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L'autisme et le TDAH frappent un nombre croissant de jeunes enfants

Un enfant dans un centre de pédiatrie
Un enfant dans un centre de pédiatrie Photo: Radio-Canada / Nicole Germain
Radio-Canada

La proportion d'enfants de moins de cinq ans touchés par un trouble mental est en hausse au Québec, d'après un rapport publié, mardi, par l'Observatoire des tout-petits. Le trouble du spectre de l'autisme, notamment, touche un nombre grandissant de bébés et de bambins.

Un texte d'Anne-Marie Lecomte

Intitulé « Comment se portent les tout-petits québécois? », le rapport est le deuxième fait par l'Observatoire, qui a colligé des données publiques sur un peu plus d'un demi-million d'enfants d'âge préscolaire afin d'évaluer leur développement et leur santé en général.

L'Observatoire des tout-petits, financé par la Fondation Lucie et André Chagnon, révèle des données préoccupantes sur la santé mentale des enfants de 0 à 5 ans : un nombre croissant d'entre eux reçoivent un diagnostic du trouble du spectre de l'autisme (TSA) ou du trouble de déficit de l'attention et d'hyperactivité (TDAH).

Globalement, d'après le rapport, un peu plus de 22 000 enfants sont touchés par un trouble mental, soit 4,8 %. Au tout début des années 2000, cette proportion était de 3,5 %. « En fait, très peu de données sont répertoriées pour évaluer la santé mentale des tout-petits, disent les auteurs du rapport. L'ampleur de la situation pourrait donc être sous-évaluée. »

« On ne diagnostique pas beaucoup à un très jeune âge [...] explique Christa Japel, professeur titulaire au Département d’éducation et formation spécialisées de l'UQAM. Mais, quand on regarde les chiffres, il y a beaucoup d’enfants souffrants. »

« On brûle nos enseignants »

Mme Japel, qui a lu et commenté une partie du rapport avant sa publication, rappelle qu'il est important de diagnostiquer les troubles de santé mentale le plus tôt possible chez les enfants. Car, dans les cas de TDAH par exemple, un diagnostic s'accompagne « en principe » de ressources supplémentaires non seulement pour le tout-petit qui en est atteint, mais aussi pour l'enseignant du préscolaire qui en aura la responsabilité.

Faute de ressources suffisantes, « on brûle nos enseignants », s'exclame cette professeure qui forme des enseignants en adaptation scolaire. « Il faut penser à eux aussi. »

Peu d'enfants en bas âge reçoivent un diagnostic de TDAH comparativement aux enfants plus âgés. Cela dit, la proportion d'enfants de 0 à 5 ans qui en reçoivent un a connu une augmentation importante depuis une quinzaine d'années, d'après le rapport, passant de 0,4 % à 0,8 %.

Autisme : le taux quintuple

Dans le cas des troubles liés au spectre de l'autisme (TSA), la proportion d'enfants de moins de cinq ans ayant reçu un diagnostic a quintuplé en 15 ans, passant de 0,16 % à 0,82 %, selon l'Observatoire des tout-petits. Elle reste tout de même inférieure à 1 %.

En octobre dernier, l'Institut national de santé publique du Québec rapportait qu'en 2014-15, il y avait près de 17 000 personnes âgées de 1 à 17 ans qui avaient reçu un diagnostic de TSA.

En 2013, l'Association américaine de psychiatrie a défini le TSA comme étant une condition neurodéveloppementale qui se traduit par un déficit dans les interactions sociales, un développement inhabituel de la communication sociale, ainsi que par un caractère restreint et répétitif des comportements, intérêts et activités.

Christa Japel affirme qu'il ne faut pas, pour autant, parler d'une « épidémie ». Cette hausse, dit-elle, peut être attribuable au fait que les critères pour poser le diagnostic du TSA « sont plus clairs » qu'auparavant et qu'on est plus sensibilisé au phénomène.

Des évaluations plus raffinées

Jadis, devant un enfant qui ne parlait pas, les spécialistes concluaient qu'il s'agissait d'un trouble du langage ou encore d'une déficience intellectuelle. « On est devenus plus raffinés au niveau du diagnostic », dit Mme Japel.

La professeure de l'UQAM rappelle aussi que les psychologues peuvent diagnostiquer l'autisme, ce à quoi ils n'étaient pas autorisés avant 2012. Cette ressource s'ajoute à celles qui s'offrent aux parents « qui n'ont pas à attendre des années pour un diagnostic », dit Christa Japel, qui ajoute que de plus en plus de cliniques de psychologues font de l'autisme une spécialité.

Il est à noter que la proportion d’enfants touchés par l'anxiété et les symptômes dépressifs est stable depuis le début des années 2000, oscillant autour de 0,4 %.

Trop peu de ressources pour les enfants et leurs parents

Au préscolaire, beaucoup d'enfants ont des difficultés et il y a peu de ressources pour les soutenir, déplore Christa Japel. À cet égard, Catherine Dea, médecin-conseil à la Direction de la santé publique de Montréal, a rappelé mardi sur ICI RDI qu'il importait, pour le gouvernement du Québec, d'accroître l'accès aux services de garde éducatifs de qualité. C'est d'ailleurs l'une des recommandations du rapport « Comment se portent les tout-petits québécois? ».

Une autre des recommandations consiste à soutenir les parents qui « vivent beaucoup de stress à l’heure actuelle », souligne Catherine Dea. Ils peinent à joindre les deux bouts, à se loger et à concilier les obligations du travail et de la famille : « Ça peut engendrer un problème de santé mentale chez les parents, ce qui est un facteur de risque de problème de santé mentale chez les enfants, également », dit Mme Dea.

Sans compter que, devant un tout-petit qui souffre, nombreux sont les parents portés à se culpabiliser... Ces derniers ont beau tout faire pour « avoir des pratiques parentales positives et stimuler leur enfant, il y a également différents facteurs génétiques qui expliquent des problèmes de santé mentale », dit Dre Dea.

D'où l'importance d'offrir à ces familles éprouvées « des services accessibles et de qualité », ajoute la médecin.

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