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De l’austérité aux baisses d’impôt

Le ministre des Finances, Carlos Leitao, et le premier ministre du Québec, Philippe Couillard

Le ministre des Finances, Carlos Leitao, et le premier ministre du Québec, Philippe Couillard

Photo : La Presse canadienne

Radio-Canada

ANALYSE – L'allègement fiscal annoncé par le ministre des Finances, Carlos Leitao, est financé à même la marge de manœuvre que s'est donnée le gouvernement Couillard depuis 2014 avec ses mesures d'austérité. La chose est rendue encore plus facile par la croissance économique un peu plus forte depuis le début de l'année. Tout ça, à quelques mois des prochaines élections générales au Québec.

Un texte de Gérald Fillion

C'est en prenant de la perspective qu'on réalise combien l'allègement fiscal du gouvernement Couillard vient surtout des coupes en santé et en éducation et non pas seulement de la croissance économique. Depuis la crise financière de 2008, la croissance des revenus de l’État est relativement stable, alors que l'augmentation des dépenses a sérieusement ralenti.

Grâce à une réduction des taux d’intérêt sur les emprunts et à des compressions importantes dans les dépenses habituelles en santé et en éducation, en plus de réductions de dépenses dans certains autres secteurs, le gouvernement de Philippe Couillard est parvenu à créer un écart important entre l’évolution de ses dépenses et celle de ses revenus. La marge de manœuvre est là.

Revenus stables, dépenses moins grandes

Bon an mal an, en moyenne, depuis 2010, la croissance des revenus du gouvernement (revenus autonomes et transferts fédéraux), est d’environ 4 % par année. C’était le cas également jusqu’en 2014 pour ce qui est des dépenses du gouvernement, dans les programmes et les coûts d’intérêt.

Mais, de 2014 à 2016, les compressions du gouvernement et les gains en intérêt sur les emprunts ont entraîné une forte baisse de la croissance des dépenses de l’État, passant de 4 % en moyenne à 0,8 % seulement.

Si le gouvernement Couillard avait maintenu le même rythme de dépenses à son arrivée au pouvoir, c’est environ 6 milliards de dollars sur 2 ans qui auraient été dépensés dans les services publics.

Résultat : le gouvernement en est arrivé à dégager très rapidement des surplus avant le versement au Fonds des générations se situant entre 3 et 5 milliards de dollars par année.

En 2015-16, Québec a dévoilé un surplus de 3,6 milliards de dollars. En 2016-17, on était rendu à 4,5 milliards de dollars. Et cette année, en 2017-18, pour les cinq premiers mois de l’exercice en cours, nous en sommes déjà à un surplus de 2,7 milliards de dollars.

Le gouvernement profite, depuis quelques mois, d’une accélération de la croissance économique, ce qui lui permet de solidifier sa marge de manœuvre, de desserrer un peu les cordons de la bourse… et d’en arriver ainsi à un allègement fiscal.

Un choix comptable

En réduisant dramatiquement la cadence de l’évolution des dépenses à partir de 2014, le gouvernement a fait le choix de ne pas dépenser des milliards de dollars qui auraient été, autrement, investis dans le système. La vérificatrice générale a expliqué, dans un rapport, que ces choix n’étaient pas sans conséquences sur les services offerts à la population.

Plusieurs économistes, des milieux universitaires comme du secteur privé, ont expliqué également combien les mesures de rigueur ont ralenti l’économie. La croissance aurait été, sans doute, un peu plus forte et un peu plus stable, n’eût été des compressions budgétaires.

Heureusement pour le Québec, la relance américaine, la faiblesse du dollar canadien et les baisses d’impôt du gouvernement Trudeau sont arrivées à point nommé, permettant au PIB québécois de croître plus rapidement, restant toutefois derrière l’Ontario, la Colombie-Britannique et l’Alberta, et sous la moyenne canadienne.

Le gouvernement aurait pu aller moins vite…

Québec aurait pu choisir de réduire graduellement la croissance de ses dépenses pour arriver un peu plus lentement au déficit zéro, puis éventuellement à des surplus. En faisant passer la croissance des dépenses d’une moyenne de 4 % à 2,5 % ou 3 %, l’État aurait atteint l’équilibre budgétaire avant le versement au Fonds des générations en 2015-2016, au lieu de 2014-2015.

Il aurait été plus difficile, en retour, de dégager d’importants surplus, comme c’est le cas en ce moment, pour permettre au gouvernement d’appliquer la bonne vieille recette de la baisse d’impôt dans la dernière année d’un mandat électoral.

C’est ainsi que le gouvernement a fait le choix d’aller rapidement, se permettant même de dramatiser la situation en 2014, en évoquant la Grèce et le Portugal. Nous comprenons aujourd’hui que l’État aurait pu aller plus lentement et que son réel désir était de se donner une importante marge de manœuvre pour annoncer un allègement fiscal.

C’est un choix légitime, mais c’est important de l’expliquer avec transparence. Le gouvernement a fait le choix de la manière forte en réduisant de plus de 3 points de pourcentage la croissance des dépenses, en réduisant même les dépenses réelles dans le secteur de l’éducation, lui permettant d’arriver en 2 ans à un surplus de près de 5 milliards de dollars par année. C’est, en grande partie, cet argent qui vous sera remis dans les allègements fiscaux du ministre Leitao.

Gérald Fillion

Économie