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Le braconnage de homards pourrait représenter des millions de dollars en Nouvelle-Écosse

Des homards

Photo : Radio-Canada / Elisa Serret

Radio-Canada

Des enquêtes concernant un marché noir de homards sont en cours dans le sud-ouest de la Nouvelle-Écosse. Le braconnage s'organise entre Autochtones et non-Autochtones. Ces activités illégales pourraient représenter des millions de dollars sur le marché noir.

Un texte d'Elisa Serret

Non, ce n’est pas le scénario d’un film américain, mais bien la réalité. Quand Alex McDonald, un pêcheur autochtone, s’est rendu le 9 octobre au matin au quai de Comeauville, près de Digby, dans le sud de la Nouvelle-Écosse, il a eu un véritable choc. Son navire, son gagne-pain, a été volé et incendié au large.

Alex McDonald montre une corde brûlée.

Le pêcheur Alex McDonald

Photo : Radio-Canada / Elisa Serret

Dans les dernières semaines, deux autres bateaux ont été vandalisés. La Gendarmerie royale du Canada enquête sur ces événements.

Alex McDonald affirme avoir été victime d’intimidation. Selon lui, des pêcheurs non-autochtones dirigent un marché noir avec la complicité d’Autochtones. Il dit avoir été pris pour cible parce qu’il a refusé d’y participer.

L’homme mentionne qu'ici, les pêcheurs autochtones ou non-autochtones sont au courant de ce qui se passe, mais c'est l'omerta.

La loi du silence

Bâteaux au quai de Digby

Quai de Digby, en Nouvelle-Écosse

Photo : Radio-Canada / Elisa Serret

Sur les quais de la municipalité de Clare, lorsqu'on pose des questions à ce sujet, c'est le silence radio. Les pêcheurs nous disent qu’ils craignent à leur tour des représailles.

À quelques jours du début de la nouvelle saison de pêche de homards dans la zone de pêche de homards 34, personne ne veut se faire vandaliser son bateau.

Au téléphone, Ronny Leblanc, préfet de la municipalité de Clare qui est aussi pêcheur de homards, refuse de nous accorder une entrevue. Son malaise est palpable.

Du braconnage depuis des années

Il faut sortir de la petite communauté pour trouver un pêcheur prêt à parler publiquement. Bernie Berry est le président de l’Association des pêcheurs de homards de Coldwater. Selon lui, il y a toujours eu des activités de braconnage dans son coin de pays, mais jamais à aussi grande échelle.

Bernie Berry sur le quai

Bernie Berry, pêcheur et président de l'association de pêcheurs Coldwater

Photo : Radio-Canada / Elisa Serret

Pour lui, ce qui s’est passé cet été et dans les dernières semaines, ce sont des événements liés à un marché noir bien organisé. Il affirme que des propriétaires d’usines de transformation et certains pêcheurs utilisent les permis de pêche des Autochtones pour dissimuler le commerce illégal.

Ce sont des activités de braconnage de grande envergure et dont tout le monde ici est au courant.

Bernie Berry, pêcheur de homards et président de l'Association des pêcheurs de homards de Coldwater

Certains Autochtones ont des droits de pêche ancestraux qui leur permettent de pêcher à des fins de subsistance en dehors de la saison commerciale.

Des pêcheurs autochtones se feraient soudoyer par des pêcheurs commerciaux pour vendre leurs prises, ce qui est illégal. C'est cette pêche qui serait au coeur du stratagème.

L'an dernier, les recettes de la pêche au homard dans cette région étaient estimées à 500 millions de dollars, c’est plus que n'importe où ailleurs au pays.

Pas étonnant, selon Bernie Berry, que des criminels veulent leur part du gâteau.

Pour lui, c’est presque trop facile. Il pense que le gouvernement doit augmenter les effectifs de surveillance pour faire cesser ces activités au plus vite. Le pêcheur d’expérience ne veut pas voir ces activités illégales menacer la ressource.

Enquête de Pêches et Océans

Le ministre canadien des Pêches et des Océans, Dominic LeBlanc, est au fait du problème. Une enquête est en cours.

Pour le ministre, il n’est pas déraisonnable de croire qu’il y a des gens qui utilisent la pêche à des fins alimentaires ou de cérémonie donc, une pêche basée sur les droits ancestraux, pour en faire une pêche commerciale illégale.

Si les allégations de ventes de plusieurs milliers de dollars ou de millions de dollars de homards sont vraies, ce n'est pas une seule personne avec son camion avec une glacière qui peut faire ça. Il n'y a pas un individu dans son garage qui peut transformer 100 000 livres de homards et les vendre.

Dominic LeBlanc, ministre des Pêches et des Océans

Cet été, le ministre LeBlanc a augmenté les effectifs sur le terrain pour assurer le respect des lois.

Selon nos sources, des agents de Pêches et Océans Canada ont aussi installé des micropuces sur des homards afin de suivre leurs déplacements et ainsi contrer les activités de pêche illégales.

Homards de contrebande vers l’Asie et les États-Unis

Trois tonnes de homards à l’aéroport d’Halifax le 15 octobre ont aussi été saisies. La valeur estimée de la cargaison est de 40 000 $. Selon nos sources, les crustacés devaient être envoyés en Asie ou aux États-Unis.

Des perquisitions dans plusieurs usines de transformation ont aussi eu lieu. Des accusations seront portées bientôt, affirme le ministre LeBlanc.

Industrie des pêches

Société