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Obedjiwan ou le casse-tête de la légalisation du cannabis pour les communautés autochtones

Le conseil de bande d'Obedjiwan a déjà banni la vente d'alcool dans la communauté. Le chef veut aussi interdire la vente de cannabis.

Photo : Radio-Canada / Louis Blouin

Radio-Canada

À Obedjiwan en Haute-Mauricie, la vente d'alcool est interdite. Le conseil de bande a aussi décidé d'expulser du territoire pendant cinq ans les personnes reconnues coupables de trafic de drogue. Dans une communauté où les problèmes de consommation sont un véritable fléau, comment maintenant gérer la légalisation du cannabis?

Un texte de Louis Blouin

À quelques mois de la légalisation du cannabis, le chef d'Obedjiwan est inquiet.

« C'est catastrophique pour nous autres; il va y avoir davantage de consommation, d'accès pour les enfants », présume Christian Awashish qui fait face à des choix difficiles.

Comme c'est le cas pour l'alcool, il s'engage à interdire la vente de cannabis sur son territoire.

Je n'arrive pas à imaginer un scénario comme celui-là. Je suis fâché de la décision du gouvernement du Canada d'avoir pris cette voie.

Christian Awashish, chef d'Obedjiwan

Le dilemme de M. Awashish est celui de tous les leaders autochtones. Si les communautés ont le pouvoir d'encadrer le cannabis sur leur territoire, leur contrôle a des limites.

Comment faire respecter des interdictions quand le gouvernement du Québec prévoit, par exemple, autoriser l'achat en ligne?

La réalité autochtone ignorée?

Les craintes ont aussi gagné l'école primaire d'Obedjiwan. Il n'est pas rare d'y voir des enfants de 8 ou 10 ans se présenter à l'école intoxiqués.

La directrice adjointe, Annie Chachai, pense que la légalisation amplifiera les problèmes.

Je suis contre ça complètement. On a assez de problèmes. On n'a pas besoin de ça.

Annie Chachai, directrice adjointe de l'école primaire Niska

L'enseignante Francine Gagnon-Awashish n'a pas l'impression que la réalité autochtone a été prise en compte dans les choix d'Ottawa.

« Je pense qu'il n'y a pas eu assez de consultations dans nos communautés », dit-elle.

L'enseignante Francine Gagnon-Awashish craint l'impact de la légalisation sur les jeunes de l'école primaire d'Obedjiwan.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L'enseignante Francine Gagnon-Awashish craint l'impact de la légalisation sur les jeunes de l'école primaire d'Obedjiwan.

Photo : Radio-Canada / Louis Blouin

Le gouvernement Trudeau affirme que la légalisation servira à protéger les jeunes. Le directeur des services de santé d'Obedjiwan, Gilbert Courtois, a des réserves.

« Je pense qu'il y a des promesses qui sont un peu contradictoires face aux Premières Nations dans ce pays », fait-il valoir.

Selon lui, la légalisation n'est pas adaptée à une communauté isolée ayant de lourds problèmes de toxicomanie.

Il prévient que des ressources supplémentaires seront nécessaires en matière de prévention et d'intervention sur le terrain pour limiter les dégâts.

  • Le cannabis est la drogue la plus consommée dans les communautés des Premières Nations.
  • On compte deux fois plus de consommateurs de cannabis chez les Premières Nations que dans le reste de la population.
  • Plus du tiers des consommateurs de cannabis dans les communautés sont des consommateurs quotidiens.
  • Un adolescent de 12 à 14 ans sur cinq consomme du cannabis.

* Source : Enquête régionale sur la santé des Premières Nations du Québec (2015), Commission de la santé et des services sociaux des Premières Nations du Québec et du Labrador.

D'autres leaders inquiets

L'Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador réclame que la légalisation soit retardée d'un an.

« On se sent poussés dans le dos », disait le chef en marge d'une rencontre avec les autres leaders de son organisation, au début de novembre.

Il craint notamment que les corps policiers ne soient pas prêts à temps pour juillet 2018.

« On a déjà des services policiers qui sont sous-financés. Qu'est-ce qui va arriver? » Il s'inquiète notamment de la capacité « à assurer la paix et l'ordre dans nos communautés ».

Jusqu'ici, Ottawa et Québec n'ont pas expliqué en détail comment leur approche s'arrimerait à celle des communautés autochtones.

Lors du dépôt de son projet de loi, le gouvernement du Québec a annoncé son intention de conclure des ententes pour adapter la réglementation à « leurs réalités particulières ».

La ministre fédérale des Relations Couronne-Autochtones et des Affaires du Nord, Carolyn Bennett, a fait une déclaration qui allait en ce sens au début de novembre.

« C'est très important pour les communautés d'avoir l'autorité de déterminer leur futur [...], leur loi sur le cannabis. »

Ces derniers mois, le gouvernement fédéral a notamment annoncé 274 M$ sur cinq ans pour aider les corps policiers au pays à faire face à la légalisation et 36 M$ additionnels pour une campagne de prévention pancanadienne.

Ottawa n'a toutefois pas précisé quelle proportion serait consacrée aux collectivités autochtones.

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