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Bureau de l'éducation française : des inquiétudes fondées, selon un ancien employé

Un cours de mathématique
Une salle de classe dans une école francophone du Manitoba Photo: Radio-Canada

Dix-huit jours après en avoir fait la demande, la coalition des Partenaires pour l'éducation en français n'a toujours pas rencontré le ministre Ian Wishart au sujet de l'avenir du Bureau de l'éducation française (BEF). Les inquiétudes de ces organismes sont-elles fondées? Un ancien employé croit que oui. François Lentz explique le rôle très particulier du BEF pour les écoles françaises et d'immersion.

Un texte de Sylviane Lanthier et Camille Gris Roy

Comme bien d'autres, François Lentz a été pris de court par l'abolition du poste de sous-ministre adjoint consacré au Bureau de l'éducation française. « J’ai été de ceux qui ont toujours cru que, parce qu’on avait un sous-ministre adjoint, le BEF n’était pas menacé », s’exclame-t-il.

Cet ancien conseiller pédagogique a travaillé pendant 20 ans au BEF, où il s’est occupé des programmes de langue française au secondaire. Selon lui, la création d’un espace spécifique pour la conception des programmes français a été fondamentale pour l’enseignement du français, et en français, au Manitoba.

Le fait que le BEF a été dirigé par un sous-ministre adjoint francophone au cours des 40 dernières années constituait comme une garantie pour le milieu de l’éducation, dit-il.

François Lentz, en entrevue avec Radio-CanadaFrançois Lentz, ancien conseiller pédagogique, a travaillé pendant 20 ans au Bureau de l’éducation française de la province. Photo : Radio-Canada

Un précédent inquiétant

Depuis que ce poste de sous-ministre adjoint au BEF a été aboli, les employés du Bureau relèvent maintenant d'un autre sous-ministre adjoint, déjà responsable de plusieurs autres dossiers, et qui n'est pas issu de la communauté francophone comme ses prédécesseurs. Ce dernier point vient changer beaucoup de choses aux yeux de François Lentz.

Cela crée un précédent. « Pour l’avenir, c’est préoccupant », dit-il.

Le sous-ministre adjoint qui dirige le BEF a la responsabilité d’élaborer des programmes, et avec cette responsabilité vient une autorité qui s’incarne [par ce poste] et qui donne une légitimité à tout le travail qui se fait.

François Lentz

François Lentz suggère que, dans tous les cas, pour que le BEF soit crédible, celui qui le dirige doit parler français.

En attente d’une rencontre avec le ministre

La décision du ministre de l’Éducation,Ian Wishart, a créé une vague d’inquiétude dans la communauté francophone. Une dizaine d'organismes associés au milieu scolaire demandent à le rencontrer.

Le ministre a indiqué qu’une rencontre avec ces organismes aurait lieu, sans en préciser la date. Selon un porte-parole du gouvernement contacté lundi, ce sera « bientôt ».

Le ministre affirme de plus que la nomination d’un sous-ministre adjoint anglophone ne viendra pas nuire à la communauté sur les plans de la culture et de la langue et que les compressions au BEF n'auront pas de conséquences sur les services.

Un livre ouvert Un manuel scolaire de mathématiques en français au Manitoba Photo : Radio-Canada

Selon ce que confirme la province, en plus du poste de sous-ministre adjoint, un autre poste est aboli, celui de coordonnateur du développement et de l'implantation des programmes. Deux autres postes sont vacants.

Le Conseil consultatif des affaires francophones de la province (CCAF) n'a pas été informé de ces changements, selon le directeur général de la Société de la francophonie manitobaine, Daniel Boucher. Il regrette que le Conseil, ainsi que les acteurs du milieu éducatif et de la communauté francophone, aient été pris par surprise.

Qu’est que le BEF a de si particulier?

Comme l'explique François Lentz, dans sa façon d'élaborer les programmes français, le BEF tient compte des besoins et des objectifs des écoles françaises, et collabore avec les enseignants. C’est donc « plus que de la traduction de programmes », résume-t-il.

Autrement, il suffit de prendre les [programmes] en anglais, de les traduire, et that’s it.

François Lentz

La Division scolaire franco-manitobaine, par exemple, a un mandat de construction identitaire. « On veut que les élèves développent un rapport positif à la langue et qu’ils se construisent, via cette langue, une identité », rappelle-t-il.

En immersion, « l’enjeu, c’est que la langue ne soit pas perçue exclusivement comme la langue de l’école », poursuit-il.

Un espace de travail

Cela demande un espace de travail, de création, d’interactions, qui fonctionne aussi en français, précise le pédagogue.

Un espace, dit-il, dans lequel le sous-ministre adjoint joue un rôle essentiel auprès du ministère et du ministre. « Le sous-ministre adjoint a accès au ministre via le sous-ministre. Il est saisi des enjeux du BEF, il est en mesure de les faire valoir pleinement. »

François Lentz donne deux exemples des réussites du BEF au fil des ans.

  • Une politique pour l’immersion

Au milieu des années 1990, le Manitoba a innové en étant la première province au pays à adopter une Politique de l’immersion. Cette « Politique avec un P majuscule », dit-il, donnait à l’immersion un statut semblable aux Programmes de langue anglaise et de langue française.

L’immersion était enfin reconnue, ce qui n’aurait pas été possible sans un sous-ministre adjoint convaincant.

  • Un espace en français pour tout l’Ouest

Dans les années 1990, les provinces de l’Ouest ont formé un consortium en éducation pour élaborer des programmes valables pour tout l’Ouest.

Le BEF a pu le faire en français avec les autres provinces de l’Ouest. Ce projet « a permis de reconnaître la nécessité » de concevoir en français des programmes destinés aux francophones, explique François Lentz. Un acquis précieux, selon lui.

Des acquis en péril?

« Le ministre ne comprend pas l’enjeu du BEF », constate François Lentz.

On est dans une logique financière de compressions et de décisions administratives. Mais ce n’est pas la même chose de supprimer un poste de sous-ministre adjoint en français qu’en anglais.

François Lentz

Il ne faudrait pas, dit-il, que se produise au Manitoba ce qui est arrivé en Saskatchewan. « Il y avait un équivalent du BEF, la Direction de l’éducation française, qui n’avait jamais été dirigée par un sous-ministre adjoint, [mais] par un directeur. »

« Il y a eu une réorganisation ministérielle, poursuit-il. Les gens sont restés à leur poste, mais ils ont été redistribués dans différents secteurs. Et à partir du moment où il n’y a plus eu cette entité, cet espace de travail, de réflexion collective, de pensée commune, il y a une dilution de l’impact que les gens peuvent avoir. »

Le BEF, c’est aussi :

  • la Direction des ressources éducatives en français (DREF) : une bibliothèque située à l’Université de Saint-Boniface, qui offre des services aux enseignants, aux futurs enseignants et aux familles, dont celles qui pratiquent l’enseignement à domicile;
  • la gestion des sommes de l’entente fédérale-provinciale en enseignement en langue française;
  • la gestion de subventions à des organismes qui proposent des projets communautaires se déroulant dans les écoles françaises ou d’immersion.

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