur leurs épaules un grand nombre d'aidants naturels, ceux qui viennent en aide à leurs proches malades. En Colombie-Britannique, un proche aidant sur trois souffre de détresse psychologique.

Un texte de Julie Landry

Trilby Jeeves, qui s'occupe de sa mère à distance : « C’est stressant parce que je ne suis pas là. »Trilby Jeeves Photo : Radio-Canada

Trilby Jeeves est enfant unique et vit dans la région de Vancouver depuis plus d’un quart de siècle. Mais les sept dernières années ont également été consacrées à faire des allers-retours à l'Île-du-Prince-Edouard pour s’occuper d’abord de son père, décédé il y a deux ans, puis de sa mère.

Ça brise le coeur parce qu'on veut être là.

Trilby Jeeves

Si elle n’y est pas toujours physiquement, son cerveau, lui, est constamment en train d’y penser. Elle parle à sa mère presque tous les jours, malgré les quatre heures de décalage horaire et doit gérer les équipes d’aide à distance. Elle connaît un stress constant et doit être prête à repartir sur la côte est à la dernière minute.

« Pour moi, j’ai l’impression que je ne suis jamais à terre », explique celle qui tente de s’occuper d’elle-même. « Je pense que je ne m’aperçois pas jusqu’à quel point ça me touche », confie-t-elle.

Monique Giard (à gauche) qui s'occupe de sa grande amie Ruth (à droite) : « C’est exigeant parce qu’il y a une certaine part de culpabilité de ne pas pouvoir être là autant qu’on voudrait. »Monique Giard s'occupe de sa grande amie Ruth. Photo : Radio-Canada

Monique Giard a dû monter une équipe de soins pour sa grande amie Ruth, de Vancouver, qu’elle appelle sa mère adoptive. Ruth ne veut pas aller en foyer de soins, malgré ses facultés physiques et cognitives en diminution.

« La charge mentale et émotive, c’est qu’il y a de la résistance parce que les personnes âgées ne veulent pas se sentir vieillir [...] C’est cette tension de vouloir la protéger, et elle, de vouloir garder son indépendance », admet Monique Giard.

Tableau qui indique qu'il y a plus d'un million de personnes aidantes en Colombie-Britannique, qu'elles offrent 80 pourcent des soins dans la province et que 80 pourcent d'entre elles sont des femmes.Les personnes aidantes forment l'essentiel du système de santé actuel. Photo : Radio-Canada

Il existe de l’aide

L’organisme Family Caregivers of British Columbia a pour mandat d’appuyer les personnes aidantes. Il offre, entre autres, un service d’assistance en ligne, des groupes de soutien et du partage d’information sur les programmes existants, comme de l'aide à domicile ou des programmes de jour pour personnes âgées. Le ministre de la Santé, Adrian Dix, promet d'ailleurs d'augmenter le financement pour ce genre de programme.

Lycia Rodrigues tient une affiche sur les soins qui doivent être accordés aux personnes aidantes.Lycia Rodrigues, de Family Caregivers of BC, s'inquiète du sentiment d'isolement qui s'empare des personnes aidantes Photo : Radio-Canada / Denis Dossman

Lycia Rodrigues, du groupe Family Caregivers of BC, constate que, souvent, les personnes aidantes aux prises avec un stress physique, émotif ou financier, demandent de l’aide quand elles sont déjà épuisées.

L’isolement est un des problèmes majeurs pour les personnes aidantes. Quand elles commencent à fournir des soins, elles se retirent de leur vie sociale et, parfois même, de leur emploi.

Lycia Rodrigues, Family Caregivers of BC

Lycia Rodrigues milite pour que les acteurs du système de santé qui soignent les personnes malades vérifient aussi l’état de santé des aidants et les envoient à son organisme.

Réseau-Femmes au secours

Le groupe Réseau-Femmes Colombie-Britannique s’apprête également à soutenir les personnes aidantes en formant des femmes qui géreront des groupes de soutien, en français, partout dans la province. La formation aura lieu en janvier 2018.

L'affiche de Réseau-Femmes Colombie-Britannique sur laquelle on voit le dessin d'une femme en train de méditer et un appel pour trouver des personnes aidantes dans la province.Réseau-Femmes Colombie-Britannique souhaite créer des groupes de soutien pour les personnes aidantes francophones dans la province. Photo : Réseau-Femmes Colombie-Britannique

« L’important, c’est de rendre visible leur travail, d’avoir une reconnaissance et une aide surtout », explique Tessy Vanderhaeghe, de Réseau-Femmes, qui refuse de parler d’aidantes naturelles parce que, justement, ce n’est pas naturel de savoir s’occuper d’un proche.

Cette aide est bienvenue pour Trilby Jeeves, qui devient émotive quand on parle de ce sentiment d’isolement. « De parler avec des gens qui vivent la même chose, il me semble que ça aiderait, oui », admet-elle. Et malgré le stress, elle ne regrette en rien tout le temps et l’énergie qu’elle consacre à sa mère. « J’aime tellement ma mère et mon père que je ne pouvais pas faire autrement. »

Colombie-Britannique et Yukon

Société