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Personnes handicapées : les « oubliées » du gouvernement Notley

Gros plan sur Leah McRorie qui regarde avec tendresse sa fille handicapée.
Leah McRorie, mère de deux enfants handicapées, demande au gouvernement de respecter ses promesses faites aux personnes déficientes intellectuelles. Photo: Radio-Canada / Geneviève Tardif

« Je vois des gens seuls, isolés, des gens en crise sous ce gouvernement », dit Leah McRorie en retenant ses larmes. Des larmes de colère et de frustration face au traitement que réserve le gouvernement albertain aux personnes handicapées intellectuelles : un silence qu'elle perçoit comme un abandon.

Un texte de Tiphanie Roquette

Il y a un mois, cette Edmontonienne, mère de deux adultes handicapées, a vécu une crise familiale. Elle reste discrète sur les circonstances, mais elle avait besoin de soutien supplémentaire pour s’occuper d’une de ses filles.

Elle a demandé cinq heures de soins supplémentaires au programme provincial qui offre des ressources personnalisées aux personnes déficientes intellectuelles et à leur famille, le PDD (Persons with developmental disabilities).

Qu’est-ce que le PDD?

Le programme provincial finance des services pour les personnes handicapées intellectuelles dans quatre domaines: aide à la maison, aide à l’emploi, aide à l’intégration dans la société et aide spécialisée.

Selon le mandat du PDD, un plan individuel est établi chaque année pour répondre aux besoins et objectifs de ces personnes et de leurs proches.

La fille de Leah McRorie en gros plan sourit.La fille de Leah McRorie a besoin du PDD pour s'épanouir dans la société. Photo : Radio-Canada / Geneviève Tardif

Sa demande a été refusée. Son exemple, dit-elle, reflète un système en crise. « Il y a une foule de personnes sur liste d’attente. Il y a des personnes qui ont un contrat, mais il n'y a pas de financement assorti pour pouvoir le remplir. [...] Sinon, on leur offre quelques heures pour faire diminuer les listes, mais si vous saviez à quel point quelques heures sont inutiles », explique Mme McRorie.

Ce qui fâche cette militante pour les droits des personnes handicapées, ce n’est pas seulement ce qu’elle voit comme les problèmes criants de PDD, mais surtout que les solutions sont connues depuis longtemps.

Plus d’un an d’attente

En décembre2015, le ministère des Services à la personne a lancé des consultations sur les normes nécessaires pour assurer la sécurité des personnes handicapées intellectuelles. Plus de 2000 personnes y ont participé.

Au-delà d’un simple examen des normes de sécurité, le rapport déposé fin 2016 relaie de nombreuses critiques des participants envers le PDD. Les deux premières recommandations appellent à un examen en profondeur du programme accompagné d’une meilleure communication avec la communauté handicapée.

Toutefois, plus d’un an plus tard, aucun examen n’a été entamé.

« Une trahison »

La frustration de Leah McRorie est partagée par d'autres. Selon Amy Park, coordonnatrice à l’association Self Advocacy Federation, le rapport avait créé un certain espoir auprès des personnes handicapées et de leurs proches. « Depuis, aucun de nous n'a remarqué d’améliorations », estime Mme Park.

Il y avait beaucoup d’attentes à l'égard du gouvernement néo-démocrate. La première ministre de l’Alberta, Rachel Notley, alors dans l’opposition, a participé aux manifestations aux côtés de personnes handicapées qui demandaient plus de soutien.

Citation d'Amy Park qui dit: "Nous l'avons vécu comme une trahison de la confiance que nous avions dans le gouvernement." . Photo : Radio-Canada

La jeune femme explique que des lettres ont été envoyées au ministre, et des messages, sur les médias sociaux, mais son association attend toujours le début d’un dialogue.

Un défenseur des personnes handicapées pourrait aider, croit-elle, à établir cette communication. C’était une autre des recommandations du rapport d’octobre 2016. La position a été adoptée à l’Assemblée législative en mai avec la promesse que le poste soit affiché à l’été. Le projet de loi n’a toujours pas été adopté.

Encore une fois, les gens étaient enthousiastes, mais depuis, nous attendons.

Amy Park, coordinatrice Self Advocacy Federation

Plus de temps nécessaire

Le ministre des Services sociaux et communautaires, Irfan Sabir, se défend. Le rapport, dit-il, contenait 11 recommandations, certaines plus faciles à adopter que d’autres. « Nous avons donné la priorité aux recommandations que nous pouvons mettre en place maintenant pour que la communauté n’ait pas à attendre », affirme le ministre Sabir.

Le ministre des Services sociaux et communautaires Irfan Sabir dans son bureau, assis à une table. Le ministre des Services sociaux et communautaires, Irfan Sabir Photo : Radio-Canada

Il cite en exemple la fin des normes de sécurité des logements, l’abandon d’entrevues considérées comme humiliantes et la mise en place de nouvelles initiatives pour encourager l’emploi des personnes handicapées. « Je crois que nous avons fait beaucoup de progrès », estime Irfan Sabir.

Sur la question de savoir si, oui ou non, une refonte du PDD sera mise en place, il reste vague. « Nous travaillons sur toutes les recommandations », affirme-t-il.

Quant au poste de défenseur des personnes handicapées, Irfan Sabir dit que son ministère travaille en ce moment sur la logistique de l'établissement du bureau. Le plus important, dit-il, c’est de « prendre le temps de faire les choses correctement en consultation avec la communauté ».

La pression continue

Citation de Bruce Uditsky: « C'est affligeant que plus n'ait pas été fait. ». Photo : Radio-Canada

Un an plus tard, Bruce Uditsky, un des coauteurs du rapport et président d'Inclusion Alberta, croit que le besoin pour une refonte est toujours d’actualité. L’inégalité d’accès aux services et au financement entre les régions est croissante, selon lui.

« Je pense que pour les milliers de personnes et de familles qui sont dépendantes du PDD, une refonte est nécessaire », estime-t-il.

Nous avons besoin d’un plan, d’une vision et de moyens financiers pour appliquer cette vision.

Bruce Uditsky, président d'Inclusion Alberta

Bruce Uditsky voit cependant quelques signes positifs. Des rencontres sont prévues avec de nouveaux membres du ministère.

Ni Leah McRorie ni Amy Park n'ont l'intention de baisser les bras. « Tout ce que nous pouvons faire, c’est pousser plus fort et nous battre pour ce dont nous avons besoin », conclut Amy Park.

Leah McRorie avec sa fille. Leah McRorie regarde une de ses filles avec tendresse. Elle affirme qu'elle continuera à se battre pour que leur voix soit respectée. Photo : Radio-Canada / Geneviève Tardif

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